AUX MARGES DE LA VILLE

TRANSCRIPTION partielle DE LA CONFÉRENCE "CHAMPS CONTRE CHAMPS" « AUX MARGES DE LA VILLE » organisée aux Champs Libres à Rennes par le Musée de Bretagne dans le cadre de la programmation Explorations urbaines, fil rouge de la saison 2018-2019, dont le but est d'éclairer les problématiques de l’appropriation de la ville par les habitants, de l’histoire de leur territoire et de ses mutations, des origines à nos jours.

Conférence

L'intervention

L’intervention a été organisée et présentée par Manon SIX, conservatrice du patrimoine et responsable du pôle conservation au Musée de Bretagne, directrice de l’exposition temporaire « Rennes, les vies d’une ville » (du 20 octobre 2018 au 25 août 2019 au Musée de Bretagne).


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EXPOSITION Rennes, les vies d’une ville

« Qu’est-ce que notre ville, hier, aujourd’hui, demain ? En quoi la compréhension du passé nous aide-t-elle à mieux comprendre notre environnement quotidien ? Rennes, les vies d’une ville porte un regard historique et anthropologique sur le sujet : ce qui fait la ville depuis sa fondation (vers 10 av. J.C.) jusqu’aux années 2000.

Rennes, les vies d’une ville prend appui sur les nombreuses fouilles archéologiques menées par l’Inrap en lien avec des opérations d’aménagement urbain et de territoire de grande ampleur.

Grand public et familiale, cette exposition propose une vision pluridisciplinaire et inclut des dispositifs mécaniques, interactifs, audiovisuels, pour mieux appréhender la mutation du territoire.»

Co-commissariat scientifique : musée de Bretagne, l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) et l’État (DRAC Bretagne, service régional de l’archéologie).

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Accompagnant l'exposition éponyme, le Beau-Livre « Rennes les vies d'une ville », sous la direction de Manon SIX, constitue une synthèse pluridisciplinaire des connaissances sur l'histoire de la transformation de la ville, de sa création jusqu'à aujourd'hui, notamment à partir des fouilles effectuées. Richement illustré, l'ouvrage croise études archéologiques, analyses historiques et sociologiques pour comprendre les mutations urbaines à l’œuvre et nous invite à poser un nouveau regard sur l'histoire de Rennes et son évolution urbaine, de la période gallo-romaine à l'époque contemporaine et à nous approprier cet héritage commun.

ISBN 978-2-7535-7560-8

PUR Edition

https://www.musee-bretagne.fr/expositions-et-evenements/rennes-les-vies-dune-ville/

La première partie de la conférence

La première partie de la conférence avait pour sujet l’étude archéologique des Portes Mordelaises à Rennes. Elen ESNAULT, architecte, archéologue et responsable d’opération à l’INRAP, a retracé 2000 ans d’évolution de l’entrée de la ville.

Sur le sujet vous pouvez lire et consulter :

Le catalogue de l’exposition Manon Six (dir.), Rennes les vies d’une ville, Rennes, PUR, 2018, plus particulièrement les pages 129 à 149. À noter p. 202-205, l’article d’Elen Esnault sur « La salle du Pélican au 17e siècle », le sujet des jeux de paume rennais a été abordé lors de la première partie de la conférence.

Les notices archéologiques parues dans la revue Archéologie médiévale :

Elen Esnault, « Rennes (Ille-et-Vilaine). Les Portes Mordelaises » [notice archéologique], Archéologie médiévale [En ligne], 43 | 2013, mis en ligne le 15 mai 2018, consulté le. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/10169

Elen Esnault, « Rennes (Ille-et-Vilaine). Les Portes Mordelaises » [notice archéologique], Archéologie médiévale [En ligne], 44 | 2014, mis en ligne le 15 avril 2018, consulté le. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/9339

Elen Esnault, « Rennes (Ille-et-Vilaine). Les Portes Mordelaises » [notice archéologique], Archéologie médiévale [En ligne], 45 | 2015, mis en ligne le 15 février 2018, consulté le. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/7818

Elen Esnault, « Rennes (Ille-et-Vilaine). Les Portes Mordelaises » [notice archéologique], Archéologie médiévale [En ligne], 47 | 2017, mis en ligne le 15 février 2018, consulté le. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/7055

Elen Esnault, « Rennes (Ille-et-Vilaine). Les Portes Mordelaises » [notice archéologique], Archéologie médiévale [En ligne], 46 | 2016, mis en ligne le 15 février 2018, consulté le. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/7434

Les rapports issus de la bibliothèque numérique du Service Régional d’Archéologie de Bretagne :

Elen Esnault (dir.), « Les portes Mordelaises. Fouille programmée pluriannuelle. Rapport intermédiaire », INRAP, janvier 2012, 52p.

