Images et représentations

de la ville de Rennes

DESCRIPTIONS, PLANS ET CARTES

Rennes au début du 18ème siècle

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Chmura Sophie, "Images et représentations de la ville de Rennes DESCRIPTIONS, PLANS ET CARTES. Rennes au début du 18ème siècle ", Images, représentations et patrimoine de Rennes, mis en ligne le 27 novembre 2017, http://patrimoine2rennes.monsite-orange.fr, consulté le .

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La cartographie urbaine du 18ème siècle repose sur un relevé géométrique de grande précision, un inventaire exhaustif des éléments constitutifs de la ville, une grande exactitude dans la représentation de chaque élément, tant dans sa forme que dans sa mesure. Déjà revendiquée ponctuellement par des cartographes antérieurs, ces exigences deviennent systématiques et constituent le protocole de la cartographie urbaine du siècle des Lumières. Assimilés à des cartes géographiques, les plans urbains montrent la ville et l’espace rural qui l’environne ce qui permet d’avoir une approche plus globalisante qui met en évidence les fonctions urbaines.

Quant à la principale nouveauté des textes sur l’architecture et sur la ville du 18ème siècle, plus particulièrement ceux voués à être des guides pour les voyageurs, elle ne réside pas dans leur contenu, mais dans le fait qu’ils reflètent de nouvelles façons de penser, d’écrire et d’expérimenter l’architecture, d’autant plus que ces ouvrages touchent un lectorat plus large, qu’ils disséminent rapidement et à grande échelle des idées et des informations permettant au lecteur de s’identifier à une construction idéologique particulière de la culture française. Les descriptions de Rennes révèlent comment désordres majeurs et instants critiques transforment la manière de percevoir et de concevoir la ville. Parmi ces moments majeurs de son histoire, la destruction en décembre 1720 de près de 78% de la ville haute, soit plus de 60% de la ville intra-muros « par un incendie d’une vivacité & d’une rapidité surprenante »[1].

Rennes avant 1720 : rigueur cartographique et souhait d’embellissement

Dès la fin du 17ème siècle, les cartes sont dressées dans le but de donner une description exacte de l’étendue urbaine. Le premier plan géométral connu de Rennes, c’est-à-dire « dont les solides, & les espaces sont de leur proportion naturelle »[2], est le plan Hévin exécuté en 1685, plan qui sert de référence pour l’étude parcellaire de la ville avant l’incendie de 1720. Le plan géométrale présente le milieu urbain comme une entité géométrique et technique, il rationalise, abstrait et simplifie la complexité urbaine. Cela répond aux besoins d’efficacité pour faire comprendre un territoire.

0002-1

Plan Hévin, dessin d'après un plan conservé au musée de Bretagne à Rennes, Numéro d'inventaire : 2016.0000.3600.

Voir et comprendre la ville

Il faut attendre l’année 1718, pour qu’un plan qui repose, à la fois, sur un relevé géométrique de précision, un inventaire exhaustif des éléments constitutifs de la ville et une grande exactitude dans la représentation de chaque élément, tant dans sa forme que dans sa mesure soit exécuté par François André Forestier, Sieur de Villeneuve (Rennes, 22 février 1698 – 20 janvier 1765), ingénieur et architecte de la ville. Les exigences avec lesquelles il produit le Plan de la ville et faubourgs de Rennes vont devenir systématiques et constituer le protocole de la cartographie de la ville de Rennes durant tout le 18ème siècle.

Détail plan de 1718-1

Dessin d'après une partie du Plan de la ville et faubourgs de Rennes par Forestier, 1718, conservé à la Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE C-1431.

Le plan de 1718, représente la ville et ses faubourgs, avec le réseau complet des rues et la totalité des îlots construits et des parcelles cultivées. Les composantes naturelles sont ici très homogénéisées. Le dessin des jardins intra-muros et des champs hors des murs se conforme à l’ordre géométrique orthogonal. La nature est rectifiée pour être harmonieuse.

En haut à gauche figure une explication des églises et portes de la ville. Même si les remparts ne font plus l’objet d’entretien depuis 1609, Rennes se caractérise encore comme une ville close par son enceinte et ses portes fortifiés. Si l’historiographie urbaine définit la fin du 17ème siècle et le 18ème siècle comme ceux de l’ouverture des villes[3], la situation rennaise suppose d’envisager le siècle des Lumières plutôt comme une période médiane marquée tant par une déconsidération progressive de l’existence matérielle de l’enceinte que par une persistance nécessaire de la limite de la ville. Cela se ressent dans la description de la Ville-Basse et de la Ville-Haute rennaises publiée en 1720 par Claude-Marin Saugrain (1679-1750) : « A les mesurer de dessus les remparts, elles n’ont de tour que trois quarts d’heure de chemin, mais elles renferment en si grande quantité de peuple, dans des maisons de six & de sept étages, qu’elles forment une des grosses Villes de France. Les Fauxbourgs ont plus d’étendue que toute la Ville. »[4] Au 18ème siècle, la définition d’une ville ne se fait plus par son enceinte fortifiée, mais par l’importance de sa population.

Détail

Dessin d'un détail de la vue perspective de Rennes prise de Beaumont, non titré, Plan de la ville et faubourgs de Rennes par Forestier, 1718. Forestier a signé près de ces personnages.

La position des points remarquables de la ville a été relevée par une triangulation précise. Le souci du détail a été poussé jusqu’à figurer des arbres et le plan masse des principales églises et du Parlement. Tous les éléments du tissu urbain, rues, places, monuments, bâtiments ont été mesurés, dessinés avec exactitude de façon purement géométrique, sans recourir au dessin en élévation. Les dimensions politique et historique de la ville portées par la chorographie et les vues cavalières n’apparaissent pas dans ce plan : l’absence de représentation en élévation des bâtiments atténue la représentation des pouvoirs religieux et publics qui, avec l’ancienneté de Rennes, justifiaient jusqu’alors la grandeur de la ville. C’est peut-être pour retrouver ces dimensions que Forestier encadre son plan par trois vues en perspective et l’élévation des principaux monuments de la ville.

