Images et représentations de la ville de Rennes

DESCRIPTIONS, PLANS ET CARTES

Les guides de voyage avant 1800

Munis de préfaces et prodigues en conseils, les guides, qui ne portent pas explicitement ce nom dans leur titre durant l’Ancien Régime, se démarquent des relations[1] de voyageurs qui sont strictement des récits d’expériences, et ce, même si au du 17ème siècle aux premières décennies du 19ème siècle, des récits de voyages imprimés ont parfois assuré une fonction de guidage car, comme le précise Jean-Aymar Piganiol de la Force en 1740, « Les Relations qui sont exactes sont des guides fideles »[2].

Les guides aident leur utilisateur à se repérer dans l’espace et à établir des priorités, ils sont donc de bons indicatifs des évolutions intervenues au cours des siècles concernant la perception de la ville et de ses monuments. Les auteurs des guides, pour leur grande majorité des hommes de lettres, considèrent la ville de manières différentes : soit ils la décrivent abondamment, soit ils ne font aucun commentaire, leur silence exprimant tantôt de l’indifférence, tantôt l’inutilité d’ajouter un commentaire à ce qui a déjà été produit.

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Chmura Sophie, "Images et représentations de la ville de Rennes DESCRIPTIONS, PLANS ET CARTES. Les guides de voyage d'Ancien Régime", Images, représentations et patrimoine de Rennes, mis en ligne le 8 juin 2018, http://patrimoine2rennes.monsite-orange.fr, consulté le .

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16ème et 17ème SIÈCLES : LES GUIDES DE VOYAGES DITS « TOPOGRAPHIQUES »

La grande majorité des guides des 16ème et 17ème siècles prennent la forme de listes de noms de lieux accompagnés des distances qui les séparent. Ces listes-itinéraires sont utiles pour celui qui veut choisir une étape, mais ils sont très insuffisants pour réaliser un parcours personnel. Au 17ème siècle, outre l’aspect continu de l’itinéraire, des variantes et des excursions[3] sont proposées. C’est une manière simple de se dégager de la contrainte d’un trajet déterminé et de l’agrémenter d’une touche personnelle, d’un détour peu fréquent ou inédit. Les itinéraires déterminent surtout quelles villes sont les lieux à voir.

La Guide des chemins de France

Au 16ème siècle, les voyageurs emportaient sur les routes un ouvrage appelé « une guide » qui leur indiquait les principales villes et lieux d’étape importants. La plus connue de ces guides est celle rédigée et publiée en 1552 par l’imprimeur Charles Estienne (Paris, vers 1504 -1564), titrée La Guide des chemins de France. Il en existe trois éditions : la deuxième version publiée peu de temps après la première en 1552 est décrite comme « corrigée et augmentée », celle de 1553 est fortement remaniée par Estienne suite à des critiques ou requêtes de ses lecteurs dont il fait part dans son introduction : « Combien que i escache quelle est la difficulté de contenter un chascun, en ce principalement qui s’est de tout temps trouvé fort variable : touttefois i’ay tant osé (a ta continuelle requeste, Lecteur) entreprendre sur la volunté, tant mienne, que ce ceulx qui faict doubte de cette Guide des chemins de France, que de l’amender & accroitre pour cette troisiesme fois, a laide de tes bons advertissements : pour satisfaire non seulement a ce que ie fcay que de long temps tu desyre, sur le faict des antiquites (qui plus apparoissent par ce moyen, que par nulle autre chose escripte) mais aussi pour te donner arres d’une autre Guide generale ; adressant par tout ailleurs qu’en nostre pays de France : en ensuyuanr ce que l’Empereur Antonin nous a laissé par escript en son Itineraire des Prvinces : ou bien l’ordonnance des cartes du bon Roy Ptolemee[[4]] : Tant esperant de ta faveur & benevolence accoustumee, que tu excuseras encores ceste fois, ce que tu trouveras de different, pour l’incertitude, ou plustot diversité des opinions : & que par mesme moyen tu me donneras occasion de continuer ce passetemps iusques a quelque perfection, si perfection se peult appeler, le contentement de ton esprit & du mien »[5]. Par la suite, le texte est copié, voire même contrefait, et ce, jusqu’en 1668.

1 C. Estienne

2 Estienne réédition


La marque de l’imprimeur est un olivier, dont plusieurs branches sont détachées, avec des mots tirés de l'Épître de saint Paul aux Romains (11.20): Noli altum sapere / Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains.

Estienne s’est inspiré d’ouvrages antérieurs publiés pour les pèlerins qui proposaient des informations sur les lieux de dévotions, les reliques, la nourriture, le caractère des habitants et les conditions de sécurité du voyage[6]. Pourtant La Guide n’a pas été écrite spécifiquement pour les pèlerins. Elle vise les voyageurs issus de l’aristocratie et de la bourgeoisie, les marchands et les curieux, bref tous ceux qui ont les devoirs ou la possibilité de se déplacer. Estienne est un des premiers à voir de l’agrément dans les déplacements et à envisager le voyage comme source de plaisir. Il donne également un but didactique à son texte faisant du voyage une occasion de se confronter à certains objets et donc d’acquérir des connaissances. Il montre d’ailleurs une certaine familiarité ou complicité pédagogique avec son lecteur en utilisant la langue vernaculaire et le tutoiement.

Il s’agit du premier modèle d’itinéraire et de guide pour voyageurs facilement transportable in octavo et qui propose un texte allant à l’essentiel. L’ouvrage est entièrement dédié à la France et les itinéraires sont organisés de manière rayonnante à partir de Paris, point de repère géographique qui permet à l’auteur de présenter le territoire français comme organisé et hiérarchisé. L’introduction est suivie d’un index des toponymes et d’un tableau qui explique les abréviations qui apparaissent dans les itinéraires. Ces derniers se présentent comme des listes de toponymes et de distances, entrecoupées parfois par des renseignements sur les éléments perceptibles dans le paysage qui peuvent aider le voyageur à progresser dans son périple. L’auteur a pris soin d’organiser les itinéraires par étapes d’une journée.

À une époque où il n’existe pas de cartes véritablement utilisables dans le cadre de déplacement sur le territoire, Estienne a dû recueillir des informations auprès d’autres voyageurs. D’après Jean Bonnerot (1882-1964), qui a publié une analyse détaillée de l’édition de 1553[7], la plupart des sources d’Estienne étaient orales, ce qui explique les erreurs dans l’orthographe du nom de certaines villes ou lieux. Ce fait est confirmé dans l’introduction de la première édition de La Guide où Estienne s’excuse de la variabilité de « l’orthographe des surnoms, attendu que de divers auteurs, cõme messagers, marchans & pellerins, desquels luy a esté force de s’aider, ne peult sortir que grand diversité qui se pourra corriger a mesure que les advertissemens en viendrõt »[8].

Malgré l’absence de carte dans l’ouvrage, Estienne donne une visibilité au territoire français en le décrivant de manière géométrique comme un « lozenge vingt deux iournees de large, & dix de long » et en le délimitant clairement « d’une part de la mer Oceane, espandue depuis l’escluse en Flandre, iusques aux limites de la petite Bretaigne, Normandie, & haulte Picardie […] Et d’autre part (qui est du costé de Midy) il est fermé de la mer Méditerranée […] entre lesquelles mers, plusieurs grandes montaignes luy servent de borne et rempart […] Le surplus de ses confins est terminé par fleuves »[9]. Ce procédé qui permet de rendre compte des limites territoriales est repris dans les descriptions générales de chaque province française qui précèdent les itinéraires. Ainsi « La duché de Bretaigne, dicte dea anciens Armoricque, retient la forme d’un fer de cheval, duquel le cerne est es environs de la mer : & pource appelee du vulgaire du pays Armoris, qui vault autant a dire cõme terre de mer : & le fond ou creux de ladicte figure est en terre ferme & de landes, que le vulgaire nomme ar goet : fut royaume l’espace de six cens trente quatre ans, est contigue a la France vers l’Orient, & a la mer Oceane vers l’Occident & Septentrion : ha six grãdes iournees de lõg, & trois de large »[10].

Les quelques analyses étymologiques et historiques d’Estienne donnent une image valorisante des lieux parcourus susceptible de marquer les esprits et de s’inscrire dans la mémoire. Sa description de la Bretagne met surtout en avant les langues qui s’entendent dans le Duché qui comprend« neuf sieges cathedraulx, a trois desquels, qui sont Nantes, Vãnes & Sainct Brieu, lon parle indifferemment Francois & Breton : a trois autres, qui sont Cornouaille, Sainct Paul & Treguier, lon ne parle que le Breton bretõnãt, que lon dict estre encor l’ancienne langue des Troyens. Aux trois autres, qui sont Sainct Malo, Dol & Renes, lon ne parle que Gallo ou Vvalon, qui est le vray Francois : tous lesquels sieges sont eveschez, sors Dol, qui est archevesché. Cette duche tient au Poictou & au Berry, vers Montagu, au pays d’Amouvers Ingrande, & a la Normandie, aux endroits de la mer Oceane : est divisee en deux aprties, Scavoir la basse & Haulte Bretaigne. La Haulte Bretaigne ha plus participatiõ de tere que de mer, & n’est seulement separee de la basse par les limites, que nous dirons cy apres : mais encor par langage vulgaire, approchant de nostre Gaulois ou Francois, dõt a esté appelee Galoise : cõtient le pays de Sainct Brieu des vaulx, Lamballe, Mõtcõtoul, Jugon, le pays de Sainct Malo, Dinan, Plerremel, Jossalin, Malestroit, Pontigny, Redon, Sainct Aulbin, Sainct Iulian de Vouantes, Renes, Nantes, Auseuy & Clisson. Soubs lequel pays nordé de la riviere de Loire, est comprins le pays de Rhez, le Clissonnois, & Chantaussy. La Basse Bretaigne costoye la mer pour la plus part, & est separee de lãgage d’avec la haulte, dont a esté appelee Bretonnante. Cõmence vers la mer au Croisil, petite ville & port de mer, auquel entre la riviere qui passe a Renes, & fine du costé de la terre a un village appelé Chasteaulandran, assis entre Guinguand & Sainct Brieu : a la moitié duquel village, une partie des habitans parlent Breton Gallo, & l’autre Breton tonant, & estime lon la largeur dudict bas Breton, d’un des endroits susdicts, iusques a l’autre sestendre pour le moins deux grandes iournees. Cõtient la Seigneurie de Grello, de laquelle le principal siege est Chasteaulandran, retenant le nom du quatriesme Roy de Bretaigne : comprend encor le pays de Gueel, Baignon, Mõfort & Vannetais, que de present est appelé Brouerech ou Bourgerech, a cause du Roy Boudic, qui la bailla en aprtage a son frere Erech. Item la viscomté de Rohan, & autres pieces. Ha pour principales villes Vannes, le Croisil, Kemperlan, Conquerneau, Kempercorentin, Sainct Regnault des boys, Chasteaulain, Kerhaiz, Leon, Brest, Sainct Regnan du fau, Laisenum, Sainct Paul, Treguer, Lantreguer, Morlaye, Guinguand, & autres. »[11]