Elen Esnault (dir.), « Les portes Mordelaises. Fouille programmée pluriannuelle. Rapport intermédiaire », INRAP, janvier 2014, 130p.

L’atlas archéologique de l’INRAP : https://multimedia.inrap.fr/atlas/Rennes/sites/335...

Le site en ligne des Collections en partage du Musée de Bretagne : http://www.collections.musee-bretagne.fr/resultat....

Musée Mordelaises

La deuxième partie de la conférence

La deuxième partie de la conférence portait sur la cartographie, l’iconographie, le vécu des faubourgs et des franges urbaines rennaises.

QUESTION (Manon Six) : notions de définition : suburbium, faubourg, banlieue, sub-urbain ou plus largement périurbain, des mots évoquent clairement la question de la ville et de ses limites, de l’organisation d’un espace de transition entre ville et campagne : quelles représentations cartographiques permettent d’en témoigner à Rennes ?

RÉPONSE (Sophie CHMURA, docteur en histoire, historienne de l'art) :

[à consulter :

« Images et représentations de la ville de Rennes DESCRIPTIONS, PLANS ET CARTES. Rennes au 18ème siècle: Calamité urbaine et mise en valeur de la ville », in Images, représentations et patrimoine de Rennes, mars 2018, http://patrimoine2rennes.monsite-orange.fr

«Images et représentations de la ville de Rennes DESCRIPTIONS, PLANS ET CARTES. Rennes au début du 18ème siècle », Images, représentations et patrimoine de Rennes, novembre 2017, http://patrimoine2rennes.monsite-orange.fr

« Images et représentations de la ville de Rennes DESCRIPTIONS, PLANS ET CARTES. Rennes au 17ème siècle : magnifier et révéler une capitale », in Images, représentations et patrimoine de Rennes, octobre 2017, http://patrimoine2rennes.monsite-orange.fr

« Images et représentations de la ville de Rennes DESCRIPTIONS, PLANS ET CARTES. Rennes au Moyen-Âge et à la Renaissance : le portrait sensible de la ville », in Images, représentations et patrimoine de Rennes, octobre 2017, http://patrimoine2rennes.monsite-orange.fr ]

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Les premières représentations des faubourgs datent des 16e et 17e siècles, ce ne sont pas des plans à proprement parler mais des vues dites chorographiques, c’est-à-dire qu’elles tiennent plus de l’art du paysage que de la cartographie. Ce sont

la vue du cours de la Vilaine datée de 1543

la vue cavalière de 1616 dite plan d’Argentré et

une estampe du maître enlumineur parisien Jean Boisseau datée de 1644.

Dans ces documents, la représentation de Rennes correspond à la définition qu’il se donne alors d’une ville, à savoir un espace clos de murailles qui se caractérise par le grand nombre de ses monuments civils et religieux. Les vues de 1543, 1616 et 1644 mettent donc surtout en valeur les fortifications de la ville et exagèrent la taille des monuments. Or dans les géographies du 16ème siècle et dans les premiers comptes rendus de voyages du début du 17e siècle, Rennes se distingue des autres villes par la taille de ses faubourgs, plus habités que la ville intra-muros.

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La vue de 1543 nous offre une première représentation des faubourgs rennais, une représentation symbolique :

premièrement en bas à gauche par un clocher du Bourg l’Évêque ;

par trois clochers et un ensemble de bâtiments, le faubourg septentrional (nord), faubourg déjà très développé au 15e siècle et qui aurait dû être enclos de murailles fortifiées en 1485 si la communauté de ville n’avait pas eu de difficultés financières. Ce faubourg comprenait la Lice (place des Lices), la Grande rue Saint-Michel Hors-les-Murs (rue Saint-Michel), le placis Sainte-Anne, la rue Haute (rue de Saint-Malo), la rue et le faubourg de la Reverdiais (rue et faubourg d’Antrain), la rue Saint-Melaine qui mène à l’Abbaye du même nom.

A droite, on aperçoit le dessin du bourg Saint-Hélier, qui au 16e siècle était une étape importante pour les voyageurs avant d’atteindre Rennes à proprement parlé.