Forestier a dessiné à la mine de plomb une « Vuë en perspective de la ville de Rennes du costé de Saint Ellié », « du costé du Boisl’abbé »[5] et du côté de Beaumont. Son but était de faire une représentation fidèle de Rennes, mais surtout de fixer dans les mentalités les lieux emblématiques, monuments et sites, qui composent la ville. Ses dessins respectent les règles de la perspective linéaire, contrairement à la vue cavalière, où les éléments lointains ont la même taille que les éléments proches. Ce type de représentation existait déjà au 17ème siècle, mais le terme de « vue perspective » n’est employé qu’à partir du début du 18ème siècle.

Vue 2

Dessin d'après la Vuë en perspective de la ville de Rennes du costé de Saint Ellié, Plan de la ville et faubourgs de Rennes par Forestier, 1718.

Vue 3

Dessin d'après la Vuë en perspective de la ville de Rennes du costé du Boisl’abbé , Plan de la ville et faubourgs de Rennes par Forestier, 1718.

Vue 1-1

Vue 1-2

Dessins d'après une vue perspective de Rennes prise de Beaumont, non titré, Plan de la ville et faubourgs de Rennes par Forestier, 1718.

N.B. : Une version à l'encre titrée Veüe et perspective de la ville de Rennes du costé de Beaumont existe au musée de Bretagne à Rennes, Numéro d'inventaire : 949.0996.

Les autres dessins, tracés à la plume, sont ceux des frontispices des grands monuments rennais, à savoir : la Cathédrale, l’hôtel de ville, le Gros Orloge, la tour de l’église Saint-Melaine, l’église des religieuses de la Visitation, le dôme des calvairiennes, le Palais du Parlement, l’église des Minimes, l’église Saint-Germain (pignon ouest et sud), la maison abbatiale des Dames de Saint-Georges, les bâtiments des Carmes, l’église Saint-Georges, la façade de l’abbatiale Saint-Melaine, l’église des Carmélites et, dans l’angle inférieur gauche, le dessin de la Statue équestre de Louis Le Grand, qui, fait intéressant, n’est pas encore visible à Rennes.

Statue de L XIV

Dessin de la Statue équestre de Louis Le Grand d'après le dessin à l'encre de Forestier, Plan de la ville et faubourgs de Rennes, 1718.

Une estampe de la Statue équestre de bronze représentant la personne du Roy, par Thomassin est conservée à la Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE QB-201 (83)-FOL et plusieurs exemplaires au Musée de Bretagne à Rennes.

Monument royal et stratégie de représentation

Les États de Bretagne avaient décidé lors de leur assemblée à Dinan en 1685 d’élever une statue au Roi, laissant ce dernier décider de la ville où elle serait érigée. Avoir une représentation du monarque est alors un privilège. Dans une lettre adressée au duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, datée du 15 août 1685, le Roi écrit :

« Mon Cousin,

J’ay veu avecq plaisir par vostre lettre du huict de ce mois que la proposition faicte par l’évesque de Saint Malo aux Estats de la province de Bretagne, et appuyée par le duc de la Tremoille, d’eslever ma statue dans une des princjpalles villes de ma dicte province, a esté approuvé avec l’acclamtion de toutte l’assemblée desdits Estats ; et je considère cette délibération et touttes les contestations qu’elle a faict naistre comme une nouvelle preuve de leur zèle et du bon exemple que vous leur donnez d’une entière aplication et d’une affection sincère pour tout ce qui peut estre à mon debvoir. Je ne vous feray pas aussy attendre longtemps la décision que vous me demandez touchant le lieu où elle doibt estre posée, ayant choisy pour cet effect ma ville de Nantes, tant à cause du pont où elle pourra estre mise avec décence, qu’à cause de l’abord considérable de touttes les nations tant par terre que par eau. Vous informerez de mes intentions sur ce point l’assemblée desdicts Estats, et la présente n’estant à autre fin, je prie Dieu qu’il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde.

Escrit à Versailles le quinzième jour d’aoust 1685. Signé : Louis, et plus bas Colbert. Et en la suscription : A mon cousin le duc de Chaulnes, pair de France, chevallier de mes ordres, et gouverneur et mon lieutenant général en Bretagne. »[6]

Lamiré Musée 1-1

Lamiré Musée 2-1

Alexandre Lamiré édite des cartes postales des bas-reliefs du soubassement de la statue équestre à la fin des années 1920. Les bas-reliefs avaient été sauvés en 1792 et déposés au Musée de Rennes.

Le Couturier Musée

Auguste Le Couturier est l'auteur de clichés  des bas-reliefs de la statue de Louis Le Grand pour le Musée de Rennes. Voir ci-contre, Keller-Dorian (G.), Antoine Coysevox (1640-1720), catalogue raisonné de son œuvre, tome 1, Paris, aux dépens de l’auteur, 1920, planches 55 et 56.

Cette lettre fut lue à la séance du 21 août 1685. Le marché entre le sculpteur Antoine Coysevox et les députés des États à la Cour, n’est passé que l’année suivante à Paris, chez Maître Savalete, le 9 juin 1686[7]. Les fonds nécessaires à la réalisation de l’œuvre sont votés par les États réunis à Rennes le 22 octobre 1687. Ceux pour l’établissement et le transfert de Paris à Nantes des différentes parties du piédestal sont décidés le 24 septembre 1691. En 1693, même si les États avaient fait un marché pour le transport de la statue avec un nommé Estienne, Maître Marinier à Paris, ils renoncèrent momentanément à faire venir la statue. En 1699, Simon Thomassin (1655-1733) en fait une gravure telle qu’elle devait figurer un jour avec son piédestal. Mais la statue est toujours à Paris en 1706 où elle est signalée par Germain Brice (1653 ?-1727) comme une des curiosités de la capitale : « Derrière la Pitié, dans un atelier qui appartient au même Maître [Coysevox], on doit aller voir le cheval de bronze fait par les États de Bretagne. Le Roy est représenté à cheval, habiller à l’Antique, dans une attitude noble et grande, et cette figure équestre a été la première que l’on ait jettée en France de cette grandeur : les bas-reliefs, aussi de bronze destinez pour le Piédestal sont d’un grand travail, dans lesquels on remarque une variété de sujets sans confusion, qui fait plaisir à examiner, parce que l’on y distingue plusieurs personnes de marque, que l’on reconnaît sans peine dans leur air naturel »[8].

