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LES ENVIRONS DE RENNES

Images et représentations du manoir de Tizé

D’après l’historien et bibliothécaire Barthélemy Amédée Pocquet Du Haut-Jussé (1891-1988), « Tizé est une des perles de la campagne rennaise »[1]. Ce manoir est situé sur la commune de Thorigné-Fouillard (35 235) à l’est de Rennes.

IGN

En 1824, Daniel Louis Olivier Miorcec de Kerdanet (1792-1874), en publie une description qui est reprise en partie par Pierre Augustin Eusèbe Girault de Saint-Fargeau (Saint-Fargeau, 11 avril 1799 – Paris, 1855) dans son Guide pittoresque du voyageur en France (1838) et son Dictionnaire géographique, historique, industriel et commercial de toutes les communes de la France (1844).

Miorcec de Kerdanet (D.), « Château de Bretagne », in Le Lycée armoricain, 1824, 3e vol., 14e livraison, p. 102.

« Tizé. Vieux manoir en Thorigné près de Rennes et sur les bords de la Vilaine, qui jadis protégeait son enceinte. Séjour à jamais mémorable par le décès du plus grand de nos jurisconsultes Bertrand d’Argentré, banni de Rennes en 1589, parce qu’on avait trouvé sur sa table le rôle de la Ligue, se retira au château de Tizé, chez Mathurin Bouan, son ami, et c’est là qu’il mourut de chagrin, le 13 février 1590, à l’âge de 71 ans. Le manoir de Tizé est un mélange d’anciennes et de nouvelles constructions. La partie ancienne, le frontispice, l’escalier et sa jolie guirlande datent de l’an 1314 »[2].

Girault de Saint-Fargeau (E.), Guide pittoresque du voyageur en France, Paris, Didot frères, 1838, p. 18.

« Le manoir de Tizé est un mélange d’anciennes et de nouvelles constructions. La partie ancienne, le frontispice, l’escalier et sa jolie guirlande datent de 1314 »

Le Guide pittoresque de Saint-Fargeau est contemporain du dessin exécuté d’après nature présenté le 17 décembre 1838 par l’architecte Charles Louis Langlois (1811-1896) aux membres de la Société des sciences et des arts de Rennes, puis lithographié par Landais et Leroy de Rennes en 1839[3].

Langlois

Langlois (C.), Château de Tizé près de Rennes, collections du Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 2017.0000.1199

Permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo200179

Avant d’être un manoir, Tizé était un château[4]. Cité en 1225, il a été réédifié deux fois en 1314 et au milieu du 16ème siècle. Grâce au dessin de Langlois, nous pouvons affirmer, qu’à la Renaissance, le château était composé d’un grand bâtiment comprenant un rez-de-chaussée et un étage, accosté au nord d’un pavillon à deux étages formant retour d’équerre. Ce pavillon avait trois fenêtres à pilastres et un toit très élancé. Le bâtiment principal, où se trouve l’escalier Renaissance, avait déjà perdu toute sa partie sud en 1838. L’escalier occupait primitivement le centre du château. Il est compris entre deux lignes de pilastres superposés qui sont sculptés de moulures et de losanges. La porte en granit est décorée de deux pilastres et d’une corniche.

Quand Théophile Goupil (1827-1895)[5] photographie le site à la fin des années 1850, il ne subsiste que les deux étages inférieurs de l’escalier avec leurs deux séries d’arcades, l’une rampante pour suivre le mouvement ascensionnel des marches, l’autre horizontale parce qu’elle correspond au palier. Le couronnement en coquille, l’inscription et les écussons relevés par Langlois ont totalement disparu[6]. Le pavillon d’angle a perdu environ la moitié de sa hauteur. Les lieux sont alors occupés par une ferme.

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Goupil (Th.), Tizé le château, collections du Musée de Bretagne à Rennes, numéro d'inventaire : 949.1814.1.48. Il existe un double de cette photographie, légendé « Ferme du Château de Tizé », dans l’album de Théophile Goupil, Souvenirs de Bretagne, Ille-et-Vilaine, conservé à l’INHA (http://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/15531/?offset=#page=73&viewer=picture)

Permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo225751

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La notice consacrée à Thorigné dans le Dictionnaire géographique de 1869 d’Adolphe Joanne (1813-1881) précise bien que les bâtiments sont en ruines, tout comme la notice sur Cesson du Grand dictionnaire Larousse publiée entre 1867-1890. Les dictionnaires du 19ème siècle situent le château de Tizé aussi bien sur Thorigné-sur-Vilaine, actuelle commune de Thorigné-Fouillard, que sur Cesson, actuelle commune de Cesson-Sévigné. Le manoir est en effet bâti sur la rive droite de la Vilaine, sur le territoire de Thorigné, mais une partie de ses dépendances étaient sur la rive gauche, sur le territoire de Cesson.

Joanne (A.), Dictionnaire géographique, administratif, postal, statistique, archéologique, etc., de la France, de l'Algérie et des colonies, vol. 2, Paris, L. Hachette, 1869, p. 2195.