Les mentions économiques contribuent quant à elles à la construction de l’identité de la plupart des provinces. En Bretagne les « chemins sont frequentez, tant a raison de la mer, par laquelle on entre en Espaigne & Angleterre, comme a cause des marchandises & trafficques »[12] . Les principales caractéristiques de chaque ville sont signalées par un système d’abréviations et quelques renseignements sont donnés pour certaines localités, ce qui distingue La Guide de la plupart des autres Itinéraires publiés au 16ème siècle.

Itinéraire entre Vitré « premiere ville de Bretaigne »[13] et Rennes :

3

En regardant le chemin qui part de Vitré pour aller à Rennes, le voyageur apprend qu’à Noyal / Noyal-sur-Vilaine il peut avoir son repeuë / repas et qu’à Renes/ Rennes, indiquée comme ville avec château et évêché, il trouvera un gîte pour la nuit.

L’auteur ne fait pas plus de commentaires sur Rennes, qui apparaît comme une simple étape de voyage. Seules quelques villes du Duché ont des commentaires : Sainct Aulbin du Cormier / Saint-Aubin-du-Cormier « Autreffois ville. Landes, ou fut la bataille Sainct Aubin »[15] ; Tourie/ Thourie « La lande du Foyal, grande & perilleuse »[16] ; Sainct Elliers / Saint-Hélier « fauxbourgs de Renes »[17] ; Lantreguier / Tréguier « Ville de laquelle Sainct Yves fut official »[18] ; Chastelandran/ Chateleaudren « Là se change le langage »[19] ; Morlaye / Morlaix « Bon port de mer pour les necessitez des Anglois »[20] ; Sainct Malo / Saint-Malo « Forte place dans la mer »[21] ; Nantes « Ville principale de Bretaigne, assise pres la mer & ayant la commodité de trois rivieres, qui leaus entrent en Loire »[22] ; Brest « Gand port de mer, le plus excellent de Bretaigne, duquel semble que Bretaigne ait pris le nom »[23], La Roche Bernard « Port de mer dangereux, on passe la brachs entre le Croisil & Redon : & la est la mutation de langage de la l’eau »[24] ; Murillac « Ou se prennent les bonne moulles, sur la mer »[25] ; « Le Bondon, maison ancienne, & sejour des ducs de Bretaigne, ou y a parc »[27] ; Quimpercorentin / Quimper « premiere ville de l’evesché de Cornouaille »[28] ; Pontsecort « vallee pres la mer, force huystres, port de mer »[29]

Estienne donne parfois quelques conseils de visite à son lecteur, ainsi à Lugon, il lui conseille « Voy les chasteaulx antiques »[30] et à Oudon « Voy la tour ancienne »[31].

Le voyage de France

En 1662, l’ouvrage de l’historiographe Gilbert Saulnier du Verdier ( ?-1686), Le voyage de France, dressé pour la commodité des François et des étrangers, rompt avec la présentation de Charles Estienne en renouant avec la forme du récit de voyage. Ce guide emprunte son contenu au travail du Jésuite Claude de Varennes ( ? – 1686), Le voyage de France, dressé pour la commodité des François & des Estrangers, avec une description des chemins pour aller & venir par tout le Monde, très-nécessaire aux Voyageurs.[32], texte publié par Olivier de Varennes à Paris en 1639, 1641, 1643 et 1647.Claude de Varennes reconnaît avoir utilisé une traduction du latin du livre retraçant un itinéraire fait en 1616 par un étudiant, Justus Zinzerling (vers 1590-1620) dit Jodocus Sincerus[33], « Allemand de nation, & doüé d’un tres-bon esprit »[34] qui avait réuni dans son Itinerarium Galliae des renseignements destinés à tous ceux qui voulaient entreprendre un voyage similaire au sien.

Iodoci

Le voyage de France donne l’impression que les genres du guide et du récit de voyage ne sont pas vraiment distincts au 17ème siècle. En choisissant d’écrire comme dans une relation, Saulnier et de Varennes apparaissent comme les garants des informations qu’ils communiquent, puisqu’ils sont censés avoir vu personnellement ce qui fait l’objet de leurs descriptions. Pourtant leurs textes ne s’avèrent être qu’une compilation livresque. La forme du récit permet juste de donner une continuité au discours, certainement pour en augmenter l’agrément.

Alors que l’ouvrage d’Estienne vise aussi bien les aristocrates et les marchands qui parcourent la France, Saulnier désire que son livre soit surtout utilisé dans le cadre de voyages d’éducation : « Mon cher Lecteur / Ie t’adresse ce petit Ouvrage, non point avec dessein de flater ta vanité par les avantageuses loüanges, que la pluspart de nos escrivains ont accoustumé de donner à ceux, ausquels ils consacrent leurs Ouvrages : c’est pour t’instruire que i’écris, c’est pour soûlager les travaux ausquelsune noble curiosité te fait exposer, & c’est encore pour te donner une satisfaction qui ne durera pas moins que ta vie, pourvueu que tu réveilles souvent ta mémoire des raretez que ie t’auray fait remarquer en tes voyages »[35]. D’autre part, les guides et les itinéraires du 17ème siècle sont plus littéraires que ceux du 16ème siècle. Si Estienne donnait au voyageur la possibilité de s’approprier son parcours et de se forger seul ses opinions, Saulnier s’efforce d’anoblir par sa prose le voyage. Il retient surtout les antiquités et les descriptions des villes célèbres pour avoir marqué l’histoire de France. La Bretagne occupe peu de place dans son ouvrage et Rennes presque aucune. Il précise juste que « Les Estrangers qui se trouvent à Angers, ont accoustumé d’en sortir en saison propre pour aller voir la Bretagne, & quelques lieux de Normandie, qui en sont proches ; Sçavoir, en Bretagne, Rennes, Dinan, Saint Malo, & en Normandie, le Mont Saint Michel, Avranches, &c. C’est à chacun qui voyage de voir s’il le peut faire commodement, & de considerer que cy-apres il n’en trouvera point une occasion semblable »[36]. Cette phrase s’inspire clairement de celle de Jadocus Sincerus qui stipule à son lecteur que « Les étrangers qui séjournent ici [Le Verger près d’Angers] ont coutume de visiter la Bretagne, et surtout Rennes, Dinan, St-Malo, St-Michel, Avranches, ect. C’est à toi qu’il appartient de voir si tu peux faire des excursions dans ces villes ; mais si tu perds l’occasion, elle ne se présentera plus »[37]. La Bretagne semble une province peu connue, surtout pour son potentiel minier « en sorte que la connoissance en seroit utile & agreable aux Estrangers s’ils se donnoient le loisir de voir le pays plus curieusement »[38].

AU 18ème SIÈCLE, L’ÉMERGENCE DES GUIDES ARTISTIQUES

Si au 16ème et au 17ème siècle, quelques guides-itinéraires invitent le voyageur à parcourir la Bretagne, il faut attendre les années 1700 pour que les guides de voyage décrivent vraiment la ville de Rennes.

Au 18ème siècle, les itinéraires occupent un nombre restreint de pages, la présentation spatiale des villes et des lieux à visiter composant l’essentiel des ouvrages. Cette présentation spatiale peut être linéaire, faisant écho à l’itinéraire, ou alphabétique, désolidarisant la structure du texte de celle du parcours. Quelques variantes offrent un texte sous la forme d’excursions. Ces nouvelles présentations rompent avec les habitudes très directives des guides-itinéraires et annoncent les guides du 19ème siècle qui sont des supports offrant la possibilité au voyageur de prendre la responsabilité de donner la forme qu’il veut à son voyage.