Par délibération le 13 novembre 1713, les États ordonnent que la statue soit placée à Rennes, après avoir écarté Nantes, Saint-Malo et les autres villes bretonnes qui se disputaient l’honneur de posséder l’effigie du Roi. Un marché pour le transport est passé chez Maître Lefeuvre, notaire à Paris, le 22 juin 1715[9]. Au moment de son départ de Paris le 11 juillet 1715 le monument est ainsi décrit :

« Etat des marbres et bronzes qui composent la figure équestre du Roy, pour nosseigneurs les Estats de Bretagne, ensemble des bas reliefs et pied d’estal de laditte figure qui ont esté livrés et mis dans les batteaux des nommés Antoine Hyver et Louis Coulon, par l’ordre et suivant le marché que les députés de nosseigneurs les Estats de Bretagne ont fait avec eux : par Antoine Coysevox, sculpteur ordinaire du Roy et ancien directeur de l’Académie royalle de sculpture et peinture, le tout en bon estat, et ainsi qu’il est marqué cy après.

Primo, dans un bateau, appartenant à Louis Coulon, il y a trente cinq pièces de marbres taillés, servant au pied d’estal de lad. Figure.

Secondement dans un autre batteau appartenant audit Louis Coulon, il y a trois pièces de marbre taillés, deux grosses pierres dures pour le dessus du massif, la figure du roy, et deux grands bas reliefs de bronze, quatre cartouches de bronze, et huit pièces de bronze, servant de bordure aux bas reliefs, scavoir quatre grandes et quatre petites, le tout en bon estat, et neanmoins il manque sept glans à la housse de la scelle, un gland aux armes, deux feuilles aux cartouches, qui s’appliquent séparément et que ledit Coysevox fournira.

Troisièmement, dans le premier batteau de Antoine Hyver il y a trente deux pièces de marbre taillés.

Quatrièmement, dans le second batteau dudit Antoine Hyver il y a le cheval de bronze, trois pièces de marbres taillées, une grande caisse où sont les deux tables de marbre noir pour faire les inscriptions ; plus, dans le batteau du dit Hyver il y a une autre caisse où il y a dedans cent vingt six pièces de bronze, tant crampons, bride, mors et épée, avec la chaine et oupes.

Nous soussignées recognoissons que le Sieur Antoine Coyzevox nous a remis et livrés les ouvrages et pièces cy dessus, et de l’autre part, et nous obligeons solidairement à les rendre au même estat à Nantes, ainsy qu’il est porté dans le marché que nous avons fait avec nosseigneurs les Estats de Bretagne, par leurs députés. EN foy de quoy nous avons signé. Fait triple, scavoir un pour le sieur Antoine Coyzevox, un pour Antoine Hyver, et un autre pour Louis Coulon, et le présent pour estre remis à nosseigneurs les Estats de Bretagne.

A Paris, ce onze juillet mil sept cent quinze.

Coysevox, Louis Coulon, Antoine Hyver.

Pour nosseigneurs les Etats de Bretagne »[10].

La statue arrive sur le quai de la Bourse à Nantes le 28 octobre 1715[11]. D’après une lettre de Coysevox à Monsieur de Valincour jointe à un mémoire au sujet de la statue équestre de Messieurs les Etats de Bretaigne, les États devaient prendre les mesures pour faire embarquer l’œuvre « à Nantes sur un vaisseau par mer, la faire débarquer du vaisseau et la rembarquer sur un batteau pour être conduite par la rivière de Lardon [Redon] à Rennes si la rivière est navigable, la faire débarquer de ce batteau pour être conduitte dans la place et posé sur la massif où elle doit estre ». D’après le mémoire « présenté à nosseigneurs les députez des Etats de Bretagne sur le transport qu’il convient de faire de la figue équestre du roy en bronze, marbres et bas reliefs et de tout ce qui en dépend »[12], Coysevox préconise « que messieurs les Etats fassent préparer une place de douze ou quinze toises [23 ou 29 m2] en quarré, fermée, pour recevoir led. Ouvrage et en décharger led. Coisevox lorsqu’il l’aura débarqué à Nantes ; la place doit être au moins de douze ou quinze toises en quarré »[13].

Or en 1720, la statue est toujours à Nantes. Le maire, Gérard Mellier (Lyon, 21 mai 1674 - Nantes, 28 décembre 1729), écrit le 1er octobre 1720 au maréchal d’Estrées : « Monseigneur, / Pendant vostre séjour à Nantes vous avez reconnu qu’il seroit plus convenable de placer dans cette ville la statue equestre du feu roy que dans aucune autre ville de la province. J’attendray vos ordres, monseigneur, pour faire prendre sur ce sujet une délibération à la communauté de la ville, par forme de requestre aux Estats, si vous le jugez à propos. J’ay attendu, monseigneur, qu’ils fussent libres de leurs principales affaires avant d’entamer cette dont il s’agit, qui ne peut manquer de réussir, si vous voulez bien l’honorer de vostre protection »[14]. Le 6 octobre 1720, Mellier fait enregistrer sur le registre du greffe de l’hôtel de ville de Nantes la délibération suivante, qui tend à prouver que sa municipalité fait tout pour garder la statue : « Au bureau de la Maison commune de la ville de Nantes où présidoit Monsieur Mellier, maire, presens messieurs Perissel, le Prieur et Gellée, conseillers-magistrats-echevins. Par déliberation du Bureau, sur ce ouy monsieur Gellée, conseiller-magistrat-échevin, faisant les fonction de procureur-syndic de cette ville et communauté, a été arreté d’un commun avis que les deputez d’icelle aux Etats representeront incessamment à Nosseigneurs desdits Etats qu’il seroit à propos qu’il leur plaise de faire ériger en cette ville la statue equestre du feu Roy de très glorieuse mémoire, un tel lieu et de la manière que nosdits Seigneurs des Etats à cet effet, en sorte qu’un monument aussi précieux ne reste pas davantage enseveli sous l’hangard où il a été déposé sur le port au vin de cette ville, et que les sujets du Roy et les étrangers, que le commerce engage de venir à Nantes, ne soient plus privez de la satisfaction de contempler une marque aussi éclatant et aussi durable du zèle de nosdits Seigneurs des Etats à cet égard »[15].