« THORIGNÉ, Ille-et-Vilaine, c. de 577h., à 70 m., cant., ar. De Rennes (9 kil.), église. Ruines du château de Tizé, converti en ferme : bel escalier Renaissance. – A 1500 m. de la Vilaine. – 672 hect. ».

Larousse (P.), Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, Tome 3, Paris, Larousse, 1867-1890, p. 816.

« CESSON, bourg et commune de France (Ille-et-Vilaine), arrond. et à 6 kilom. E. de Rennes, sur la rive droite de la Vilaine ; pop. Aggl. 359 hab. – pop. tot. 2,561 hab. Carrières de pierres à bâtir, dites de Crosanne ; ruines du château de Tizé, où mourut l’historien d’Argentré. »

En 1873, le guide itinéraire consacré à la Bretagne des éditions Hachette conseille aux touristes de voir « les ruines du château de Tizé (XVIe s.), converti en ferme, et où l’on admire surtout un bel escalier de la Renaissance »[7].

Après 1904, le libraire Edmond Mary-Rousselière (1874- ?)[8] édite, dans sa série de cartes postales sur les « environs de Rennes », un cliché du manoir avec le titre « L’Ancien Château de Tizé ». Outre des vues générales des principaux bourgs et sites du pays de Rennes, ainsi que des points de vue sur la Vilaine et la forêt de Rennes, cette série présente des clichés de châteaux, de manoirs et de moulins, qui pour la plupart ont aujourd’hui disparu. Durant la première décennie du 20ème siècle, les bâtiments de Tizé semblent dans un état semblable à celui de la fin des années 1850, seules les plantations palissées le long des façades ont été supprimées. La ferme est alors exploitée par la famille de Baptiste Leray.

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Carte postale 176. Environs de Rennes – THORIGNÉ L’Ancien Château de Tizé , éditée par E. Mary-Rousselière, collections du Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 2016.0000.2720

Permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo187136

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Paul Banéat (1856-1942) explique dans ses recherches que les nouveaux bâtiments situés à l’ouest ont été édifiés en 1910[9]. Ces travaux ont amené à la destruction d’une petite chambre, dite chambre du chapelain, dont le plafond était formé de grosses poutres triangulaires moulurées qui soutenaient d’autres petites poutres semblables, mais sans moulures. Dans Le département d’Ille-et-Vilaine Histoire-Archéologie-Monuments publié en 1927, Banéat utilise un dessin montrant l’escalier de pierre blanche à vis réalisé d’après un croquis fait en 1912 par Alfred Ramé (1826-1886)[10]. La colonne centrale est décorée de moulures en spirales et de gorges, dont une sert de rampe. Autour de la colonne, court une guirlande de liserons et une ligne de fleurons allongés.

Ramé

Le domaine de Tizé est aujourd’hui connu des randonneurs pour ses sentiers naturels qui le traversent. En 1984, la construction du lotissement du Tizé a permis une remise en valeur sommaire du manoir avant qu’il soit transmis au domaine communal de Thorigné-Fouillard. Depuis 2005, l'association Au bout du plongeoir, plateforme d'expérimentation dans les domaines de l'art[11], s'y est installée. Le manoir a été déclaré d'utilité communautaire par Rennes Métropole.

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Juillet 2018

Musée de Bretagne



[1] Pocquet du Haut-Jussé (B.-A.), Visites et excursions à Rennes, Mayenne, Joseph Floch, 1974, p. 203.

[2] Miorcec de Kerdanet (D.), « Château de Bretagne », in Le Lycée armoricain, 1824, 3e vol., 14e livraison, p. 102.

[3] Bibliographie de la France, 1839, p. 251.

[4] Par définition un château est une demeure fortifiée ; un manoir est un petit château rattaché à des terres agricoles.

[5] Chmura (S.), « Les premières photographies d’archéologie de Rennes », in Images, représentations et patrimoine de Rennes,janvier 2018, http://patrimoine2rennes.monsite-orange.fr

[6] Pocquet du Haut-Jussé (B.-A.), Visites et excursions à Rennes, Mayenne, Joseph Floch, 1974, p. 203 (note en bas de page).

[7] Joanne (A.), Itinéraire général de la France Bretagne, Collection des Guides Joanne, Paris, Librairie Hachette et Cie, 1873, p. 407.

[8] Chmura (S.), « E. Mary-Rousselière et les photographes de la Bretagne intérieure », cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, octobre 2014. http://cartes-postales35.monsite-orange.fr

[9] Banéat (P.), Le département d’Ille-et-Vilaine Histoire-Archéologie-Monuments, tome IV, Mayenne, Éditions Régional de l’Ouest, 1994, p. 227.

[10][10] De nombreuses notes manuscrites et dessins inédits sont conservés dans le fonds François-Alfred Ramé au Musée de Bretagne à Rennes. Le plan de l’escalier porte le numéro d'inventaire : 912.0043.1158

[11] http://www.placepublique-rennes.com/article/Les-artistes-d-Au-bout-du-plongeoir-font-revivre-Tize-1

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