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Dans les vues du 17e siècle, apparaissent deux des grandes dichotomies qui marquent les descriptions de Rennes,

une dichotomie extra-muros / intra-muros, la ville close étant plus valorisée et mieux représentée que la ville extra-muros et

une dichotomie marquée par le fleuve de la Vilaine, une meilleure valorisation du nord de la ville par rapport au sud, une différence marquée entre la ville dite Haute et la ville située rive gauche dite Basse.

Ainsi seuls les faubourgs situés au nord de la ville sont représentés, il est possible de distinguer clairement la voie du faubourg L’Évêque, la Grande rue Saint-Michel Hors-les-Murs, le placis Sainte-Anne et l’Abbaye Saint-Melaine. Aucun des faubourgs sud n’apparait alors que le faubourg de la Madeleine (de Nantes) et celui de Saint-Hélier sont déjà particulièrement importants et qu’ils seront considérablement augmentés à partir de 1600 (source : mémoire sur la conservation des baraques construites après l’incendie de 1720).

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Plan de Rennes d'après Tassin, Archives de Rennes, 1Fi40, consultable sur http://www.archinoe.net/am35v2/visualiseur/visu_af...

Plan Hévin issu des collections du Musée de Bretagne, permalien : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo225775

Les premiers plans de Rennes,

le plan de l’ingénieur Tassin de 1634

et celui gravé pour le jurisconsulte Hévin en 1685 dans le cadre d’une affaire judiciaire concernant des problèmes d’afféagements des terrains des fortifications,

montrent avant tout les fortifications de la ville. Une partie du système viaire des faubourgs et du réseau hydraulique de la Vilaine apparaissent clairement dans le plan Tassin, mais ce dernier ne rend pas compte du nombre de constructions extra-muros, seul l’hospice de santé situé faubourg de la Croix Rocheran (faubourg de Redon) est reconnaissable.

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Plan de la ville et faubourgs de Rennes. Villeneuve Forestier fecit, 1718, Bibliothèque Nationale de France, département Cartes et plans, GE C-1431, ark:/12148/btv1b52510178h

Il faut attendre le début du 18e siècle pour avoir le premier plan géométral (mesuré) de Rennes et de ses faubourgs. Il est exécuté par l’architecte Rennais François Forestier en 1718. Il témoigne d’un intérêt pour l’embellissement de la ville et de ses faubourgs (règlementation de voirie et d’alignement). Si la dichotomie extra/intra-muros tend à s’estomper, celle entre le nord et le sud est implicitement maintenue : le faubourg l’Évêque et le faubourg septentrional apparaissent dans leur totalité, mais la rue Hue (de Paris) à l’Est et les faubourgs Saint-Hélier, de la Madeleine et de la Croix Rocheran au sud ne sont pas tracés dans leur intégralité.

Il n’y a pas à ce jour de preuve que ce plan ait été gravé ou imprimé.

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Plan de Rennes par Forestier, 1726, collections du Musée de Bretagne, permalien : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo230576

En effet, l’incendie de décembre 1720 oblige Forestier à refaire un plan géométral de Rennes qui est publié en 1726. Il reprend le plan directeur de l’ingénieur Robelin et de l’architecte Gabriel pour la reconstruction de la ville Haute. Il se focalise donc sur la ville intra-muros : son format est souvent comparé à celui du plan Hévin. Deux nouveaux éléments apparaissent tout de même : le quartier de la Motte à Madame au Nord-Est et la rue de la Grippe, au Sud-Est, où étaient entreposées les épaves non carbonisées des pans-de-bois du secteur incendié en 1720 et où ont été construites un nombre important de baraques pour loger les sinistrés.

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Plan de la ville de Rennes et de ses faubourgs dédié à Mr Caze, baron de la Bove, intendant de Bretagne, Collections du Musée de Bretagne, permalien http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/8301...


https://www.geoportail.gouv.fr/carte

C’est le plan Caze de la Bove de 1782, du nom de l’intendant de l’époque, qui le premier prend en compte, grâce à un cadrage élargi, l’ensemble des faubourgs et l’amorce d’un territoire étendu. C’est le début du désenclavement de la ville qui devient un nœud routier. Le plan met même en valeur le projet de canalisation de la Vilaine mais également celui de la rivière d’Ille. Les faubourgs sont des voies bordées de maisons, derrière cette première bande s’étend une seconde bande de jardins à la géométrie contrôlée. Les formes deviennent plus lâches et la rectitude de l’organisation laisse place à une nature plus libre en s’éloignant de la cité, même si la structure du bocage est bien présente et découpe de manière relativement régulière l’espace.