Malheureusement pour Mellier, la ville de Rennes profite de son projet de reconstruction suite à l’incendie de décembre 1720 pour demander au Roi et au comte de Toulouse, nouveau gouverneur de Bretagne, l’érection de la statue de Louis le Grand sur une de ces nouvelles places, autorisation qu’elle obtient par un arrêt du Conseil en date du 1er février 1724[16]. L’inauguration sur la place du Palais a lieu le 6 juillet 1726. Un souvenir de cette fête est conservé par une gravure avec cette légende « Elévation perspective de la nouvelle place du Palais de Rennes, construite et reformée sur les desseins de M. Gabriel, premier architecte du roi, sous la direction des sieurs Abeille, le Mousseux et Huguet, ingénieurs ; la véritable représentation de la fête qui s’est passée lors de l’élévation et dédicace de la statue équestre du roi Louis XIV posée par le sieur Chevalier, entrepreneur, le 6 juillet 1726, le corps de la ville présent et les 15 compagnies de milices bourgeoises sous les armes, dessigné et dédié à son altesse sérénissime monseigneur le comte de Toulouse, prince du sang, amiral de France, gouverneur de Bretagne, par son très humble et très obéissant serviteur Huguet. – A Paris chez le sieur Desrochers, graveur du roi, rue du Foin, près la rue Saint-Jacques Milcent, sculpt. »[17]. Les manuscrits de la Description de la Bretagne du président de Robien offrent un dessin de la statue et de son piédestal fait en 1725 par l’architecte Jean-François Huguet (1679-1749)[18]. Comme Forestier, Huguet dessine la statue avant son arrivée à Rennes, mais la version de Forestier semble être une copie de la gravure de Simon Thomassin.

Le désir de rendre le monarque visible dans l’espace urbain rejoint la question importante des embellissements. Cette notion est véritablement centrale au 18ème siècle, même si elle est apparue dès le 17ème siècle. Il n’est donc pas étonnant que le monument royal de Louis XIV soit qualifié d’ouvrage public[19]. Le monument royal est un ensemble complexe, hors normes, qui requiert des explications, des présentations, des commentaires ; mais l’absence de la statue dans l’environnement urbain rennais jusqu’à son inauguration empêche toute description écrite de l’œuvre dans les commentaires sur Rennes, antérieurs à 1726. Seul le dessin de Forestier en 1718 permet d’affirmer l’importance de ce monument dans l’imaginaire local et dans la volonté de donner une image « moderne » à Rennes, modernité architecturale portée jusqu’à présent par le Palais du Parlement comme le démontrent les textes de La Forest de Bourgon et de Renaud Le Coq dans leurs géographies historiques publiées durant la première décennie du 18ème siècle. Le Palais du Parlement et le Gros Horloge[20] sont en ce début de siècle les symboles enviées de la puissance et de la richesse des rennais.

Palais

Dessin du Palais d'après le dessin à l'encre de Forestier, Plan de la ville et faubourgs de Rennes, 1718.

Horloge

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Dessin du Gros Orloge d'après le dessin à l'encre de Forestier, Plan de la ville et faubourgs de Rennes, 1718.

Henri Laurent publie pendant les années 1930 un cliché de Le Couturier d'un dessin de l'ancienne horloge donné aux Archives départementales d'Ille-et-Vilaine (1Fi 808) par Paul de La Bigne-Villeneuve (1813-1899) qui le datait du 18ème siècle. Ce dessin a servi de modèle à Théophile Busnel (1843-1918)  dont le dessin est conservé au Musée de Bretagne, Numéro d'inventaire : 883.0003.1

La Forest de Bourgon, Géographie historique, ou Description de l'univers, contenant la situation, l'étendue, les limites, la qualité, etc., de ses principales parties, avec l'établissement des empires... les hommes illustres, les batailles,... la généalogie... des empereurs, des rois... et l'origine de plusieurs maisons considérables de l'Europe, Paris, La Compagnie des libraires, 1705-1706, p. 85.

« Rennes sur la Vilaine, en Latin Redone ou Rhedones, est la ville Capitale de toute la Province ; elle fut choisie autrefois pour être la Metropole des Citez Armoriques ; cette Ville fut une des conquêtes de Cesar, ensuite elle fut le sejour ordinaire des Ducs de Bretagne, Renes a aujourd’hui titre d’Evêché, & son Parlement fut érigé sedentaire et Semestre par le Roi Henri II. l’an 1554. Le Palais qui est bâti à la moderne, merite l’attention des Etrangers, aussi bien que la cloche de l’horloge, qui est d’une prodigieuse grosseur »[21].

Le Coq(R.), Le Parfait géographe, ou l'Art d'apprendre aisément la géographie et l'histoire, par demandes et par réponses, 2e édition, revue, corrigée et augmentée des moeurs, de la religion et du gouvernement de chaque nation, avec un Traité de la sphère, Paris, J. Debats, 1707, p. 68.