Le Nouveau voyage en France

Au 18ème siècle, la multiplication des ouvrages de géographie offre de meilleures connaissances de la Bretagne et de ses villes. En 1724, Jean-Aymar Piganiol de La Force (1669 –1753) condense sa Nouvelle description de la France[39], publiée en six volumes en 1718, dans un guide topographique qu’il nomme le Nouveau voyage de France[40]. Il explique que « L’embarras de porter plusieurs Volumes de la Description de la France, lorsqu’on parcourt différentes Provinces de ce Royaume, a fait naître le dessein de rassembler les descriptions des Ville & des lieux qui se rencontrent sur les grandes routes, & d’y ajouter des Itinéraires & des Cartes faites exprès, afin que les Voyageurs eussent dans un seul Volume de quoi s’amuser et s’instruire »[41]. En plus des itinéraires et des cartes, Piganiol adjoint des tables chronologiques « qui sont d’autant plus nécessaires, que les Voyageurs curieux en ont souvent besoin, & qu’ils n’ont pas sous la main les Livres qui pourroient les instruire de ce qu’ils souhaitent »[42]. Au moment de sa mort, l’éditeur du Nouveau voyage de France de 1740[43], le libraire Théodore Le Gras ( ?-1759), publie une version « corrigée et considérablement augmentée » de la Nouvelle Description[44], puis en 1755, utilise cette dernière pour revoir et compléter le Nouveau voyage[45]. À la fin du siècle, le guide de Piganiol de La Force est toujours une référence, d’ailleurs, en 1780, une nouvelle édition est « revue, corrigée et augmentée » par une libraire parisienne connue sous le nom de Veuve d’Étienne-François Savoye ( ?-1781)[46].

couverture piganiol

Il s’agit, comme au 17èmesiècle, d’un ouvrage dont le but est avant tout éducatif. D’après Piganiol, les voyages au 18ème siècle « sont devenus moins pénibles, & plus propres à orner l’esprit & à former les mœurs »[47]. Piganiol veut que ses descriptions et ses itinéraires « conduisent les Voyageurs par les routes les plus curieuses ou les plus sûres, mais encore qui les préviennent sur les mœurs & sur les coutumes : leur indiquent ce qu’il y a de plus singulier ; les occupent à les vérifier ou a les contredire : leur épargnent la peine de mettre par écrit ce qu’ils rencontrent de remarquable »[48]. Il a pris soin de distinguer les routes de la poste, qu’il a fait imprimer en caractère romain, et celles des voitures ordinaires, qui se lisent en italique. Tous les itinéraires décrits, hormis un seul, commencent à Paris. Piganiol admet dans son avertissement qu’il fait partir les voyageurs de la Capitale « moins pour suivre l’exemple de Justus Zinzerlingius qui nous a donné un Voyage de France sous le nom de Jodocus Sincerus, & celui de quelques autres Ecrivains, qu’à cause que pour se former le goût & pour bien connoître les mœurs, les Coutumes, & le Gouvernement d’un Etat, l’on doit commencer par étudier la Capitale & la Cour. On juge ensuite bien plus sûrement de ce que les Provinces offrent de curieux. D’ailleurs le séjour que l’on a fait à Paris donne occasion de se ménager des connoissances dans les Provinces, & fait même qu’on y est reçu avec plus d’agrément »[49].

La description de Rennes intervient dans l’itinéraire « de Paris à Brest par Alençon, & par Rennes »[50]. Dans les éditions de 1724 et de 1740, le texte qui lui est consacré fait 77 lignes sur 3 pages[51]. En 1755, il est considérablement allongé et passe à 261 lignes soit 10 pages[52].

Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,avec un itinéraire et des cartes faites exprès qui marquent exactement les routes qu'il faut suivre pour voyager dans toutes les provinces de ce royaume,Tome 1, Paris, T. Le Gras, 1740, p. 140-143.

« RENNES, Condate, Civitas Redonum, Redone. Cette ville qui est la Capitale de la Bretagne, est sur la riviere de Vilaine, dans laquelle vient ici se perdre celle de l’Isle. Cette Ville est ancienne, & le siège d’un Evêque, & d’un Parlement qui la rend fort peuplé, & une des plus considerables de tout le Royaume. La Vilaine est navigable jusquà Redon, & la mer, par le moyen des écluses qui y ont été construites, ce qui sert à porter à Rennes le vin, le bois, l’ardoise, & la pierre à bâtir. Cette rivière partage la Ville en deux. L’Histoire raporte que le Comte de Richemont étant à Rennes, il examina les fortifications de cette Ville qu’il trouva trop petite, & les fauxbourgs trop grands. Il proposa au Duc Jean son frere, d’augmenter l’enceinte des murs. Le Duc s’en raporta entierement au Comte, qui trouva les habitans si disposez à exécuter son plan, qu’en huit mois il y eut de très-beaux fossez faits, qui furent ensuite fortifiez de tours, de murs & de bons remparts, tels qu’on les voit aujourd’hui. L’Eglise de S. Pierre qui est la Cathédrale, & ses hautes tours, sont ce qui se présente aux premiers regards. La grand Place est décorée par le Palais où est le Parlement tient ses séances. Cet édifice consiste en une grande cour bordée de galeries, & des boutiques de Marchands ; & en quatre gros pavillons. Le grand escalier est estimé. La maison où le Présidial tient ses séances, est dans le grand marché de la Ville que l’on appelle le Champ Jaquet. C’est un ancien bâtiment qui servoit autrefois de Palais aux Gouverneurs. Une tour qui étoit anciennement un Temple de fausses divinités, servoit en dernier lieu à soutenir l’horloge de la Ville, dont la cloche avoit six pieds de haut, & huit de large. C’est dans la Place que l’on appelle la grande Cohue, que se font les exécutions des criminels. La Place de la Pompe a pris son nom d’une fontaine qui est au milieu. Les rues de Rennes sont toujours mal propres, parce qu’elles sont étroites, & les maisons fort hautes qui empêchent le soleil de les secher ; ainsi Marbodus avoit raison de dire que cette Ville étoit sine lumine solis. L’on passe ici la Vilaine sur trois ponts, dont le plus beau se nomme le Pont-neuf, & communique la Ville haute à la basse. Le College des Jésuites est dans cette derniere. C’est une très-belle maison qui fut fondée en 1603. par la Ville. L’Eglise est à l’italienne, & un édifice digne de la curiosité des Voyageurs. Les fauxbourgs de Rennes sont plus grands que la Ville, sur-tout depuis qu’elle a été désolée par un incendie d’une vivacité & d’une rapidité surprenante. La nuit du 22. Décembre 1720. un Menuisier yvre ayant mis le feu dans sa boutique au milieu de la rue Tristin, les flâmes gagnerent bientôt les maisons voisines. Elles gagnerent la charpente de l’horloge, qui tomba le 23. à deux heures apres minuit avec un bruit extaordinaire. Le feu continua jusqu’au 29. & consuma, à ce qu’on dit, huit cens cinquante maisons dans l’étendue d’environ 21600. toises quarrées. »

Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,avec un itinéraire et des cartes faites exprès qui marquent exactement les routes qu'il faut suivre pour voyager dans toutes les provinces de ce royaume,Tome 1, Paris, T. Le Gras, 1755, p. 176-185.

« RENNES, Condate, Civitas Redonum, Redone. Cette ville qui est la Capitale de la Bretagne, est sur la riviere de Vilaine, dans laquelle vient ici se perdre celle de l’Isle. Cette Ville est ancienne, & le siège d’un Evêque, & d’un Parlement qui la rend fort peuplé, & une des plus considerables de tout le Royaume. La Vilaine est navigable jusquà Redon, & la mer, par le moyen des écluses qui y ont été construites, ce qui sert à porter à Rennes le vin, le bois, l’ardoise, & la pierre à bâtir. Marbodus qui vivoit dans l’onzième siècle, & qui fut Evêque de Rennes, dit une description satirique de cette Ville, qui n’étoit guères propre à lui attirer l’estime & l’amitié de ses Diocésains. La voici :

Ubs Redonis, Spoliata bonis, viduata colonis ;

Plena dolis, odiosa polis, sine lumine solis ;

In tenebris vacat illecebris, gaudetque latebris ;

Desidiam putat egregiam, spernitque sophiam.

…………………………………

Causidicos perfalsidicos absolvit iniquos ;

Veridicos & pacificos condemnat amicos.

…………………………………

Nemo quidem scit habere sidem nutritus ibidem.

Dom Beaugendre, Bénédictin, qui a donné depuis peu une Edition des Œuvres de Marbodus, conjecture qu’il avoit composé ces vers avant qu’il fût Evêque de Rennes, mais une satire si peu charitable & si cruelle devoit sans doute prévenir les esprits contre lui, & donner des impressions difficiles à effacer.

La ville de Rennes est divisée en deux parties par la Vilaine. L’Histoire raporte que le Comte de Richemont étant à Rennes, il examina les fortifications de cette Ville qu’il trouva trop petite, & les fauxbourgs trop grands. Il proposa au Duc Jean son frere, d’augmenter l’enceinte des murs. Le Duc s’en raporta entierement au Comte, qui trouva les habitans si disposez à exécuter son plan, qu’en huit mois il y eut de très-beaux fossez faits, qui furent ensuite fortifiez de tours, de murs & de bons remparts, tels qu’on les voit aujourd’hui.

L’Eglise de S. Pierre qui est la Cathédrale, & ses hautes tours, sont ce qui se présente aux premiers regards. La grand Place est décorée par la Palais où est sans contredit la plus belle de la Ville. On ne peut dire précisément dans quelle année elle a été construite, puisqu’elle a été bâtie en différens tems, selon que les particuliers qui en avoient acquis les emplacemens se sont trouvées en état de la faire. Cette place prend son nom du Palais qui la termine au Nord. Cet édifice est composé d’un grand corps de bâtimens, & de deux pavillons. Il y avoit un perron, qu’on a démoli en 1625 [Sic]. parce qu’il le masquoit. Ce bâtiment est décoré de pilastres dorés, accouplés : les plafonds des salles d’Audience & du Conseil sont peints par Jouvenet, & l’on peut dire que ce Palais est un des plus beaux qu’il y ait en France. Les maisons des trois autres côtés de la place sont décorées de pilastres Ioniques. Toute cette Architecture est de l’ordonnance de M. Gabriel, premier Architecte du Roi, qui a suivi celle de la place de Vendôme à Paris. Au milieu de cette place est une Statue équestre de bronze, qui représente Louis XIV. faite par Coisevox, ainsi que les deux bas reliefs en bronze, qui sont sur les côtés du piédestal. Ce piédestal est revêtu de marbre blanc veiné : il est chargé de quatre Inscriptions qui répondent aux quatre points Cardinaux, & entouré d’une balustrade de fer, qui renferme un pavé en compartimens de marbre blanc & noir.