Lors de sa venue à Rennes au début des années 1780 pour mesurer le méridien de Londres, Thury de Cassini félicite Forestier pour la grande qualité de ses mesures.

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Plan conservé dans les collections du Musée de Bretagne http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo280370 et aux Archives de Rennes, 1Fi68, consultable sur http://www.archinoe.net/am35v2/visualiseur/visu_af...

Le plan Caze de la Bove va servir de référence pendant toute la première moitié du 19esiècle. Jusqu’en 1813 il y a plusieurs versions du plan Caze de la Bôve indiquant à chaque fois les transformations apportées au territoire. La problématique de l’extension des faubourgs se prolonge dans le 19e siècle confirmant l’extension du regard sur le territoire rennais. Le plan dit de Lorgevil du nom du maire de Rennes en 1827 témoigne de cette réflexion nouvelle. Sur le plan routier de Rennes et de ses environs extrait des plans du cadastre de 1829, les faubourgs et le système de voirie apparaissent clairement et une ébauche d’extension au-delà du cadre préfigure d’autres plans plus étendus.

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Plan de Rennes et de ses environs, Archives de Rennes, 1Fi77, consultable sur http://www.archinoe.net/am35v2/visualiseur/visu_af... et plan de 1866 issu des collections du Musée de Bretagne, http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo228025

Plan de l’État-Major, années 1860, https://www.geoportail.gouv.fr/carte

Le plan Gaboriaud de Rennes et de ses environs a été créé dans le cadre de l’arrivée du chemin de fer en Bretagne. Les lignes de chemin de fer marquent le territoire comme une nouvelle limite urbaine. Les plans montrent un développement important des infrastructures de transport, canalisation de la Vilaine entamée en 1841 achevée en 1861, assainissement des quartiers situés au sud ; arrivée du chemin de fer en 1857 qui entraîne l’urbanisation progressive de la plaine alluviale insalubre située au sud de la ville.

Les plans de l’État-Major montrent les progrès de la cartographie des alentours de la ville et sont très utiles à l’étude de l’extension des faubourgs rennais.

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Au 20ème siècle, Rennes s’étend sur et autour de ses faubourgs et gagne les zones rurales qui l’entourent. La rocade construite à la fin des années 1970 apparaît comme une nouvelle limite de la ville.

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Documents issus d'une plaquette sur Le projet urbain de Rennes, Rennes, DAFU, septembre 1999, 23p.

Dès 1970, depuis la création du District Urbain de Rennes, les plans et cartes de Rennes deviennent des documents d’urbanisme plus complexes et désormais, il est possible d’avoir des cartes de Rennes et des communes qui l’entourent pour une maîtrise du développement urbain.

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https://www.geoportail.gouv.fr/carte

Les plans de l’IGN, institut créé en 1940, sont également un outil intéressant pour étudier l’interaction entre Rennes et ses alentours.

QUESTION (Manon Six) : la mémoire des tracés des anciennes limites de la ville (anciens remparts, douves devenus boulevards, axes de circulation, barrières d’octroi…) est une empreinte qui reste forte dans le paysage urbain, en trouve-t-on des témoignages iconographiques (18e, 19e, 20e siècles) ? Images du seuil de la ville, relation aux faubourgs, à la campagne environnante…

[à consulter :

« Les premières photographies d’archéologie de Rennes », in Images, représentations et patrimoine de Rennes,janvier 2018, http://patrimoine2rennes.monsite-orange.fr]

RÉPONSE (Sophie CHMURA) :

Nous allons juste voir un échantillon de l’iconographie des environs de Rennes…

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Détails Plan de la ville et faubourgs de Rennes. Villeneuve Forestier fecit, 1718, Bibliothèque Nationale de France, département Cartes et plans, GE C-1431, ark:/12148/btv1b52510178h

Pour étudier la relation entre la ville est ses faubourgs au 18ème siècle, les vues de profils ou perspectives sont très intéressantes. Ici deux des vues perspectives dessinées par Forestier pour encadrer son plan de 1718. La vue prise de « Saint Ellié » est la seule à montrer les trois arcades Est où passait la Vilaine pour traverser la ville.