« Rennes, Redones ou Rhedones, Ville Episcopale sur la Vilaine ad Vilanam, ou mieux ad Vicenoniam. Son Parlement a esté depuis quelques années transferé à Vannes, & ensuite rétably. Elle a esté le Sejour des Souverains de cette Province. Son Evêché est Suffragant de l’Archevêché de Tours, l’on tient que S. Mederanus en fut le premier Evêque. On y rmarque la Cathedrale de S. Pierre, les Abbayes de S. Melaine & de Saint George, un College de Jesuites, & diverses autres maisons Ecclesiastiques & religieuses ; Sans oublier le Palais du Parlement bâty à la moderne, & son horloge, dont la cloche passe pour estre des plus grosses du Royaume. Il s’y est tenu plusieurs Conciles »[22].

Prévenir sur les mœurs et les coutumes rennaises

Pendant la deuxième décennie du 18ème siècle, les textes pour servir de guides de voyages se multiplient, au moment où la notion d’embellissement transforme vraiment en profondeur la conception des villes sur les plans techniques, esthétique, éthique et politique. La belle ville est celle où tout se tient, où chaque élément, qu’il soit d’ordre naturel ou artificiel, doit trouver sa place dans un tout et participer à la cohérence de l’ensemble. Cette ambition engendre une critique générale de Rennes, encore très médiévale, comme un milieu désordonné du point de vue esthétique et sanitaire. Au cœur de l’énumération des lieux et des monuments quifont la notoriété rennaise, des remarques néo-hippocratiques apparaissent dans les écrits de Claude-Marin Saugrain et Jean-Aymar Piganiol de La Force (Aurillac, 21 septembre 1669 – Cormenon, 10 janvier 1753), traduisant la conviction selon laquelle le milieu joue un rôle primordial sur la santé et le caractère des habitants. Les commentaires négatifs sont attachés, comme ceux de Dubuisson-Aubenay, à l’insalubrité des rues tortueuses bordées par des maisons à pans-de-bois.

Saugrain (C.-M.), Nouveau voyage de France, géographique, historique et curieux, disposé par différentes routes, à l'usage des étrangers et des François , contenant une exacte explication de tout ce qu'il y a de singulier et de rare à voir dans ce royaume, avec les adresses pour trouver facilement les routes, les voitures et autres utilitez nécessaires aux voyageurs, Paris, Saugrain l'aîné, 1720, p.349.

« Rennes est la Ville Capitale du Duché de Bretagne ; elle est le Siège d’un Evêché, & du Parlement de cette Province. Elle est Située Sur la Vilaine, qui après avoir rempli de ses eaux, la plûpart des fossez, passe par le milieu, & la divise en haute & basse Ville. A les mesurer de dessus les remparts, elles n’ont de tour que trois quarts d’heure de chemin, mais elles renferment en si grande quantité de peuple, dans des maisons de six & de sept étages, qu’elles forment une des grosses Villes de France. Les Fauxbourgs ont plus d’étendue que toute la Ville. Rennes est fort ancienne, elle parut si importante à César, qu’il y mit une bonne Garnison sous le Commandement de Crassus.

L’Eglise Cathédrale, dédiée à Saint-Pierre, est grande : deux hautes Tours y sont adossées. Le Palais du Parlement est un bel édifice, ce sont quatre gros Pavillons, qui renferment une grande Cour, bordée de Galleries & de boutiques de Marchands ; ses Salles sont Spacieuses, & ses Chambres richement tapissées. LE grand escalier de ce bâtiment a toujours passé pour un ouvrage achevé. La grande Place de ce Palais est environnée de belles maisons, & du Couvent des Cordeliers.

Il y a dans Rennes une Tour qui servoit de Temple aux fausses Divinitez ; & qui sert présentement à soutenir le gros Horloge de la Ville, dont la cloche à six pieds de hauteur, huit de largeur, & huit pouces d’épaisseur : cette Tour est proche le Champ Jacquier, qui est le grand marché de la Ville : où est aussi le Siège du Présidial, ancien édifice qui a servi de Palais aux Gouverneurs.

Outre la Place appellée la grande Cohue, où l’on execute les Criminels, il y a encore celle de la Pompe : les maisons dont cette Place est environnée, sont soutenues par des Arcades : leur vûe donne sur la belle Fontaine, qui est au milieu, & qu’on nomme la Pompe. La Ville a peu de Fontaines, à cause qu’il n’y a point de montagnes aux environs ; cela fait que les rues étant fort étroites, & les maisons extrémement hautes, le Soleil n’y sauroit entrer pour les sécher, ainsi elles sont toujours humides & sales ; à quoi contribuent beaucoup, les prairies & les bois qui environnent la Ville, & où s’élèvent souvent des brouillards épais qui y causent des pluyes extraordinaires.

L’Eglise de Saint George, Abbaye de Filles, est au plus haut de la haute Ville. Proche de la Porte Saint George est la grande platteforme, appellée la Mothe Saint George. L’Abbaye de Saint Méléve a une Eglise& une haute Tour, sur laquelle on a placé du Canon, pendant les Guerres Civiles ; ce qui a été cause que les Habitans l’ont à demi rasée. Ce qu’il y a de plus beau dans ce Couvent est un grand Jardin, appellé le Thabor, & l’Eglise Paroissiales de Saint Jean renfermée dans sa grande Cour, l’Eglise de la Visitation à l’entrée du Faubourg de la Reverdiere, & le Couvent des Dominicains sont à voir.

La Villaine, porte de gros batteaux qui remontent de la Mer jusqu’au Port de Saint Yves, où elle arrose une grande prairie qui sert de Cours, d’où elle entre dans Rennes, passant par-dessous trois grands Ponts : celui du milieu, qui est le plus beau, est appellé le Pont-neuf. On le passe pour entrer dans la basse Ville, près d’une grande Place où est le Collège des Jésuites, dont l’Eglise est un édifice somptueux. L’Eglise Paroissiale de Toussaints est à un des bouts de la Ville, où un bras de la Rivière forme une petite Isle. »

Piganiol de La Force (Jean-Aymar), Nouvelle description de la France dans laquelle on voit le gouvernement general de ce royaume celui de chaque province en particulier et la description des villes, maisons royales, chateaux & Monumens les plus remarquables avec la distance des lieux pour la commodité des voyageurs, Tome 4 contenant le Languedoc, le Comté de Foix, la Navarre, la Bearn, la Guyenne & Gascogne, la Saintonge, l’Angoumois, le Païs d’Aunis, le Poitou, & la Bretagne, Paris, Chez Florentin Delaulne, 1718, p. p. 501-504.