La maison où le Présidial tient ses séances est dans le grand marché de la Ville que l’on appelle le Champ Jaquet. C’est un ancien bâtiment qui servoit autrefois de Palais aux Gouverneurs. Une tour qui étoit anciennement un Temple de fausses divinités, servoit en dernier lieu à soutenir l’horloge de la Ville, dont la cloche avoit six pieds de haut, huit de large & huit pouces d’épaisseur. C’est dans la Place que l’on appelle la grande Cohue, que se font les exécutions des criminels. La Place de la Pompe a pris son nom d’une fontaine qui est au milieu. La Place qu’on nomme place d’Armes est terminée à l’Occident par un grand bâtiment, au milieu duquel est une tour décorée de colonnes doriques accouplées, & couronnées d’un fronton où sont les armes du Roi. Au dessus regnent des Colonnes d’un ordre composite, accouplées, isolées, & séparées par des arcades, où doivent être les cadrans d’une Horloge publique à laquelle cette tour est destinée. Elle est unie à deux corps de bâtimens par une partie circulaire, ou fer à cheval. Le bâtiment qui est au Nord est destiné pour le Présidial : celui du Midi est occupé par l’Hôtel de Ville : l’un & l’autre sont décorés d’ordre dorique. Le tout a été exécuté sur les desseins de M. Gabirel.

Au bas de la Tour est une grande niche, où doit être placé un monument en sculpture, auquel travaille le sieur le Moine. C’est le témoignage que les Etats de Bretagne ont donné de leur joie à l’occasion de la convalescence du Roi, après la dangereuse maladie qu’eut S. M. à Metz en 1744. En face de ce bâtiment on doit construire un Hôtel pour le Commandant de la Province. On a pris l’ancien Hôtel de Ville, situé place de la Monnoie près le rempart, pour loger le Président de la Noblesse pendant les Etats.

Il y a deux promenades à Rennes : la premiere est publique : elle est composée de trois allées d’arbres qu’on nomme le Cours. La seconde est le jardin de l’Abbaye des Bénédictins qu’on nomme le Tabor, d’où l’on découvre une grande étendue de pays. Ces Peres en laissent l’entrée libre à tous les honnêtes gens. Les rues de Rennes qui n’ont pas été rébâties en ces derniers temps, sont mal propres, parce qu’elles sont étroites, & les maisons fort hautes qui empêchent le soleil de les secher ; ainsi Marbodus avoit raison de dire que cette Ville étoit sine lumine solis. L’on passe ici la Vilaine sur trois ponts, dont le plus beau se nomme le Pont-neuf, & communique la Ville haute à la basse. Le College des Jésuites est dans cette derniere. C’est une très-belle maison qui fut fondée en 1603. par la Ville. L’Eglise est à l’italienne, & un édifice digne de la curiosité des Voyageurs. Elle est du dessein de Frere Martelange, & un des beaux morceaux d’Architecture qu’il y ait dans le Royaume. L’exécution en est düe aux liberalités des Bourgeois de Rennes. Deux tours octogones accompagnent le frontispice, & le milieu de ce superbe vaisseau est couronné d’une tourelle en forme de lanterne, qui est d’un travail exquis. Ce qui a beaucoup contribué à l’établissement de ce Collège, c’est qu’on y a uni le Prieuré de Livré. Entre plusieurs droits Seigneuriaux qui appartenoient à ce Prieuré, il y en avoit autrefois un assez singulier, qui consistoit en ce que les nouvelles mariées de l’année étoient obligées, le jour de la Fête du Patron du Prieuré, d’aller baiser le Seigneur Prieur, lequel étoit assis dans un fauteuil sur la grande place du Prieuré, pour y attendre & recevoir ce baiser féodal, qui étoit de plus accompagné d’une chanson par chacune des nouvelles mariées de l’année. Les Jésuites, lors de la réunion de ce Prieuré à leur Collège, firent changer ce devoir du baiser & de la chanson en un quarteron de cire, ou cinq sols ; mais ce ne fut point sans de grandes oppositions de la part des babitans, qui au lieu d’entrer dans des vües aussi raisonnables que celles des Jésuites, leurs susciterent procès sur procès, & cela pendant plus de quarante ans. Malgré leurs oppositions, il fut décidé par Arrêt du Parlement de Bretagne, que le droit du baiser & d’une chanson seroit converti en un quarteron de cire, ou cinq sols.

On travaille vis-à-vis le Collège à la construction d’un bâtiment destiné à y élever de pauvres Gentilshommes. Les Etats ont pris cet établissement à cœur.

Les fauxbourgs de Rennes sont plus grands que la Ville, sur-tout depuis qu’elle a été désolée par un incendie d’une vivacité & d’une rapidité surprenante. La nuit du 22. Décembre 1720. un Menuisier yvre ayant mis le feu dans sa boutique au milieu de la rue Tristin, les flâmes gagnerent bientôt les maisons voisines, & en peu de temps les deux côtés de la rue Tristin & de la rue neuve ne firent plus qu’une arcade de feu. La construction des maisons, qui n’étoient bâties que de bois, contribua infiniment à augmenter la violence du feu. Il gagna la charpente de l’horloge, qui tomba le 23. à deux heures apres minuit avec un bruit extaordinaire. Le feu continua jusqu’au 29. & consuma, à ce qu’on dit, huit cens cinquante maisons dans l’étendue d’environ 21600. toises quarrées. L’incendie de ce grand nombre de maisons n’est pas encore la perte le plus considérable : mais celle des meubles, de l’argent comptent, & des titres d’une bonne partie des familles de la Province, qui étoient chez les Juges, Avocats, Procureurs, & Notaires, jetta tout le monde dans la consternation. Jamais on n’a pû dire avec tant de raison,

Urbs Redonis, spoliata bonis, viduata Colonis.

La Ville de Rennes est actuellement bien rétablie de ce malheur, & les maisons brûlées ont été rebâties avec symétris & régularité. Plusieurs rues sont tirées au cordeau, & ornées de magnifiques Hôtels.

La Facultés de Droit, qui étoit ci-devant en la Ville de Nantes, a été transférée à Rennes, par une Déclaration du Roi, du 1. d’octobre 1735, registrée au Parlement de Bretagne le 12. du même mois. Cette translation a été faite sur les représentations du Parlement, qui a fait remarquer au Roi que la Ville de Rennes étant située presque dans le centre de la Province, & les peres pouvant y envoyer plus facilement leurs enfans pour y faire leurs études, l’Université y seroit placée plus convenablement que dans la Ville de Nantes, qui est à une des extrémités de la même Province, si éloignée de l’autre, qu’elle ne peut lui être d’une grande utilité ; que d’ailleurs les sujets qui se destinent à la Magistrature, ou le profession d’Avocat, y seroient moins détournés de leurs études que dans une Ville aussi peuplée & aussi remplie d’étrangers que Nantes, &c. Le Roi a eu égard à de si justes représentations, & la Ville de Rennes jouït actuellement de l’avantage d’avoir une Faculté de Droit. »

Dans les éditions de 1724 et 1740, Piganiol affirme que « Les Provinces de France ont des curiositez de la Nature & de l’Art, qui méritent fort d’être vües, & un bon esprit sans prodiguer son admiration, la donne à tout ce qui en est digne »[53], d’ailleurs ses commentaires sur la ville et les monuments urbains restent modérés. Dans l’édition de 1755, l’auteur qui reprend le texte de Piganiol n’est pas avare de descriptions d’ordre artistique et d’appréciations de goût, il sous-entend même tous les aspects négatifs de Rennes en citant le poème de Marbode, ce qui contraste avec les descriptions des itinéraires et des guides purement topographiques du 17ème et du début des années 1700. C’est en effet au cours du 18ème siècle que se développent, dans les Pays-Bas et en France, des guides dits artistiques qui prennent le contrepied de ce qui se faisait dans les guides topographiques. Les guides artistiques contiennent des synthèses rapides de l’histoire et de la situation géographique des villes pour favoriser avant tout la description des monuments, des éléments artistiques remarquables et des œuvres présentes dans les bâtiments visités. Ce type de guide n’est pas seulement destiné aux voyageurs mais aux artistes et aux amateurs.

Le Voyage d’un amateur des Arts

Dans les années 1770, l’homme de lettres Jean-Pierre de Luchet de La Motte (1739 – 1792), dit marquis de la Roche du Maine[54], publie Le Voyage d’un amateur des arts qui s’adresse prioritairement et presque exclusivement à ceux qui cherchent à voir ou à étudier les œuvres et les monuments. Il précise d’ailleurs dans son introduction que « L’utilité des Voyages, est une vérité démontrée : le Savant, l’Homme de goût, l’Artiste, acquièrent ou perfectionnent des connoissances que l’aspect des lieux, l’examen & l’étude des objets peuvent seuls donner, & auxquels rien ne peut suppléer »[55], ce à quoi il ajoute dans un note en bas de page que « les réflexions qui suivent ne regardent nullement ceux qui se transportent d’un point du Globe à l’autre uniquement pour leur santé : cette classe de voyageurs est très-étrangère au motif qui nous a fait prendre la plume : Nous n’avons & ne pouvons avoir en vue, que ceux qui voyagent pour tuer utilement le temps, & pour s’instruire »[56]. Son guide indique « I° les édifices & les monumens antiques & modernes, dignes d’être recherchés : 2° les collections de Peinture, de Sculpture, d’Histoire Naturelle ; les Bibliothèques, &c. : avec des jugemens particuliers sur tous ces objets, motivés d’après le sentiment des connoisseurs les plus estimés »[57].

