Jean Guyot (1855-1890), 

le Pierre Petit Breton

16 septembre 1883

La Lune Bretonne du 16 septembre 1883.

N.B. : L'accès à ces pages est libre et gratuit, mais les règles qui régissent l'édition concernant le droit de citation sont valables ici aussi ! Les textes et les images qui lui sont empruntés devraient être suivis de la mention Chmura Sophie, « Jean Guyot (1855-1890), le Pierre Petit Breton », Images, représentations et patrimoine de Rennes, mis en ligne le 21 octobre 2022, http://patrimoine2rennes.monsite-orange.fr, consulté le .

Cet article contient des images issues des collections du Musée de Bretagne à Rennes (Marque du Domaine Public) et il a été écrit pour accompagner l’article audio "Regarder : Homme sur un grand bi, par Jean Guyot (années 1880)", propos recueillis par Arnaud Géré pour Le Mag des Champs-Libres mis en ligne le 20/10/2022 à propos d’une photographie conservée au Musée de Bretagne. 

Si vous cherchez un bon photographe au 19e siècle à Rennes, regardez à l’adresse du Champ-de-Mars, plus exactement, au 2 rue de l’Alma. Les lieux sont connus car des grands noms de la photographie en Bretagne y ont œuvré.

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Ateliers de photographie de Charles Mevius 2 rue de l’Alma – Collections du Musée de Bretagne http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo215598

C’est Charles Georges Frederic Mevius (1824 - 1899), qui a fait construire en 1863 cet impressionnant studio de photographie où vont exercer son fils, Frank Ernest Mevius (1861-?), en 1885, ainsi que Raphaël Eugène Gilbert (1862-1913) entre 1890 et 1893. Charles Mevius quitte Rennes pour Jersey après 1876. Entre son départ et le retour de son fils, les ateliers du 2 rue de l’Alma accueillent vers la fin de l’année 1880 et le début de l’année 1881, Jean Marie Joseph Guyot (Liffré, 6 octobre 1855 - Châteaubriant, 11 décembre 1890).

Né le 6 octobre 1855 à Liffré, Jean Marie Joseph Guyot est le fils de Jean Marie Guyot (1821-1869), maréchal-ferrant originaire d’Ercé et de Jeanne Louise Chalmel (1824-1890), cultivatrice, mariés à Saint-Aubin d’Aubigné le 3 novembre 1850[1].

En 1872, il est recensé 21A rue Bel-Air à Rennes comme apprenti aux ateliers de la « Photographie Bretonne » dirigés par l’artiste photographe et chimiste Charles Marie Gérard (1838-1906), spécialisé dans les portraits d’enfants ou en grandeur naturelle, avec ressemblance garantie.

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Portrait de trois enfants par Charles Gérard, au 21 rue Bel-Air – Collections du Musée de Bretagne http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo259772

En 1879, il est engagé volontaire au 19e Bataillon de Chasseurs pour cinq ans. Il passe dans la réserve de l’armée active en janvier 1879[2]. Il s’installe 24 rue Marie Stuart à Paris avant de partir Petit Faubourg Manigne à Limoges où il exerce comme photographe. Il se marie le 2 juin 1880 avec Marguerite Duprat (Limoges, 27 avril 1860-Chateaubriant, 24 avril 1892). Ils quittent presque immédiatement la Haute-Vienne pour la Bretagne et apparaissent dans le recensement de population de 1881 de la ville de Rennes au 2 rue de l’Alma. Jean Guyot héberge alors un de ses frères, Eugène Guyot (1865- ?), qu’il déclare comme apprenti. Au début du 20e siècle, Eugène est installé comme photographe à Broons.

Jean Guyot nomme son studio la « Photographie Moderne » avec la devise « Artis Amicus Meæ ».

Le journal local La Lune Bretonne lui consacre en 1893 un article et une publicité avec caricature. Le 19 août 1883, il est précisé qu’il fait des portraits en tous genres, qu’il est spécialisé dans les portraits-promenades et l’agrandissement au charbon inaltérable à des prix très modérés.