« Rennes. Cette ville, appellée par les Latins Condate, Civitas Redonum Redone, est sur la Vilaine, dans laquelle vient ici se perdre la petite riviere de Lisle. Elle est ancienne, & la Capitale de toute la Province. C’est le siège d’un Evêque & d’un Parlement qui la rend fort peuplée, & une des plus considérables de tout le Royaume. La Vilaine est navigable jusqu’à Redon & la mer, par le moyen des écluses qui ont été construites ; ce qui sert à porter à Rennes le vin, le bois, l’ardoise, & la pierre à bâtir. Marbodus qui vivoit dans l’onzième siècle, & qui fut Evêque de Rennes, dit une description satirique de cette Ville, qui n’étoit guères propre à lui attirer l’estime & l’amitié de ses Diocésains. La voici :

Ubs Redonis, Spoliata bonis, viduata colonis ;

Plena dolis, odiosa polis, sine lumine solis ;

In tenebris vacat illecebris, gaudetque latebris ;

Desidiam putat egregiam, spernitque sophiam.

Causidicos perfalsidicos absolvit iniquos ;

Veridicos & pacificos condemnat amicos.

Nemo quidem scit habere sidem nutritus ibidem.

Le sçavant Benedictin* [* D. Beaugendre] qui a donné depuis peu une Edition des Oeuvres de Marbodus, conjecture qu’il avoit composé ces vers avant qu’il fût Evêque de Rennes, mais une satire si peu charitable & si cruelle devoit sans doute prévenir les esprits contre lui, & donner des impressions difficiles à effacer.

La ville de Rennes est divisée en deux parties par la Vilaine. L’Eglise de S. Pierre qui est la Cathédrale & ses hautes tours, est ce qui se présente aux premiers regards. La grande place est environnée de belles maisons, & renferme le Palais où le Parlement tient ses séances. Il consiste en une grande cour bordée de galeries & de boutiques de Marchands, & en quatre gros pavillons. Le grand escalier qui est a l’entrée de ce magnifique bâtiment est estimé des connoisseurs, & encore plus de ceux qui ne le sont pas. La maison où s’assemble le Présidial est dans le grand marché de la Ville, que l’on appelle le Champ Jacquier. C’est un ancien bâtiment qui servoit autrefois de Palais aux Gouverneurs. Une tour qui étoit autrefois un temple de fausses Divinitez, sert à présent à soutenir l’horloge de la Ville, dont la cloche a six pieds de haut, huit de large, & huit pouces d’épaisseur. Elle est fendue & sciée dans toute sa hauteur, ce qui l’empêche de faire en sonnant, le bruit qu’elle feroit sans cela. C’est dans la place appellée la grande Cohue, que se font les executions des criminels. La place de la Pompe a pris son nom d’une fontaine qui est au milieu, & est environnée de maisons soutenuës d’arcades, qui font un coup d’œil agréable. Les rues de Rennes sont toujours mal propres, parce qu’elles sont étroites & les maisons fort hautes, qui empêchent le soleil de les sécher ; ainsi Marbodus avoit raison de dire que cette Ville étoit fine lumine folis. On passe la Vilaine sur trois ponts, dont le plus beau s’appelle le Pont-neuf, & communique la Ville haute à la basse. Le Collège des Jesuites est dans cette derniere. C’est une tres-belle maison qui fut fondée par Henry IV. Leur Eglise est à l’Italienne, & un édifice digne de la curiosité des Voyageurs. On tient que les Faubourgs de Rennes sont encore plus grands que la Ville. »

Le texte de Piganiol est d’autant plus fort qu’il s’appuie sur le poème de Marbode, inscrivant Rennes dans une sorte d’immobilisme. Sa Nouvelle description de la France va faire l’objet de plusieurs éditions et va aider à la constitution de son ouvrage Nouveau voyage de France, avec un itinéraire et des cartes faites exprès qui marquent exactement les routes qu'il faut suivre pour voyager dans toutes les provinces de ce royaume où il explique que « les Voyages en sont devenus moins pénibles, & plus propres à orner l’esprit & à former les mœurs. Les Relations qui sont exactes sont des guides fideles, qui non seulement conduisent les Voyageurs par les routes les plus curieuses ou les plus sûres, mais encore qui les préviennent sur les mœurs & sur les coutumes : leur indiquent ce qu’il y a de plus singulier : les occupent à les vérifier ou a les contredire : leur épargnent la peine de mettre par écrit ce qu’ils rencontrent de remarquable, & les désabusent souvent sur des choses qui doivent tout leur mérite à la prévention des gens du pays, ou à la crédulité, & au peu de discernement de ceux qui en ont écrit. L’embarras de porter plusieurs Volumes de la Description de la France, lorsqu’on parcourt différentes Provinces de ce Royaume, a fait naître le dessein de rassembler les descriptions des Villes & des lieux qui se rencontrent sur les grandes routes, & d’y ajoûter des itineraires & des cartes faites exprès, afin que les Voyageurs eussent dans un seul Volume de quoi s’amuser & s’instruire. Pour peu qu’on soit initié dans l’Histoire & dans la Géographie ancienne, l’on Sçait par l’Itineraire d’Antonin de quelle utilité deviennent les Itinéraires dans suite des tems. Ceux qui font les mêmes que la route de la poste, sont ici imprimez en caractère Romain, & ceux des voitures ordinaire en Italique. »[23] Les ouvrages de Piganiol de La Force donnent une place à la critique de la qualité de l’architecture et de l’environnement urbain, mais surtout ils dépassent pour la première fois les frontières du monde des spécialistes et touchent un lectorat plus large, influant sur le goût architectural, même si sa description historique et géographique de la France « renferme encore un grand nombre d’inexactitudes & même de bévues »[24].