La vue prise de Beaumont est le seul élément du plan de 1718 qui a été gravé, le Musée de Bretagne en conserve des exemplaires, dont des exemplaires colorisés. Les faubourgs sont encore entourés par le bocage. Se distinguent clairement les murs, les tours et les fossés de la ville.

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Copie du dessin de J.-F. Busnel par Th. Busnel, collections du Musée de Bretagne, permalien: http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo114201

Un des dessins le plus original du 18e siècle concernant les alentours de Rennes est sans doute cette vue perspective de l’intra-muros vers l’extra-muros exécutée par l’architecte Rennais Jean-François Huguet, contemporain de Forestier. Il offre un point de vue sur l’ensemble des faubourgs sud-ouest et nord-ouest.

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Dessins de Hyacinthe Lorette dans les collections du Musée de Bretagne, lien: http://www.collections.musee-bretagne.fr/resultat....


Pour avoir plus de détails des remparts de la ville, il faut consulter les dessins du Rennais Hyacinthe Lorette, produits pour l’Album Breton : Souvenirs de Rennes d’Émile Ducrest-Villeneuve, historien de la ville. Il ne faut pas entendre le mot « souvenir » dans sa définition touristique, mais bien archéologique. Ducrest-Villeneuve désirait garder la trace de la physionomie de l’ancienne ville et des éléments architecturaux qui vont être détruits lors des transformations urbaines.

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Dessins de Hyacinthe Lorette dans les collections du Musée de Bretagne, lien: http://www.collections.musee-bretagne.fr/resultat....

Ducrest-Villeneuve commande même à Lorette des dessins des châteaux et des manoirs de la couronne rurale qui environne la ville, bâtiments qui sont détruits pour la plupart dans les années 1970, plus d’un siècle après la parution de l’Album breton.

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Goupil (Th.), Album d'archéologie, collections du Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 949.1814.1, permalien: http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo225703

C’est dans le même esprit que Théophile Goupil, membre de la Société archéologique d’Ille-et-Vilaine, photographie les tours et les murs de la ville, peu de temps avant leur destruction. À droite les douves et les murs au sud de la ville Basse, à cet emplacement aujourd’hui passe le boulevard de la Liberté. Les photographies de Goupil sont conservées dans un album d’archéologie au Musée de Bretagne.

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Souvenirs de Bretagne, Ille et Vilaine, dédiés à Monseigneur le Comte de Chambord par son très respectueux et dévoué serviteur Th. Goupil, lien:  https://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/...

En 1870, Goupil crée un autre album qui comme celui de Ducrest-Villeneuve a dans son titre le mot « souvenir ». Il est conservé à l’INHA. À gauche la douve sous la passerelle du Champ-Dolent, disparue par la construction de la Place de Bretagne.

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Goupil (Th.), Album d'archéologie, collections du Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 949.1814.1, permalien:  http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo225703

Comme Lorette, Goupil s’intéresse aux manoirs, châteaux et moulins des environs de Rennes.

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Photographies conservées au Musée de Bretagne, permaliens : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo225274 [cliché pris par Ange Colombo (1868-1920), un double est conservé dans la collection Richier, permalien http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo292504] et http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo126350

Des années 1890 aux années 1920, des photographes rennais vont s’évertuer à photographier les destructions des tours et des remparts de la ville pour la Société d’archéologie d’Ille-et-Vilaine. Ces photographies sont toutes dans les collections du Musée de Bretagne ; des doubles existent dans les fonds privés de certains membres de la Société aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine.

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Cartes-postales, collection privée. 

Pour étudier les rues des faubourgs et les grandes voies de circulation, constater l’emprise des voies de chemins de fer dans le paysage, de nombreuses cartes-postales ont été publiées entre 1900 et 1920 sur le sujet. En particulier l’éditeur Edmond Mary-Rousselière qui avait une approche quasi exhaustive de la ville.

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Photographies de l'inventaire général, http://patrimoine.bzh/

Concernant la ligne d’octroi de la ville, nous disposons aujourd’hui du travail de l’inventaire général.

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Plan du périmètre de l'octroi, collections du Musée de Bretagne, permalien : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo290423

Cartes-postales, collection privée.

Les cartes postales des octrois rennais sont rares, car le sujet n’intéressait pas. Les Rennais, depuis la création des barrières d’octroi au 18ème siècle, n’aimaient pas les employés de la régie qu’ils surnommaient les « rats de cave », ils avaient pris l’habitude de vendre « mus en pot » c’est-à-dire en fraudant. Les débits de boissons clandestins des faubourgs étaient appelés « mus en pot » au 19e siècle.