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Portrait d’une fillette par Jean Guyot - Collections du Musée de Bretagne http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo259809

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Portrait de femme – Collections du Musée de Bretagne http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo262360

La carte-album est alors un format très apprécié mais le portrait-promenade fait aussi son chemin. Il avait été proposé de l’appeler portrait de cour, mais ce nom ne s’était pas répandu. Le portrait-promenade, non monté, mesure 20 cm sur 9,3 cm. Certains l’appelaient portrait-panneau à cause de son format élancé. Pour le monter, les photographes se servaient généralement de cartes avec des marges noires, dorées sur tranches. Les portraits-promenades étaient 2 à 3 fois plus chers que les portraits-cartes et leurs formats ne se prêtaient qu’à l’exécution des portraits en pieds.

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Portrait d’homme sur un grand bi - Collections du Musée de Bretagne http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo259810

Cette photographie d’un format de 16,5 cm(support)/14,2 cm sur 10,7 cm (support)/9,6 cm se rapproche du format du portrait-promenade par rapport aux autres photographies prises par Jean Guyot conservées au Musée de Bretagne.

Dans la publicité publiée le 16 septembre 1883, Guyot est décrit comme le Pierre Petit Breton. Le photographe Pierre Petit (1831-1909) a été formé par André Adolphe Eugène Disdéri (1819-1889) qui avait déposé un brevet permettant la réalisation de huit clichés sur la même plaque de verre, faisant de lui une référence en matière de portraits photographiques au format carte-de-visite. Installé rue Cadet à Paris dès 1858, au moment où l’industrie photographique du portrait connaît son âge d’or, Petit a formé le caricaturiste Étienne Carjat à la photographie, d’où peut-être l’inspiration des réclames de la Lune Bretonne. Petit est surtout connu pour avoir été l’auteur, en 1861) de la Galerie des hommes du jour composée de portraits de personnalités en vue.

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La Lune Bretonne du 19 août 1883.

Jean Guyot a été un photographe très mobile : il a trois succursales situées à Dinan, à Lorient et à Brest comme le prouve les dos de ses photos-cartes. Sa fille Marie-Jeanne naît d’ailleurs à Dinan le 11 octobre 1881. Peu d’archives et de sources permettent d’étudier vraiment le parcours professionnel de Guyot. Le journal La Lanterne du 12 avril 1884, révèle juste qu’il ne travaillait pas forcément seul et qu’il a recruté un « bon opérateur » pour l’atelier de Rennes.

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Dos de photo-carte par Jean Guyot, collection privée.

Le retour en 1885 du fils de Charles Mevius à l’adresse du 2 rue de L’Alma, laisse supposer que Guyot quitte la Capitale bretonne au milieu des années 1880. En 1890, il fait publier de mai à août une publicité dans Le Journal de Chateaubriant où il se décrit comme élève de « MM. Nadar et A. Méri ». Se retrouve ici les mêmes caractéristiques que dans sa comparaison avec Pierre Petit, Nadar (1820-1910) étant un caricaturiste et photographe portraitiste reconnu.

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Avis publié le 24 mai 1890 dans le Journal de Chateaubriant.

Il s’est installé place de la Motte à Châteaubriant car ses frères Louis (1853-), comptable, et Pierre (1858- ?), employé de commerce, y sont déjà installés. Le 11 décembre 1890, il décède brusquement. Sa femme, Marguerite, continue à faire de la photographie et tient en parallèle un débit de boisson. Ses parents, Léonard Duprat et sa mère Marie Boulineau habitent avec elle et sa fille Jeanne. Le 10 février 1892, Marguerite Duprat décide de mettre fin à ses jours devant ses clients. Le matériel de photographie avec tous les accessoires du couple sont vendus le 24 avril 1892 durant une vente aux enchères publiques.

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Article paru dans le Journal de Chateaubriant le 13 février 1892.

La mort ne prend pas rendez-vous, elle s’invite et stoppe parfois dans son élan des carrières prometteuses. Jean Guyot et Marguerite Duplat ont exercé à peine une douzaine d’années en tant que photographes portraitistes. Le musée de Bretagne ne conserve que onze portraits exécutés durant les années 1880 qui montrent le savoir-faire de Jean Guyot, sa manière de saisir la personnalité des personnes qu’il photographiait.

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[1] Archives de Limoges, 1E286 vues 157-158.

[2] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine 1R1556 vue 124.