Guide Arts

La Roche (J.), Voyage d'un amateur des arts en Flandre, dans les Pays-Bas, en Hollande, en France, en Savoye, en Italie, en Suisse, fait dans les années 1775-76-77-78, Tome 1, Amsterdam, s.n., 1783, p. 182-187.

« RENNES. Les approches, & l'ancienne Ville elle-même, n'offrent rien que de très-médiocre ; la Campagne & les Faubourgs, annoncent plus d’indigence que de richesse. Ce qui constitue la nouvelle Ville, est formé de larges rues, bien alignées, & ornées de bâtimens, dont quelques-uns d’assez bon goût. La Vilaine qui s’y partage en plusieurs branches, n’est navigable qu’au-dessous de la Ville & lors de sa jonction avec la petite rivière d’Isle. On sent par-tout les efforts que la Province a dû faire, pour donner à cette ville l’espèce de splendeur dont elle jouit.

Les monumens les plus intéressans, sont, la Statue équestre de Louis XIV, & celle pédestre de Louis XV. La première est d’une assez belle fonte, le dessein en est élégant & correct ; on remarque dans l’attitude du Roi, un fort bon mouvement : mais il est mal à cheval, & le cheval lui-même est médiocre ; sa tête est lourde & inanimée ; on ne devine point s’il s’arrête, ou s’il part. Les Bâtimens qui entourent la Place ne sont pas sans mérite.

Le Palais de Justice, que les Rennois placent au rang des curiosités de leur ville est d’une ordonnance froide & qui n’a aucun caractère ; il est mal couronné. Le (soi-disant) grand escalier est petit & mal placé. La cour de l’intérieur est d’un sombre & d’une malpropreté dégoûtante : elle est occupée par des Tonneliers & des Marchands de vin, qui y vendent en détail : rien n’est moins noble assurément. Quelques-unes des Salles sont d’une belle proportion, boisées & décorées avec goût : De ce nombre est le Parquet civil, & la première Chambre des Enquêtes. Les Plafonds de ces Salles sont traités en Peinture : celui de la Chambre Criminelle a beaucoup de mérite (*). On remarquera dans les Salles que nous venons de noter, des Cheminées de marbre enrichies de Bas-reliefs, d’une touche fort estimable.

Le Bâtiment de l’Hôtel-de-ville, est fort petit : on ne nous a point dit sur les lieux qu’il renfermoit rien de remarquable. C’est contre cet édifice qu’est appuyée la Statue pédestre de Louis XV (**). La Bretagne & la Santé (personnifiées par leurs attributs), accompagnent le Piédestal, qui est très-bien traité. Ce groupe est fort beau ; mais l’effet en est dur & repoussant : la proportion des Figures est trop forte, pour être vues de si près. Les Draperies sont pesantes & maniérées, mais les Têtes sont d’une beauté attachante. Cette nouvelle Place pourra, avec le temps, devenir jolie.


(*) C’est dans celui-ci que le Concierge a soin de faire remarquer (comme une huitième merveille) la figure de Saint Michel armée de son glaive, laquelle figure (selon lui) se voit en face de quelque point de la salle que l’on veuille choisir pour la regarder. Le raccourci de cette figure est véritablement savant, mais c’est son seul mérite : en général toutes ces peintures sentent la détrempe & la découpure : leur effet est dur & forcé.

(**) Les Etats arrêtèrent en 1744 l’érection de ce monument, relatif à la convalescence du Roi : il est de l’exécution de la Moine : il a été posé en 1754.

Le Bâtiment des Halles, où l’on conduit habituellement les Etrangers, est une bien médiocre curiosité. La Cathédrale, n’est remarquable, que par le travail & la grande hauteur de ses Tours : l’intérieur de vaisseau est peu de chose. Le Chœur de l’Abbaye de Saint-George est petit, mais beau & décoré avec noblesse. La petite Eglise du Collège (traitée à l’Italienne, avec une Rotonde) mérite d’être vue. La Chapelle de l’ancienne Congrégation de Messieurs, est jolie : mais c’est tout. L’Hôpital général est vaste, mais mal situé. L’extérieur de la Maison des Dames de Bude, donne une des meilleures décorations de la ville. Enfin la maison des Bénédictins, est belle & spacieuse ; leurs jardins sont beaux & l’on y jouit d’une très-belle vue.

La Salle de Spectacle n’est pas sans mérite : la troupe de Comédiens qui l’occupoit, lorsque nous y passâmes, étoit bonne : on nous assuré qu’elle étoit toutes les années de ce même mérite.

La Promenade du Cours, située dans partie basse de la ville & où se rassemble le plus de monde, est jolie ; la forme a à-peu-près celle d’un triangle équilatéral : un de ces angles domine sur une campagne fort agréable. Le Mail, est une belle & longue Promenade peu fréquentée, & qui pourtant mériteroit de l’être : De vastes prairies la bordent dans une de ses extrémités, & cette partie est du plus beau champêtre.

Le commerce de Rennes consiste principalement dans des Toiles à voiles, des Fils, quelques Bonneteries, beaucoup de Beure, Cuirs, Chanvre & Lin. On compte dans la Ville & ses environs, quelques Manufactures de Cotonnades & de petites Etoffes, qui se consomment pour la plus grande partie dans la province ; ce qui en sort est d’un foible objet.

Entre Rennes & Bout-de-Landes (route de Rennes à Nantes), les curieux doivent s’arrêter à Pompéan, pour y voir la riche Mine de Plomb, qui s’y exploite. Le célèbre Pâris du Vernay qui en avoit fait l’acquisition, l’avoit mise dans la plus grande activité. Il est inconcevable les premières dépenses que l’exploitation de cette mine a nécessitées : il falloit une fortune comme celle de ce financier pour y subvenir, & son courage pour vaincre tant d’obstacles réunis. On a amené d’assez loin une Eau courante qui fait mouvoir avec le plus heureux succès les Pompes d’épuisemens, les Roues d’excavation, &c. Cette belle machine est d’une simplicité qui étonne : elle est de l’invention de M. Loriot, si bien connu pour la beauté de ses desseins, par son secret pour fixer le Pastel, & le Mortier qui porte son nom. Cette Mine s’exploite à plus de cinq cents pieds de profondeur ; elle a produit immensement, & on y a compté jusqu’à douze cents travailleurs : mais la maigreur des sillons qui se suivent depuis quelques années, a réduit ce nombre à environ trois cents hommes. Elle a été affermée par le marquis de Brumoy, pour seulement le prix de onze mille livres, à une Compagnie que l’on dit y faire bien son compte. Les débouchés pour le transport, paroissent cependant peu aisés, & dispendieux. »

Peu de choses dans Rennes semblent trouver grâce aux yeux de l’amateur d’art de La Roche dont le propos et les connaissances locales tendent à prouver qu’il a véritablement visité les lieux pour écrire son guide. Il montre quelques difficultés à définir «l’espèce de splendeur» dont jouit Rennes, vu ses alentours médiocres et l’indigence de ses faubourgs. La plupart des recherches sur les guides s’accordent sur le fait que l’architecture est très présente dans les guides de voyage et que c’est l’héritage architectural ancien qui est le plus valorisé. Pourtant, force est de constater que les auteurs du 18ème siècle valorisent avant tout les réalisations qui leurs sont contemporaines. Globalement, de La Roche parle de l’héritage urbain et artistique des trois siècles précédents seulement parce qu’ils lui permettent une lecture de l’espace matériel de la ville. Comme dans le Nouveau voyage de France, il apprécie les décors de goût italien des églises[58] et les œuvres de son siècle, ainsi que les nouvelles rues et les places arrangées suite à l’incendie de 1720. Mais les éléments qui répondent au goût et à l’idéal urbain[59] de son temps reçoivent des éloges immédiatement contrebalancées par des critiques : ainsi, l’Hôtel de ville, dont laplace « pourra, avec le temps, devenir jolie », n’a rien de remarquable et est trop petit ; la statue équestre de Louis XIV est élégante mais inanimée ; la statue pédestre de Louis XV est à la fois très bien traitée et repoussante… De La Roche discute chaque compliment car selon sa définition « Le Beau, le vrai beau en fait des Arts, n’est pas aussi idéal, aussi indéfini qu’on pourroit le croire. Il est sans doute dans une infinité de choses des goûts de terroirs, si nous pouvons nous exprimer ainsi ; mais il existe également des principes reçus, adoptés de toutes les nations policées. L’architecture, la Peinture, & la Sculpture, sont astreints à des règles immuables & certaines : Jamais on n’a pu les franchir sans altérer leur mérite. »[60] Alors que dans le guide de Piganiol le palais de Parlement « est un des plus beaux qu’il y ait en France », de la Roche est particulièrement déçu par l’architecture de ce monument placé par les rennais « au premier rang des curiosités » de la ville. Seuls ses décors intérieurs ont pour lui du mérite. Les curiosités rennaises citées par le Nouveau voyage de France s’avèrent pour la plupart médiocre aux yeux de la Roche, sauf les promenades. Par contre il s’étend longuement sur les mines de Pont-Péan, mais il ne faut voir dans ce passage qu’un intérêt personnel de l’auteur qui souhaitait s’enrichir grâce à l’extraction minière. D’ailleurs Voltaire signalait au Comte d’Argental dans une lettre du 1er mai 1775, que « Madame de Luchet [Suzanne Delon] […] n’a jamais songé et ne songera qu’à rire. Son pauvre mari cherche de l’or. Mais toujours rire, comme le veut sa femme, ou s’enrichir dans des mines, comme le croit le mari, c’est la pierre philosophale, et cela ne se trouve point »[61].