Parallèlement aux géographies historiques, aux itinéraires de voyage, la critique sociale telle que celle menée au 17ème siècle est toujours d’actualité. Louis-Marie Grignion de Montfort (Montfort-sur-Meu, 31 janvier 1673-Saint-Laurent-sur-Sèvre, 28 avril 1716), décrit comme le peintre fidèle des mœurs de son époque[25], rédige en 1714 une satire qu’il intitule « Mes Adieux à Rennes ».

Adieu, Rennes, Rennes, Rennes,

On déplore ton destin :

On t’annonce mille peines

Tu périras à la fin,

Si tu ne romps pas les chaines

Que tu caches dans ton sein.


Tout est en réjouissance :

Monsieur est au cabaret,

Mademoiselle à la danse,

Et Madame au lansquenet ;

Un chacun fait sa bombance,

Et sans croire avoir mal fait.


Que de femmes malheureuses

Sous leur mine de gaité !

Que de filles scandaleuses

Sous leur air de sainteté !

Que de têtes orgueilleuses

Sous un habit emprunté !


Que voit-on dans les églises ?

Souvent des badins, des chiens,

Des causeuses des mieux mises,

Des libertins, des païens,

Qui tiennent là leurs assises,

Parmi très-peu de chrétiens.


Tu réponds à qui t’aborde

Pour démontrer ton erreur :

Dieu fera miséricorde,

Il est bon, n’ayons pas peur ;

Quand on le veut, il l’accorde.

Et puis, tout homme est pécheur !


Adieu, Rennes, Rennes, Rennes,

On déplore ton malheur.


Connu pour son regard acerbe sur les mœurs bourgeoises et nobles de son époque[26], ses adieux à Rennes ont été perçus comme une prophétie annonçant les dramatiques jours de décembre 1720.

[1] Lenglet Du Fresnoy (N.), Méthode pour étudier la géographie, 4ème édition, tome 5, Paris, N.-M. Tilliard, 1768, p. 255.

[2] Le grand dictionnaire de l’Académie françoise, vole. 2, 1696, p.130.

[3] L’architecte français Pierre Patte (Paris, 3 janvier 1723- Mantes-la-Jolie, 19 août 1814) témoigne en 1769 de l’inintérêt que son siècle porte aux enceintes fortifiées : « Quant aux Villes riches & d’une certaine grandeur, telles que des Capitales, je ne pense pas qu’il soit absolument nécessaire de les environner de fortifications […] C’est le nombre et le courage de ses habitants, qui doit faire la force : il faut faire ensorte de graver dans tous les cœurs l’amour de la patrie, & chaque citoyen puisse dire, à l’exemple des anciens Spartiates, en mettant la main sur sa poitrine, voici nos remparts », in Patte (P.), Mémoires sur les objets les plus importans de l'architecture, Paris, Rozet,1769, p. 18. Patte fait partie des auteurs qui ont publié des recommandations pour remplacer les rues tortueuses et insalubres héritées du Moyen-Âge par des avenues larges, de belles places et des monuments publics marquants. Il souhaitait le développement de rues équipées de caniveaux et de trottoirs, pavées et éclairées, et le rejet, hors de la ville, des industries insalubres et des cimetières. Patte a influencé la pensée moderne en matière d’urbanisme et ses idées ont eu un impact important sur les transformations des villes au XIXe siècle.

[4]Saugrain (C.-M.), Nouveau voyage de France, géographique, historique et curieux, disposé par différentes routes, à l'usage des étrangers et des François , contenant une exacte explication de tout ce qu'il y a de singulier et de rare à voir dans ce royaume, avec les adresses pour trouver facilement les routes, les voitures et autres utilitez nécessaires aux voyageurs, Paris, Saugrain l'aîné, 1720, p.349.

[5] Le manoir du Bois l’Abbé et sa chapelle (Saint-Servais) était dans les environs de la route de la Croix-Rouge à la Lande de Breil. La chapelle dépendait de la cure de Saint-Aubin.

[6] Cité in Keller-Dorian (G.), Antoine Coysevox (1640-1720), catalogue raisonné de son œuvre, tome 1, Paris, aux dépens de l’auteur, 1920, p. 77.

[7] Minute notariée disparue des Minutes de Pierre SAVALETE, Archives Nationales, cotes : MC/ET/CV/912, avril 1686-juin 1686. Seule l’analyse des procès-verbaux des délibérations des États permettent d’en connaître le contenu.

[8] Brice (G.), Description nouvelle de la vile de Paris et recherche des singularitez les plus remarquables qui se trouvent à présent dans cette grande vile, Paris, M. Brunet, 1706, p. 114, in Société de l’histoire de l’art français, Nouvelles archives de l'art français : recueil de documents inédits, Paris, J. Baur et Charavay frères, 1873, p. 126.

[9] Cité in Keller-Dorian (G.), Antoine Coysevox (1640-1720), catalogue raisonné de son œuvre, tome 1, Paris, aux dépens de l’auteur, 1920, p. 83.

[10] Cité in Keller-Dorian (G.), Antoine Coysevox (1640-1720), catalogue raisonné de son œuvre, tome 1, Paris, aux dépens de l’auteur, 1920, p. 83.

[11] Cité in Keller-Dorian (G.), Antoine Coysevox (1640-1720), catalogue raisonné de son œuvre, tome 1, Paris, aux dépens de l’auteur, 1920, p. 82-83.

[12] Cité in Keller-Dorian (G.), Antoine Coysevox (1640-1720), catalogue raisonné de son œuvre, tome 1, Paris, aux dépens de l’auteur, 1920, p. 82.