Pour connaître au plus près l’aspect des secteurs de l’octroi au début du 20ème siècle, il faut s’intéresser aux cartes-postales ayant pour légende le thème des tramways, le réseau des tramways reliant depuis les années 1870-1880 la gare aux principales artères de la ville (voir plan)

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Photographies et négatifs des Créations Artistiques Heurtier, collections du Musée de Bretagne, http://www.collections.musee-bretagne.fr/resultat....

Depuis le 19ème siècle, les vues aériennes, dessinées ou photographiées, permettent de bien comprendre l’emprise croissante de la ville sur ses alentours. Dans les années 1960-1970, la maison Créations Artistiques Heurtier va photographier la construction des ZUP et de la rocade de Rennes. Certaines photographies existent en cartes-postales. Les négatifs sont tous conservés au Musée de Bretagne, des tirages sont également conservés aux archives de Rennes, ainsi qu’aux archives départementales d’Ille-et-Vilaine et de Loire-Atlantique.

QUESTION (Manon Six) : les franges urbaines sont de nouveaux terrains de recherche en histoire, géographie et sociologie urbaine, dans le domaine de la création artistique également… Ont-elles été vécues et perçues comme telles par les habitants de la ville à travers l’histoire ? Ont-elles joué un rôle dans la construction des rapports sociaux urbains ? (invention des bas-fonds, confins populaires, zones de marges par ex., les faubourgs à la dimension économique (types d’activité) et à la morphologie particulières : artisanat « polluant », établissements charitables, maladies et contagions, léproseries…)

[à consulter :

«Les Exclus de la ville», in Manon Six (dir.), Rennes, les vies d'une ville, Rennes, PUR, 2018, p. 212-215.

Espace bâti, urbanisme et patrimoine à Rennes, XVIIIe-XXIe siècles. Représentations et images, ThèsesUniversité Rennes 2 (28/09/2007), http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00189968/fr]

RÉPONSE (Sophie CHMURA) :

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Banéat (P.), Plan de Rennes en 1720 et en 1925, collections du Musée de Bretagne, permalien http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo291151


La physionomie et la topographie de la ville ont eu un rôle important dans son organisation spatiale. Leur étude est révélatrice de cette organisation.

Rennes a été en permanence à la merci des eaux et c’est ce rapport à l’eau qui a servi à définir les fonctions urbaines. Le bassin de la Vilaine est presque entièrement constitué de terrains de nature argileuse et les eaux tendent à se répandre dans la plaine. Dans la traversée de la ville, la Vilaine se divise: un bras principal coupe la ville d’est en ouest, d’autres s’écoulent plus au sud. Le ruisseau de Joculé et le ruisseau de Brécé traversent la ville Basse avant de se raccorder à la Vilaine. Le ruisseau du Molvaux traverse la partie ouest de la ville basse.

Alors qu’au nord, dans la ville Haute, épargnée des inondations, l’élite religieuse, administrative et commerciale habite, la ville basse est depuis la fin du 11e siècle le lieu privilégié de la production artisanale, et le lieu de résidence des plus pauvres et des artisans. Rue du Champ-Dolent se trouvaient les bouchers et les métiers dits « vils » liés au sang. Les bouchers quittent le secteur seulement dans les années 1850 au moment de l’assainissement de la ville Basse suite à la canalisation de la Vilaine. Ils s’installent vers la Mabilais où est inauguré en 1855 un abattoir.

Rue de la Parcheminerie et rue Vasselot se trouvent les artisans du cuir qui ont besoin de beaucoup d’eau, mais également d’excréments et d’urine pour travailler leur matière, ce qui les classent parmi les « vilains » métiers. Ils cohabitent avec les « branoux » terme péjoratif qui désigne les tisserands (l’injure « cul-branoux » désignait les gens malpropres) et les « halfessiers », injure qui désigne les mauvais ouvriers ou les ouvriers non qualifiés.

Rue Vasselot, exercent les chambrières, prostituées qui louent des chambres aux femmes des artisans qui jouent parfois le rôle de maquerelles. Il s’agit d’une prostitution légale, les chambrières faisant même des procès aux clients qui ne leur paient pas leur dû. Il y a des prostituées rue Vasselot jusque dans les années 1910, années où la lutte contre la pornographie (entamée dans les années 1880) amène la fermeture de nombreux débits borgnes rennais où étaient prostituées des mineures.