PERCEPTION DE L’ESPACE ET GUIDES DE VOYAGE D’ANCIEN RÉGIME

L’expérience de l’espace est primordiale pour tout voyageur, les auteurs des guides se sont donc évertués à l’expliquer et à le mettre en forme. Lors de la conception des guides, ils choisissent la typographie de leur texte en faisant ressortir en caractères gras ou italiques, en petites capitales ou en couleur, certains mots. Deux grands types d’espace sont ainsi décrits : celui du trajet et celui des villes-étapes. Mais les guides de voyage n’ont pas que leur texte imprimé pour parler d’espace. Une fois que cela est devenu techniquement possible, les éditeurs et les auteurs ajoutent des compléments graphiques, sous la forme de cartes et de plans. D’ailleurs, de par leur fonction dans l’organisation des voyages, les guides et les itinéraires semblent inséparables des cartes. Pourtant, ces dernières sont produites relativement tard durant la Renaissance et il faut attendre le 18ème siècle pour que les voyageurs qui désirent parcourir la Bretagne trouvent dans des guides les premières cartes-itinéraires.

Le Tableau Géographique des Gaules

Ainsi, La guide de Charles Estienne ne contient pas d’iconographie, mais le texte des itinéraires est si précis qu'il a servi de base pour des cartographes du 17ème siècle. En 1645, Jean Boisseau « Enlumineur du Roy pour les Cartes Geographiques sur le pont au Change à Paris »[63] titrée Tableau Géographique des Gaules ou Description generalle de la grandeur et estandüe du Royaume de France. Elle reproduit les itinéraires de La Guide des chemins de France avec les mêmes erreurs d’orthographe dans les noms de certains lieux. Comme la grande majorité des cartes du 17ème siècle, cette carte n’a pas de légende, mais elle a bien une échelle. Les itinéraires sont figurés par deux lignes parallèles coupées par des tirets pour permettre à l’utilisateur de compter le nombre de lieues entre chaque relais. Les stations actives sont marquées par des flèches. Dans la Carte géographique des postes qui traversent la France du cartographe Nicolas Sanson (Abbeville, 20 décembre 1600- Paris, 7 juillet 1667) éditée en 1632 par Melchior Tavernier « Graveur et Imprimeur ordinaire du Roy pour les Tailles douces demeurant en l’Isle du Palais sur le quay qui regarde la Megiserie »[64], Rennes apparaît comme un simple relais et une ville secondaire. Aucun itinéraire n’y passe. Sanson a dessiné seulement les routes équipées de stations relais créées pour le courrier du roi. Il a utilisé pour sa carte des signes simples comme les tirets pour les itinéraires et des cercles pour le relais. Dans la carte de 1645, Rennes est clairement présentée comme une agglomération urbaine d’importance. En effet, les signes qui désignent les villes sont hiérarchisés, les agglomérations les plus importantes sont dessinées avec plus de bâtiments que les petites cités.

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Détail du Tableau Géographique des Gaules ou Description generalle de la grandeur et estandüe du Royaume de France, sur laquelle est tracée la routte ou guide des chemins et postes pour aller de la ville de Paris, aux principalles villes de ce Royaume, et lieux circonvoisins de cet Estat, avec un ample Index par ordre Alphabétique, contenant les noms et qualitez des lieux plus considérables descrips en ceste Carte qui est un moyen très-facille pour trouver promtement les lieux ou on desire voyager, principallement pour ceux qui n'ont la cognoissance de la Géographie ; diligemm F., Recueillie par Iean Boisseau, Paris, 1645.

Lien vers Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE C-9937

Carte de la Route de Paris à Brest en Passant par Alençon

Le guide de Piganiol de la Force ne comporte pas de carte générale, mais des cartes en bande qui montrent chacune un itinéraire. Elles ont été gravées par Marie de Baillieul (1698- ?), fille du géographe Gaspard François de Baillieul ( ?-1744). Elles ne sont pas orientées avec le nord en haut, mais elles placent la dernière ville à atteindre dans la partie supérieure comme de nombreuses cartes militaires. Bien que chaque carte soit mise en tête de chaque chapitre traitant des itinéraires, le texte de Piganiol n’y renvoie jamais, même si l’auteur semble fier « des cartes faites exprès, afin que les Voyageurs eussent dans un seul Volume de quoi s'amuser & s'instruire »[65]. Dans la Carte de la Route de Paris à Brest en Passant par Alençon, Rennes apparaît comme une ville ou étape importante.

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Cette carte, comme beaucoup de représentations routières élémentaires du 18ème siècle, donne une image très générale de l’espace à parcourir, si générale qu’il est impossible aux voyageurs de déterminer quelles sont les routes pour aller de ville en ville, de savoir où sont les zones cultivées, les zones boisées ou dégagées. La route est figurée de manière linéaire, sans profondeur et sans orientation. Elle ne permet donc pas de se déplacer de manière autonome sans l’aide des cochers et des postillons.

Dans le texte, les villes à voir sont répertoriées successivement, sans être reliées les unes aux autres par la description du trajet. De même, la description que Piganiol offre de la ville de Rennes ne permet pas au voyageur de suivre un parcours urbain. Il ne propose aucune promenade et son texte ne peut pas être considéré comme un modèle de représentation de l’espace.

L’indicateur Fidèle qui donne toutes les Routes et chemins de la Bretagne

L’usage limité des cartes en bandes amène Louis-Charles Desnos (1725-1805), géographe et libraire à l’enseigne du Globe rue Saint-Jacques à Paris, a publié pour la première fois en 1764 L'indicateur fidèle, ou Guide des voyageurs, qui enseigne toutes les routes royales et particulières de la France, composé des cartes de l’ingénieur géographe Claude Sidoine Michel ( ?- ?). Comme stipulé dans le prospectus joint à L’indicateur : « Il y a long-tems que l’on se plaint de ne pas avoir assez de secours pour faciliter le commerce & les voyages. Des gens instruits, ont senti cet inconvénient, & comme c’est aux Sciences à fournir aux besoins de la Société, ils ont imaginé de réunir la Géographie & le compas Géométrique, pour donner aux Commerçans & aux Voyageurs, les lumières qui leur ont manqué jusqu’ici. On présente donc au Public un Guide des Voyageurs ou Indicateur Fidèle, qui met sous les yeux les routes qu’il faut tenir pour aller d’une Ville à une autre, & les distances qui se trouvent entre chacune de ces Villes »[66] Les cartes sont censées se suffire à elles-mêmes dans le cadre d’un voyage car « chaque Carte, est enluminée de manière que l’on y connoît les limites des Provinces, les Villes, les Bourgs, les Villages, les Montagnes, les Prés, les Bois. On a même porté l’exactitude jusqu’à faire distinguer à l’œil les chemins, plantés d’Arbres sous lesquels on peut marcher à couvert. Communément celui qui entreprend une route, consulte ceux qui l’ont faite avant lui […] Avec nos cartes, le Voyageur n’a aucun besoin de toutes ces demandes ; il voit tous les endroits par lesquels il doit passer […] Les cartes de ces Routes se vendent ensemble ou séparément par feuilles détachées, & leur forme est portative. Le voyageur peut aisément en enfermer une dans un Porte-feuille, & la consulter au besoin. Elles éclairent, elles dirigent, & elles mettent celui qui en est possesseur, dans le cas de se passer de tous les renseignemens que l’on recherche dans les voyages »[67].

La 14ème feuille de l’Indicateur montre « toutes les Routes et Chemins de la Bretagne qui est la Continuation des Gde Routes de Paris à Rennes 2.me Feuille Caen, Cherbourg et Coutances 20.me Feuille».

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Comme dans la 2ème et la 20ème feuille, Rennes est figurée comme une ville importante. Cette fois, seules les petites villes apparaissent sous la forme de bâtiments en élévation, alors que les plus importantes sont dessinées sous la forme de plans fortifiés plus ou moins grands selon l’importance de l’agglomération. Dans la carte de Bretagne, Rennes se positionne comme un nœud routier incontournable de la Province, comme la porte de la Bretagne.

Bien que L’indicateur offre des cartes qui permettent au voyageur d’élaborer par avance son itinéraire, il ne lui donne aucune indication d’ordre historique ou artistique comme le guide de Piganiol de la Force.

Le Guide des voyageurs en France

Il faut attendre 1784 pour que le conseiller de guerre du duc de Saxe-Gotha, Heinrich August Ottokar Reichard (1751-1828) publie un guide titré Handbuch für Reisende aus allen Ständen,[68] ouvrage qui résume par sa forme et son contenu les progrès des guides de voyage depuis la Renaissance. Il s’agit d’un guide de voyage de ville en ville selon des routes déterminées qui est traduit en français en 1793 sous le nom de Guide des voyageurs en Europe[69].

Europe 1793

Dès 1802, ce guide est qualifié « d’encyclopédie portative de voyage »[70]. La version abrégée sur la France[71] qui paraît en 1803 et les éditions remaniées qui sont publiées à partir de 1806 par le libraire et éditeur pour la géographie, l’histoire, les belles-lettres, les sciences et les arts Hyacinthe Langlois (vers 1771- vers 1835)[72], contiennent outre plusieurs pages de conseils précieux aux voyageurs, la descriptions de quelques villes, l’itinéraire des routes à travers la France et une carte des postes.

