LOUIS COLLET, 

photographe, 4 quai Richemont à Rennes

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Cet article contient des photographies des collections du Musée de Bretagne à Rennes (Marque du domaine public).

Il est aujourd’hui difficile de trouver dans Rennes des traces des photographes qui y ont exercé au 19ème siècle et au début du 20ème siècle. Studios et boutiques ont disparu ou ont été transformés. Un des plus beaux témoignages encore visible se trouve 4 quai de Richemont. En effet, si en 1933 le studio du photographe Louis Collet (1846-1935) disparait dans les travaux de surélévation de sa maison sur les plans des architectes Edme-Pierre Derrouch (Lamballe, 30 mars 1904 - Rennes, 4 mai 1978) et Ernest Rual (Rennes, 16 février 1907 - 25 juillet 1998), l’ornementation de la façade n’a pas été altéréet il est encore possible de voir au deuxième niveau les initiales du photographe dans un médaillon placé au-dessus d’une palette d’artiste peintre et sous un appareil photographique.

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COLLET Louis François (1846-1935)

Photographe


signature

État-civil :

Né le 2 janvier 1846 à Pleumeleuc, fils de Pierre Collet (Pleumeleuc, 10 mai 1808 – 17 février 1886), laboureur, maire de Pleumeleuc et Perrine Demaure (Pleumeleuc, vers 1819 – 18 décembre 1885), cultivatrice, mariés le 5 février 1841 à Pleumeleuc.

Marié le 13 novembre 1875 à Rennes avec Anna Françoise Marie Adrienne Querniet (Rennes, 27 mars 1855 – 7 juin 1906), fille de René Jean Marie Querniet, marchand chapelier (L’Hermitage, 20 avril 1829 – après 1875) et Elisabeth Marie Ribes (Rennes, 11 février 1828 – 28 mars 1878), mariés à Rennes le 14 mai 1851 ;

d’où 

1°) Anna Renée Louise Collet (Rennes, 12 février 1877 – 15 juin 1877) ;

2°) Élisabeth Marie Josèphe Collet (Rennes, 26 avril 1878 – 16 mars 1971) ;

3°) Louis Collet (Rennes, 28 avril 1879 – Toulouse, 22 septembre 1964), photographe, marié à Antony (92) le 12 janvier 1911 avec Denise Marie Louise Vignon (Bédarieux, 1873 - ?) ;

4°) Léon Ange Marie Collet (Rennes, 22 avril 1880 – 26 juillet 1885) ;

5°) Angèle Anne Louise Collet (Rennes, 24 août 1881 – Saint-Brieuc, 11 septembre 1965), institutrice, religieuse à Saint-Malo ;

6°) Auguste Georges Collet (Rennes, 10 novembre 1882 – Pleumeleuc, 20 novembre 1882) ;

7°) Francis Marie Collet (Rennes, 10 novembre 1882 – Pleumeleuc, 17 septembre 1884) ;

8°) Marie Gabrielle Élisa Collet (Rennes, 1er mai 1885 – 9 janvier 1886) ;

9°) Maurice Jules Louis Collet (Rennes, 20 août 1886 – 21 février 1892) ;

10°) Marie Émilie Collet (Rennes, 20 octobre 1887 – Pont-L’Évêque, 22 février 1972), marié à Rennes le 6 avril 1920 avec Albert Mathurin Marie Joubeaux (Dinan, 13 décembre 1879 – Pont-l’Évêque, 18 mai 1955), armurier coutelier ;

11°) Georges René Ange Collet (Rennes, 17 août 1889 – 9 avril 1970) dessinateur chez Francis Simon (1911), photographe puis dessinateur à la Compagnie du Midi, marié à Montréal le 29 octobre 1923 avec Julie Yvonne Faget ;

12°) Anna Louise Marie Collet (Rennes, 20 juillet 1892 – La Haye-du-Puits, 3 août 1970), marié à Rennes le 30 juillet 1918 avec Joseph Ernest Eugène Bonnesoeur, photographe ;

13°) René Joseph Marie Collet (Rennes, 28 juillet 1894 – 26 février 1967), notaire, marié à Suze-sur-Sarthe avec Marie-Thérèse Antoinette Philomène Pivron ;

14°) Madeleine Marie Anne Collet (Rennes, 26 juillet 1898 – Saint-Brieuc, 25 janvier 1950), religieuse.