C’est également au sud de la Vilaine, hors les murs de la ville Basse que sont installés la léproserie de la Madeleine (12e siècle) et l’hospice des pestiférés (16e siècle) à la Croix Rocheran, ce dernier est transformé en 1607 en sanitat destiné aux malades contagieux puis dépôt de mendicité et hôpital général en 1679.

Les « hors-venus » c’est-à-dire les étrangers, les colporteurs, les voyageurs, les mendiants, les pèlerins sont cantonnés hors les murs de la ville car ils sont considérés comme potentiellement contagieux. Plusieurs hôpitaux se sont donc succédé autour de Rennes : Hôpital Saint-Jacques, Saint-Thomas, Sainte-Anne… Les pèlerins souffrants du mal de Saint-Méen trouvaient refuge dès 1627 dans l’hospice créé par Guillaume Régnier au Tertre de Joué (faubourg de Paris). C’est vers 1725 que les premiers aliénés commencèrent à y être admis. Les lieux servirent de prison au 18e siècle, en particulier pendant la Révolution. Quand l’hospice Sainte-Anne est désaffecté il est utilisé comme « asile » pour les mendiants et les prostituées du faubourg septentrional. Elles n’étaient pas forcément des chambrières car elles ne louaient pas toutes des chambres. Les « guenettes » (de « se guener » : se salir de boue, « fille boueuse » désigne les filles des bourgs et des villages des alentours qui venaient occasionnellement se prostituer) et les « garçonnières » (de « garce », le mot devient une injure seulement au 19ème siècle, la « garçaille » désignait les enfants des faubourgs, un « gars » un garçon et la « garce » la fille, une garçonnière était une fille qui cherche/court après les garçons) évoluaient dans les rues et les terrains vagues, se prostituaient même dans les chapelles d’où l’expression « faire chapelle » (relever tous ses jupons sur le devant). Les prostituées de la ville Basse étaient enfermées avec les mendiants dans les tours de la porte de Toussaints. La prostitution était si importante au 17e siècle, que Jeanne du Temple crée le couvent du Bon-Pasteur en 1718 pour accueillir les filles repenties, les filles abandonnées et les filles séduites. À la Révolution le Bon Pasteur devient la prison des femmes et les filles repenties vont, dès1808, à l’abbaye de Saint-Cyr.

Les enfants, plus particulièrement les bâtards, étaient les grands exclus. En moyenne 100 enfants étaient abandonnés par an à l’Hôpital Saint-Yves. Ce service étant payant, de nombreux « bâtards » étaient abandonnés à des nourrices à forfait, sèche (sans lait). La plupart de ces femmes étaient rue et faubourg Saint-Hélier, rue de la Poulaillerie (rue de Penhoët) Le but n’était pas que les enfants survivent. Le Procureur de Tronjolly s’attaque en 1781 aux nourrices de Saint-Hélier où il y avait presque neuf fois plus de bébés morts que de bébés baptisés.

Au 18ème siècle, 20% de la population rennaise était indigente, en 1830, près d’un tiers. La grande majorité des indigents vivait dans les faubourgs. Quand il n’y avait pas de travaux journaliers, certains hommes et certaines femmes étaient mendiants. Ils ne faut pas les confondre avec les vagabonds, dit « vacabonds » (ceux qui vaquent à tout), ouvriers et travailleurs à bon prix logés dans les « turnes » (taudis) en fond de cours.

Les faubourgs étaient des lieux très fréquentés par la population de l’intra-muros. Le Bas des Lices était le lieu où ils allaient « s’arracher les dents » (16e siècle) ou, comme cela était dit dans les faubourgs « se taper la crasse » (« crasse » = visage), c’est-à-dire régler ses comptes en se battant aux poings. Le placis Sainte-Anne et ses alentours immédiats étaient un lieu de divertissements, l’existence de plusieurs jeux de paume en témoigne. De nombreuses hôtelleries étaient installées dans les rues au proche des portes de la ville. De nombreux « cabarets » (débits de boisson) pouvaient se trouver dans les faubourgs. D’ailleurs il existe de nombreuses locutions locales pour parler d’alcool et d’alcoolisation.

L’histoire, les images et les représentations des faubourgs de Rennes est un vaste sujet qui n’a pas été vraiment traité à part entière et qui mérite de plus amples développements.

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