L’ouvrage est souvent présenté comme le premier guide de voyage moderne qui doit prioritairement permettre au voyageur de se repérer, d’identifier aisément toute destination et toute route. D’autre part, le guide moderne doit offrir une mise en page permettant à son lecteur d’accéder facilement à des informations générales et pratiques. Mais surtout, il doit être exempt de toute émotion, afin que le voyageur réalise sa propre expérience sensible lors de la découverte des lieux. Son auteur doit juste classer sur une échelle allant de « joli » à « beau », voire « magnifique » ce qui est possible de découvrir lors d’une visite. Ces échelles sont intéressantes, car elles traduisent l’attractivité culturelle accordée à un lieu par chaque édition ou réédition et permettent donc d’évaluer les transformations de la perception esthétique d’une époque à l’autre.

N2-1

Détail de la carte des postes de France de l'ouvrage de Reichard (H.), Handbuch für Reisende aus allen Ständen : Nebst zwey Postkarten, zur großen Reise durch Europa, von Frankreich nach England; und einer Karte von der Schweiz und den Gletschern von Faucigny,Leipzig, Weygand, 1784, conservé dans les collections de la bibliothèque de l'Université Martin-Luther de Halle-Wittemberg

Reichard (A.), Guide des voyageurs en Europe: avec une carte itinéraire de l'Europe, et une carte de la Suisse, Volume 1, Weimar, Bureau d’Industrie, 1793, p. 163.

« Population, 35,000 h. La place royale, où il y avoit, ci-devant, une statue équestre de Louis XV, est très-belle ; le palais de justice, et l’hôtel de ville, méritent d’être vu. Rennes a une société d’agriculture etc. La beure [sic] qui se fait à la Prévalaye, à une lieue de Rennes, n’a de comparable en France que celui de la vallée de Campon, sur l’Adour, à une lieue de Bagnères »

Reichard « a donné un précis des choses remarquables à voir sur les routes et dans les villes où l’on s’arrête. Il n’a rien négligé de ce qui pouvoit rendre la lecture de ces observations locales moins sèche. Au reste on ne doit regarder cette partie, que comme un abrégé, ou, si l’on veut, un Index »[73]. Ainsi, sa description de Rennes est brève. Il invite le voyageur à surtout voir le Parlement, l’Hôtel de ville et la place royale qui sont trois des curiosités dont les guides antérieurs faisaient part. L’auteur a pris soin de mettre à jour son texte car il stipule bien la destruction de la statue de Louis XV intervenue l’année qui précède l’édition en français de son guide. Dans son avant-propos, Reichard reconnaît que « Peu de livres vieillissent aussi vite que ceux qui traitent des voyages. Les lieux changent d’aspect, des monumens, des édifices célèbres disparoissent, des collections précieuses se dispersent, il s’en forme qui les remplacent. »[74] L’originalité de cet ouvrage réside également dans sa partie gastronomique. Reichard explique qu’il adjoint à son guide une carte gastronomique où le lecteur « verra d’un seul coup d’œil quels sont les départemens et les villes, qui jouissent du beau privilège de fournir à la table quelques productions plus ou moins célèbres, plus ou moins recherchées »[75] comme le beurre de la Prévalaye, dont Madame de Sévigné disait déjà en 1690 : « J'aime le beurre charmant de la Prévalaie dont il nous vient toutes les semaines ; je l'aime et le mange comme si j'étais bretonne : nous faisons des beurrées infinies, quelquefois sur de la miche ; nous pensons toujours à vous en les mangeant; mon fils y marque toujours ses dents et ce qui me fait plaisir, c'est que j'y marque encore toutes les miennes : nous y mettrons bientôt de petites herbes fines et des violettes ; le soir, un potage avec un peu de beurre, à la mode du pays, de bons pruneaux, de bons épinards. »[76]

N1-1

Détail de la Carte gastronomique de la France, tirée du : Guide des voyageurs en France de 1810. Lien vers Bibliothèque nationale de France, GED-1447.


Reichard distingue ce type d’informations gastronomiques des aspects pratiques qui consistent à indiquer aux voyageurs les haltes, auberges et hôtelleries où il est possible de se restaurer. Il les intègre aux connaissances indispensables à la découverte des villes, à savoir sur ce qui mérite d’être vu et connu.

CONCLUSION


Du 16ème au 17ème siècle, le voyage qui est avant tout urbain, est présenté dans les guides comme une accumulation d’étapes citadines où Rennes est montrée comme une station importante des routes de l’Ouest de la France. Les auteurs se présententcomme des mentors qui accompagnent et instruisent leurs lecteurs et il faut attendre le 18ème siècle pour que les voyageurs gagnent en autonomie grâce aux progrès de la cartographie. C’est également au 18ème siècle, que le savoir des ouvrages de géographie est utilisé pour avoir des descriptions des villes susceptibles d’en faciliter la découverte. Au 19ème siècle, les auteurs des guides de voyages vont s’inspirer de ces ouvrages en adaptant leurs descriptions et leurs cartes au format des livres. Ils vont améliorer la description de l’espace des itinéraires et des villes, car comme le précise le Guide pittoresque portatif et complet du voyageur en France de 1838, les guides de voyage « doivent faire connaître au voyageur, non-seulement les lieux remarquables et les sites intéressants qui se rencontrent sur la route qu’il se propose de parcourir, mais encore de donner de chacun d’eux une description assez étendue pour qu’on puisse s’en former instantanément une idée exacte et en conserver un souvenir durable »[77].


[1] Hérité du latin, le mot « relation » apparaît dans l’ancien français au début du 13ème siècle et signifie « rapport précis». Sa première définition est juridique (« témoignage » ou « déposition »), mais avec l’essor des explorations et des voyages, il prend le sens de « compte rendu narratif d’une expédition ».

[2] Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,avec un itinéraire et des cartes faites exprès qui marquent exactement les routes qu'il faut suivre pour voyager dans toutes les provinces de ce royaume,Tome 1, Paris, T. Le Gras, 1740, p. IV.

[3] Une excursion est par définition ce qui n’est pas planifié.

[4] Estienne confond l’astronome Ptolémée avec le pharaon.

[5]Estienne (C.), La guide des chemins de France, reveue & augmentée pour la troisiesme fois. Les fleuves du royaume de France, aussi augmentez, Paris, chez Charles Estienne, 1553, n.p.

[6] Exemple : Von Breydenbach (B.), Peregrinatio in Terram Sanctam,

[7] Bonnerot (J.) éditeur scientifique, La guide des chemins de France de 1553, Paris, Bibliothèque de l’École des hautes études, Sciences historiques et philologiques, 1936, 2 vol., 536 p. et 138 p.

[8] Estienne (C.), La guide des chemins de France, Paris, C. Estienne, 1552, n.p.

[9] Estienne (C.), La guide des chemins de France, reveue & augmentée pour la troisiesme fois. Les fleuves du royaume de France, aussi augmentez, Paris, chez Charles Estienne, 1553, p. 1-2.

[10] Estienne (C.), La guide des chemins de France, reveue & augmentée pour la troisiesme fois. Les fleuves du royaume de France, aussi augmentez, Paris, chez Charles Estienne, 1553, p. 133-134.

[11] Estienne (C.), La guide des chemins de France, reveue & augmentée pour la troisiesme fois. Les fleuves du royaume de France, aussi augmentez, Paris, chez Charles Estienne, 1553, p. 134-136.

[12] Estienne (C.), La guide des chemins de France, reveue & augmentée pour la troisiesme fois. Les fleuves du royaume de France, aussi augmentez, Paris, chez Charles Estienne, 1553, p. 136.

[13] Estienne (C.), La guide des chemins de France, reveue & augmentée pour la troisiesme fois. Les fleuves du royaume de France, aussi augmentez, Paris, chez Charles Estienne, 1553, p. 136.

[14] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 138.

[15] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 138.

[16] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 139.

[17] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 139.

[18] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 140.

[19] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 140.

[20] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 141.

[21] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 141.

[22] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 142.

[23] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 142.

[24] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 143.

[25] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 143.

[26] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 143. Manoir du Boudon à Vannes.

[27] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 143.

[28] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 143.

[29] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 143.

[30] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 140.

[31] Estienne (C.), La guide des chemins de France …, p. 141.

[32] Varennes (C. de), Le voyage de France, dressé pour la commodité des François & des Estrangers. , avec une description des chemins pour aller & venir par tout le Monde, très-nécessaire aux Voyageurs. Et un Mémoire des Reliques qui sont dans le Tresor de Saint Denys en France,3ème édition, Paris, M. Bobin, 1662, 607 p.

[33] Jodoci Sinceri Itinerarium Galliae, ita accomodatum, ut ejus ducti mediocri tempore tota Gallia obiri, Anglia & Belgium adiri possint, cum appendice, de Burdigala, ac iconibus urbium praecipuarum illustratum, Amstelodami, apud Jodocum Jansonium, 1655, 340 p. Ce livre a été traduit et publié en 1859 par Thalès Bernard sous le titre Voyage dans la vieille France : avec une excursion en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Suisse et en Savoie par Jodocus Sincerus, Paris/Lyon, Dentu/Librairie Nouvelle, 1859, 360 p.

[34] Varennes (C. de), Le voyage de France, dressé pour la commodité des François & estrangers: avec une description des chemins pour aller & venir par tout le monde, 3ème édition, Paris, Michel Bobin & Nicolas Le Gras, 1663, n.p.

[35] Saulnier du Verdier (G.), Le voyage de France, dressé pour la commodité des François et des étrangers avec une description des chemins pour aller et venir par tout le monde, 3ème édition, Paris, Michel Bobin et Nicolas Le Gras, 1662, p. IV.