Décédé à Rennes le 8 octobre 1935.

En 1875, Louis Collet remplace à Rennes Jacques Théodore Simon (Avallon, 19 octobre 1820-Rennes, 26 octobre 1882) et son épouse Marie Guyard, (Quarré les Tombes, 8 novembre 1823 - ?) qui opéraient comme photographes sous la raison sociale Simon-Guyard, 7 avenue de la Gare depuis 1872.

Guyard

De 1878 à 1886, l’adresse du studio passe sous le numéro « 11 avenue de la Gare ». À la fin des années 1870, Collet récupère l’ensemble des clichés de Charles Mevius Père (1824- ?) qui quitte Rennes après 1876[1]. Il se présente dès lors comme son successeur.

Gare

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Photographie attribué à Louis Collet Musée de Bretagne à Rennes. Permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo279310

Le cliché est en réalité de Charles Mevius Père. Voir stéréo ci-dessous.

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Mevius (C.), Rennes, quai Chateaubriand et pont de Berlin, collection du Musée de Bretagne à Rennes, permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo293615

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Effet de relief du stéréogramme de Charles Mevius Père, à partir des collections du Musée de Bretagne à Rennes.

Louis Collet

En 1889, Collet emménage 4 quai de Richemont. Il avait fait construire le bâtiment entre 1887 et 1888 par l’architecte Hippolyte Béziers-La Fosse (Versailles, 30 novembre 1814 - Rennes, 22 mars 1899) sur un terrain acquis pour 12 900 francs le 24 février 1887 à Julien René Brossault, négociant cirier (Rennes, 15 décembre 1835 - 7 juin 1893). En 1888, alors que les bâtiments sont encore en construction, il devient propriétaire de la mitoyenneté du mur du 2 quai de Richemont pour 2424 francs 91 centimes[2]. L’élévation du numéro 4 correspond aux prescriptions du traité pris par la Municipalité le 6 avril 1861 pour règlementer la construction du quai, à savoir que « les maisons à bâtir sur le quai alors projeté, c’est-à-dire le quai Richemont, doivent avoir deux étages au moins au-dessus du rez-de-chaussée et que les ouvertures et les angles doivent être construits en pierres de tailles » [3].

Sur les cartes-postales du début du 20ème siècle, la verrière du studio de Collet apparaît clairement au dernier niveau du bâtiment.

Richemont

Carte-postale phototypie Frères Vassellier (Nantes), 1908.

Outre le 4 quai Richemont, Collet était propriétaire d’autres biens immobiliers[4] dont un terrain qu’il avait acquis le 9 octobre 1886 à l’angle de l’avenue de la gare et la rue Duhamel[5]. En août 1899, pendant le procès d’Alfred Dreyfus, le correspondant spécial du quotidien L’Aurore, Philippe Dubois (Ixelles, 19 avril 1862 – Paris, 11 mai 1918), explique dans sa dépêche du 11 août qu’« à l’angle de la rue Duhamel et de l’avenue de la Gare, par conséquent en face de la prison militaire et, en même temps, en face du lycée où le conseil de guerre tient ses assises, se trouve un petit terrain clos de palissades, où les herbes sauvages poussent à leur aise. La situation topographique de ce terrain l’a transformé, depuis le commencement du procès, en un observatoire merveilleux d’où – à l’abri des brutalités des gendarmes et de la consigne des agents – on peut assister à tous les incidents qui se passent dans la rue et à la sortie de Dreyfus. Tous les jours, à partir de neuf heures, depuis lundi, ce terrain abrite une quantité de photographes, de journalistes et de curieux que le propriétaire, M. Collet, photographe lui-même, veut bien admettre chez lui. Au surplus, y est-on fort à l’aise à l’ombre de la maison voisine. Lundi, les spectateurs étaient montés sur des chaises. Mardi, aux chaises on adjoignit une table, mercredi, on dressa des échelles. Tant et si bien que M. Collet finalement eut l’idée de faire construire avec des madriers, une estrade dont l’accès coûtait cinquante centimes. Ce n’était pas cher, vraiment, et M. Collet était certain d’encaisser chaque matin plus que le maximum, comme certains théâtres. Mais la police s’est inquiétée, et, en ce moment, elle cherche un moyen légal d’empêcher l’excellent photographe de poursuivre son exploitation. Un grave conciliabule a été tenu, à ce sujet, tout à l’heure, devant le terrain de la rue Duhamel. A ce conciliabule assistaient le commandant de gendarmerie et tous les commissaires de police présents en ce moment à Rennes. Chacun a donné son avis. Aucune résolution définitive n’a encore été prise. On réfléchit. Obligera-t-on M. Collet à démolir son estrade, sous prétexte qu’aucun architecte n’en a vérifié la solidité ? Le poursuivra-ton comme entrepreneur de … fêtes publiques non patenté ? Les autorités sont perplexes. Peut-être s’arrêteront-elles, simplement, au projet du commissaire central, projet qui consisterait à planter un mât de chaque côté du terrain et à réunir ces mâts par une large bande de calicot, de façon à masquer la vue de l’avenue aux clients de M. Collet ? Pour exécuter ce plan, simple et pratique, l’autorisation du maire serait suffisante. Le maire l’accorderait avec empressement, cela ne fait aucun doute. On pourrait s’entendre, ensuite, avec un entrepreneur de publicité et lui permettre de couvrir d’annonce la bande de calicot. Ce serait un moyen de couvrir amplement les frais. Je livre gratuitement cette idée géniale à ces messieurs, dont l’embarras fait peine à voir »[6]. Le 19 août 1899, Le Monde Illustré[7] publie un cliché des lieux, image qui est par la suite utilisée sur la carte-postale n°25 de la série Le Procès de Rennes publiée par la « Compagnie américaine ».