[13] Cité in Keller-Dorian (G.), Antoine Coysevox (1640-1720), catalogue raisonné de son œuvre, tome 1, Paris, aux dépens de l’auteur, 1920, p. 82.

[14] Archives Municipales de Nantes, BB 170, correspondance de M. Mellier, maire, avec l’intendant et divers hommes de loi et personnages, 1720-1743.

[15] Archives Municipales de Nantes,BB 70 (Registre), 1712-1715.

[16] Arrêts, ordonnances, règlements et délibérations expédiées sur les principales affaires de la ville et communauté de Nantes, pendant les deux premières années, commencées le 1er juillet 1720, de la Mairie de M. Mellier, général des finances en Bretagne, chevalier des ordres du roy, etc., maire et colonel de la milice bourgeoise, et président du bureau de santé de ladite ville Nantes, N. Verger, 1723-31, tome I, 1723..

[17] Exemplaire fait à l’aquarelle, pierre noire, encre, gouache conservé au musée de Bretagne à Rennes, Huguet (J.-F.), Inauguration de la statue de Louis XIV à Rennes, inv. D964.0001.1

[18] Bibliothèque de Rennes Métropole, ms 0310/2, pl. 7, Huguet (J.-F.), Statue équestre de Louis XIV.

[19] Lettre du maire de Nantes Mellier au maréchal d’Estrées gouverneur le 11 octobre 1720 : « je connais à

fond la disposition des esprits de Messieurs des Estats à l’égard des ouvrages publics », in Ramé (A.), Montaiglon (A. de), « Pièces relatives au transport à Nantes, à l’érection à Rennes, et à la destruction de la statue équestre consacrée à Louis XIV par les Etats de Bretagne (1680-1703) », in Archives de l’art français, V, 1857-58, p. 223-264 et p. 257).

[20] Sur le Gros Orloge, Noël de Fail (Saint-Erblon, 1520-Rennes, 7 juillet 1591) dit « j’oy cest grosse horloge de Rennes (car c’est une femelle, comme orrez) », in Du Fail (N.), Propos rustiques, Baliverneries, Contes et discours d'Eutrapel, édition annotée par Joseph-Marie Guichard, Paris, C. Gosselin, 1842, p. 256. Honoré François Marie Coulabin (Rennes, 2 juillet 1810 – 29 août 1898), explique dans son Dictionnaire des locutions populaires du bon pays de Rennes-en-Bretagne, Rennes, Hyacinthe Caillère, 1891, p. 194-195 : « Gros (Le). Nous autres Rennais, nous appelons ainsi notre horloge publique. – « Midi va sonner au gros. » - Nous disons : « Le gros est décoché », 1° lorsque le gros marteau signale un grand incendie ; 2° lorsque l’administration municipale sort en corps pour assister à une cérémonie officielle ; 3° enfin, lorsque nonobstant les lettres de convocation, il rappelle à nos édiles la séance du voir. Dans ce dernier cas, le peuple dit : « le gros est décoché, le Maire va changer de chemise. » - Horloge était encore masculin au XVIe siècle ; accompagné de l’adjectif gros, il est toujours masculin chez nous ».

[21] La Forest de Bourgon, Géographie historique, ou Description de l'univers, contenant la situation, l'étendue, les limites, la qualité, etc., de ses principales parties, avec l'établissement des empires... les hommes illustres, les batailles,... la généalogie... des empereurs, des rois... et l'origine de plusieurs maisons considérables de l'Europe, Paris, La Compagnie des libraires, 1705-1706, p. 85.

[22]Le Coq(R.), Le Parfait géographe, ou l'Art d'apprendre aisément la géographie et l'histoire, par demandes et par réponses, 2e édition, revue, corrigée et augmentée des moeurs, de la religion et du gouvernement de chaque nation, avec un Traité de la sphère, Paris, J. Debats, 1707, p. 68.

[23]Piganiol de La Force (J.-A.), Nouveau voyage de France, avec un itinéraire et des cartes faites exprès qui marquent exactement les routes qu'il faut suivre pour voyager dans toutes les provinces de ce royaume, Paris, T. Le Gras, 1740, p. III-IV.

[24]Feller (F. X. de) Dictionnaire historique, ou Histoire abrégée de tous les hommes qui se sont fait un nom par le génie, les talens, les vertus, les erreurs etc., depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours. Tome 5, Augsbourg, M. Rieger fils, 1781-1783, p. 399.

[25] M. l'abbé Pauvert, Vie du vénérable Louis-Marie Grignion de Montfort : missionnaire apostolique, fondateur des prêtres missionnaires de la Compagnie de Marie et de la Congrégation des Filles-de-la-Sagesse, Poitiers, Oudin frères, 1875, p. 634-635.

[26] Cantique contre la luxure in M. l'abbé Pauvert, Vie du vénérable Louis-Marie Grignion de Montfort : missionnaire apostolique, fondateur des prêtres missionnaires de la Compagnie de Marie et de la Congrégation des Filles-de-la-Sagesse, Poitiers, Oudin frères, 1875, p. 633-634.

« Les demoiselles vêtues

De leurs habits d’arlequins,

Se promènent dans les rues

Sur leurs petits brodequins.


Voyez leurs robes trainantes,

Leurs beaux linges transparents,

Leurs étoffes différentes

A trois et à quatre rangs.


Leur coiffure à triple étage,

Leurs beaux colliers enrichis,

Leur orgueilleux étalage,

Leurs cheveux noirs tous blanchis ;


Leur amadis, leurs guipures,

Leur frange d’or, leurs galons,

Et leurs autres garnitures,

Dont on ignore les noms.


Des filles de Babylone

Les hommes sont amoureux :

Chacun a son amazone,

Pour se rendre malheureux


Ils imitent ces sucrées

Dans le luxe des habits,

Dans leurs perruques poudrées,

Dans leurs étoffes de prix.


Leur habit change de mode

Plus souvent que tous les mois,

Et quoiqu’il soit incommode,

Ils doivent subir ces lois. »