[36] Saulnier du Verdier (G.), Le voyage de France, dressé pour la commodité des François et des étrangers avec une description des chemins pour aller et venir par tout le monde, 3ème édition, Paris, Michel Bobin et Nicolas Le Gras, 1662, p. 124.

[37] Thalès (B.), Voyage dans la vieille France : avec une excursion en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Suisse et en Savoie par Jodocus Sincerus, Paris/Lyon, Dentu/Librairie Nouvelle, 1859, p. 128.

[38] Saulnier du Verdier (G.), Le voyage de France, dressé pour la commodité des François et des étrangers avec une description des chemins pour aller et venir par tout le monde, 3ème édition, Paris, Michel Bobin et Nicolas Le Gras, 1662, p. 127.

[39] Piganiol de La Force (J.-A.), Nouvelle description de la France dans laquelle on voit le gouvernement general de ce royaume celui de chaque province en particulier et la description des villes, maisons royales, chateaux & Monumens les plus remarquables avec la distance des lieux pour la commodité des voyageurs, Tome 4 contenant le Languedoc, le Comté de Foix, la Navarre, la Bearn, la Guyenne & Gascogne, la Saintonge, l’Angoumois, le Païs d’Aunis, le Poitou, & la Bretagne, Paris, Chez Florentin Delaulne, 1718, 6 vol.

[40] Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,avec un itinéraire et des cartes faites exprès qui marquent exactement les routes qu'il faut suivre pour voyager dans toutes les provinces de ce royaume,Tome 1, Paris, T. Le Gras, 1740, 321 p.

[41] Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,…, 1740, p. IV-V.

[42] Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France, … 1740, p. VII.

[43] Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,avec un itinéraire et des cartes faites exprès qui marquent exactement les routes qu'il faut suivre pour voyager dans toutes les provinces de ce royaume,Paris, chez la Veuve de Florent Delaulne, 1724, 312 p.

[44] Piganiol de La Force (J.-A.), Nouvelle description de la France, dans laquelle on voit le Gouvernement général de ce Royaume, celui de chaque Province en particulier ; et la Description des villes, maisons royales, châteaux et monuments les plus remarquables, avec des figures en taille douce, troisième édition, corrigée et considérablement augmentée, Paris, Théodore Le Gras, 1753-1754 13 vol., in-12, pl.

[45] Piganiol de La Force (J.-A.), Nouveau voyage de France, avec un itineraire, et des cartes faites, exprès, qui marquent exactement les routes qu'il faut suivre pour voyager dans toutes les provinces de ce royaume: Ouvrage également utile aux François & aux etrangers,nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée suivant la nouvelle description de la France, Paris, Théodore Le Gras, 1755, 2 vol.

[46] Nouveau voyage de France, nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée, Paris, veuve Savoye, 1780, 2 vol., 15 cartes.

[47] Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,…, 1740, p. IV.

[48] Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,…, 1740, p. IV.

[49] Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,…, 1740, p. VI.

[50] Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,…, 1740, p. 125.

[51] Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,…, 1740, p. 140-143.

[52] Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,…, 1740, p. 176-185.

[53] Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,…, 1740, p. VII.

[54] De la Roche a été le correspondant de l’auteur de l’ouvrage Le Voyageur dans les Pays-Bas Autrichiens, ou Lettres de l’Etat actuel de ces pays, Amsterdam, chez Changuion, 1772, 6 vol., dans son analyse à propos de ce livre H. De Groote suppose que M. J. de la Roche est Jean Pierre Louis de la Roche du Maine de Luchet, in De Groote (H.), « L'auteur du « Voyageur dans les Pays-Bas Autrichiens » », in Revue belge de philologie et d'histoire, tome 26, fasc. 1-2, 1948. pp. 118-135.

[55]La Roche (J.), Voyage d'un amateur des arts en Flandre, dans les Pays-Bas, en Hollande, en France, en Savoye, en Italie, en Suisse, fait dans les années 1775-76-77-78, Tome 1, Amsterdam, s.n., 1783, p. 5.

[56]La Roche (J.), Voyage d'un amateur des arts en Flandre, dans les Pays-Bas, en Hollande, en France, en Savoye, en Italie, en Suisse, fait dans les années 1775-76-77-78, Tome 1, Amsterdam, s.n., 1783, p. 5-6.

[57]La Roche (J.), Voyage d'un amateur des arts en Flandre, dans les Pays-Bas, en Hollande, en France, en Savoye, en Italie, en Suisse, fait dans les années 1775-76-77-78, Tome 1, Amsterdam, s.n., 1783, couverture.

[58] Les deux guides privilégient le goût italien ou l’Italie comme référence artistique.

[59] « Pour qu’une ville soit belle, il faut que les principales rues conduisent aux portes ; qu’elles soient perpendiculaires les unes aux autres, autant qu’il est possible, afin que les encoignures des maisons soient à angles droits […] Dans le concours des rues on pratique des places dont la principale est celle où les grandes rues aboutissent, et on décore ces places en conservant une uniformité dans la façade des hôtels ou maisons qui les entourent, et avec des statues et des fontaines. Si avec cela les maisons sont bien bâties, et leurs façades décorées, il y aura peu de choses à désirer », in « Ville », in Diderot (D.), Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers par une société des gens de lettres, à Berne et à Lausanne, chez les Sociétés Typographiques, vol. 35 VAS-VIR, 1781, p. 700-701.

[60]La Roche (J.), Voyage d'un amateur des arts en Flandre, dans les Pays-Bas, en Hollande, en France, en Savoye, en Italie, en Suisse, fait dans les années 1775-76-77-78, Tome 1, Amsterdam, s.n., 1783, p. 8.

[61] Œuvres et complètes de Voltaire, avec notes, préfaces, avertissemens, remarques historiques littéraires, tome 10, Paris, Armand-Aubrée, 1830, p. 10.

[62] BNF, cartes et plans, GE DD-960 (93) Nouvelle description du territoire et Banlieuée de la ville citte et universites de Paris, Paris, Jean Boisseau, 1645.

[63] Dédiée au Marquis Charles de Rostaing, Baron de Bury et de Brou, Seigneur d’Onzain (22 septembre 1573-4 janvier 1660), chef du conseil du Comte de Soisson et conseiller du Roi, fils du Marquis Tristan de Rostaing, seigneur de Thieux (15 janvier 1513- 7 mars 1591) qui fut réformateur général des Eaux et Forêts de France.

[64] BNF, cartes et plans, GE D-13433 Carte géographique des postes qui traversent la France, Paris, Melchior Tavernier, 1632.

[65] Piganiol de La Force (J.-A.) Nouveau voyage de France,avec un itinéraire et des cartes faites exprès qui marquent exactement les routes qu'il faut suivre pour voyager dans toutes les provinces de ce royaume,Paris, chez la Veuve de Florent Delaulne, 1724, p. V.

[66] « Prospectus du Guide des voyageurs pour les Routes Royales & Particulières de la France », in L'indicateur fidèle, ou Guide des voyageurs, qui enseigne toutes les routes royales et particulières de la France dressé par le sieur Michel, Paris, à l’enseigne du Globe, n.p.

[67] Ibid.

[68] Reichard (H.), Handbuch für Reisende aus allen Ständen : Nebst zwey Postkarten, zur großen Reise durch Europa, von Frankreich nach England; und einer Karte von der Schweiz und den Gletschern von Faucigny, Leipzig, Weygrand, 1783, 694p.

[69] Reichard (A.), Guide des voyageurs en Europe: avec une carte itinéraire de l'Europe, et une carte de la Suisse, Volume 1, Weimar, Bureau d’Industrie, 1793, 824 p.

[70] Journal de Francfort, n° 213, 1er août 1802, n.p.

[71] BNF : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31190343n Guide des voyageurs en France, par Mr. Reichard, faisant partie de la 6e édition originale du "Guide des voyageurs en Europe", publiée par le même auteur, et totalement refaite. Avec la carte des postes impériales, la carte gastronomique, la carte des environs et le panorama des curiosités de Paris, Weimar, au Bureau d'Industrie, 1810, 1810, 212 p.

[72] Langlois serait originaire de Pontoise. Il est le fils de l'orfèvre Hyacinthe Langlois. En 1781, il est recensé à Pontoise, et il serait âgé de 10 ans. Il s’établit comme libraire à Paris vers 1797. Il est breveté libraire le 1eroctobre 1812 (brevet renouvelé le 28 mars 1820). Il est surtout connu comme cartographe, auteur et éditeur de nombreux ouvrages de géographie. Son fils Louis-Hyacinthe (dit Hyacinthe) Langlois est breveté libraire à Paris le 14 février 1826.

[73] Reichard (A.), Guide des voyageurs en Europe: avec une carte itinéraire de l'Europe, et une carte de la Suisse, Volume 1, Weimar, Bureau d’Industrie, 1793, n.p.

[74] Ibid.

[75] Reichard (A.), Guide des voyageurs en France, Weimar, Bureau d’Industrie, 1810, p. 14.

[76] Madame de Sévigné, Lettres inédites de Madame de Sévigné à Madame de Grignan, sa fille, Tome 1, Paris, hachette, 1876, p. 140.

[77] Guide pittoresque portatif et complet du voyageur en France contenant l’indication des postes et la description des villes, bourgs, villages, châteaux, et généralement de tous les lieux remarquables qui se trouvent tant sur les grandes routes de poste qu’à droite et à gauche de chaque route ; orné d’une belle Carte routière et de vingt Gravures en taille-douce, Paris, Imprimerie Firmin Didot frères, 1838, F. Didot, 1838, p. 10.