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Carte postale n° 25 de la série "Le Procès de Rennes", collections du Musée de Bretagne à Rennes, permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118622

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Le Monde Illustré, 19 août 1899, p. 147.

Entre 1911 à 1917, Collet travaille avec son fils Louis. Après avoir été mobilisé de mai 1917 à février 1919, ce dernier s’installe comme photographe à Narbonne[8].

Collet arrête vraisemblablement sa carrière à la fin de la Première Guerre Mondiale. Le 9 octobre 1920, il lègue à sa fille Elisabeth la propriété du 4 quai Richemont en se réservant « pendant sa vie ou pendant le temps qu’il lui plairait, le droit d’habitation des parties ci-après […] savoir : le cours entier du troisième étage ; trois mansardes et le jardin en dépendant »[9] dont une partie est vendue en 1933[10]. En 1921, il est d’ailleurs déclaré comme ancien photographe. Suite aux travaux menés en 1933, l’immeuble est décrit comme étant « Elevé sur caves d’un rez-de-chaussée et de quatre étages avec terrasse, comprenant : au sous-sol : quatre caves au nord, grande cave double avec chaudière de chauffage central, et autre petite cave au midi, dans laquelle compteur d’eau. Au rez-de-chaussée : couloir d’entrée avec grand placard et appartement composé de vestibule, water closets et lavabo, salle à manger et cuisine éclairées sur la cour trois chambres éclairées sur le quai Richemont ; autre petit dégagement avec double placard. Cour dans laquelle : water closets, buanderie, remise en cavage. Au premier étage – appartement séparé par couloir central avec placard ayant : éclairés sur le quai Richemont : une chambre, une salle à manger et un salon communicants ; éclairées sur la cour, une autre chambre, une cuisine ; water closets avec lavabo. Au deuxième étage : appartement ayant même composition et disposition que celui du premier étage. Au troisième étage- appartement séparé par un couloir central avec placard, ayant trois pièces éclairées sur le quai, autre chambre, cuisine, et water closets, avec lavabo, éclairés sur la cour. Au quatrième étage – quatre chambres éclairées sur la quai, couloir, deux autres pièces aspectées sur la cour, dégagement pour vase d’expansion du chauffage central, water closets, penderie, escalier d’accès à la terrasse avec guérite joignant cette terrasse »[11].


Richemont 2018



[1] Archives de Rennes, 1F4/38.

[2] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 2030W326

[3] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 4Q4/900.

[4] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 4Q4/4204.

[5] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 4Q4/889.

[6] L’Aurore, 12 août 1899, p. 2, sur Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7020300/f2.item

[7] Le Monde Illustré, 19 août 1899, p. 147 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62201900/f7.item

[8] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1R1896.

[9] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 4Q4/2641.

[10] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 4Q4/2670

[11]Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 2030W326