Images et représentations

de la ville de Rennes

DESCRIPTIONS, PLANS ET CARTES

Rennes au 17ème siècle : magnifier et révéler une capitale

Outre des plans, l’iconographie de Rennes au 17ème siècle relève de deux types de documents : la vue scénographique ou cavalière dite encore à vol d'oiseau et la vue panoramique dite aussi de profil. Dans le premier cas, le regard forme un angle de 45° environ avec la ville, à partir d’un point d'observation idéal. Dans le second, la ville est perçue à distance comme par un voyageur qui la découvre et se situe approximativement sur le même plan qu'elle.

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Chmura Sophie, "Images et représentations de la ville de Rennes DESCRIPTIONS, PLANS ET CARTES. Rennes au 17ème siècle : magnifier et révéler une capitale", Images, représentations et patrimoine de Rennes, mis en ligne le 30 octobre 2017, http://patrimoine2rennes.monsite-orange.fr, consulté le .

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Vues cavalières de « RENNES, ville capitale de Bretagne et siège du parlement »

La vue cavalière n’est pas un simple plan car les constructions y sont dessinées en élévation L'intérêt de cette technique est de représenter l'ensemble urbain, avec ses remparts, ses rues, ses espaces bâtis symbolisés par des rangées de maisons et ses principaux édifices. L’auteur saisit tous les détails de la ville qu’il reproduit et donne l’illusion d’une vision globale qu’il n’a pu atteindre sans user d’artifices [1]. Par son caractère concret, la vue cavalière livre comme au 16ème siècle un « pourtraict » de la ville ou plus exactement un « vif pourtrait », le « vray pourtraict » [2], car la ville y figure dans sa totalité à partir d’observations directes.

Une des plus anciennes vues cavalières de Rennes accompagne l’Histoire de Bretagne de Bertrand d’Argentré, texte qui offre une description physique de la ville :

« RENNES

Antiquité de Rennes.

La premiere principale & capitale du pays, est la ville & Evesché de Rennes, laquelle Caesar & Ptolomée appellent, ou plustoit le pays & quartier du nom de Rhedones, & Antonin la nomme Rhedonnum ; ville certainement tres-ancienne, & autant que nulle autre des Gaules. […] Ptolomée appelle la ville des Rennois, Condate […]

Rennes jadis nommé Rubra.

Il s’est porté un bruit depuis long-temps sans autheur certain de main en main, que la ville de Rennes, s’appelloit au temps passé Rubra. Mais je n’en ay veu par escrit nul suffisant tesmaoignage, fors quelques vers vulgaires, si est ce un fort vieil bruit.

Quelques uns prennent occasion de ce nom de Rubra pour avoir ceu que anciennement elle fut murée de Brique rouge, comme encore en reste il quelque petite part de l’ancienne cité.

Circuit de la ville de Rennes.

Cette ville est la plus grande d’estendüe & habitation que nulle autre de Bretagne, contenant de circuit par sus ses murs trois mil quatre cens cinquante marches, contenant chacune deux pieds & demy. Elle est fort peuplée, & tres-ancienne, estant conneuë & renommée dés le temps de Jules Cesar, qui y envoya en garnison Crassus le Ieune, & du jourd’huy est siegé du Parlement de toute la Province0, lequel fut erigé en l’an mil cinq cens cinquante & un, ayant esté toujours fidele & obeïssante à ses Princes […]

Description & assiette de Rennes.

Cette ville est de tous hommes de guerre jugée forte, & en tres-bonne assiette, pour estre bien deffenduë, ayant fortes murailles, rampart, & grosses tours, avec les fossez grands & profonds, ensorte que pour le regard d’iceux, il y a peu de villes en France qui la Secondent. Et si les desseins de la Princesse Anne eussent sotty selon son intention, & n’aussent este rompus par les guerres & autres accidens, elle seroit du jourd’huy imprenable par les plus grands Roys : Sa situation est presque en planure, toutefois un peu pendante, estant arrousée de deux rivieres, à scavoir Villaine, qui la ceint & enbrasse d’un costé, & celle de l’Isle, qui vient se joindre au dessous de la ville, & se rendre dedans Villaine pour se descharger en la mer, prenant celle-cy sa source au pays du Maine, ayant esté de nostre temps au moyen de quelques escluses, rendüe navigable. »[3]

Cet extrait est tiré de la quatrième édition de l’Histoire de Bretagne par Vatar et Ferré datée de 1668[4]. En 1580, les États de Bretagne avait mandaté Bertrand d’Argentré (Vitré, 19 mai 1519 – château de Tizé à Thorigné, 13 février 1590), « Conseiller du Roy, & président au siège de Rennes »[5], pour écrire une synthèse de l’histoire de la Bretagne ancienne et moderne mise en parallèle avec celle du royaume de France. D’Argentré tenta de publier son « histoire de Bretagne des Roys, Ducs, Comtes, et Princes d’icelle. L’établissement du Royaume, mutation de ce titre en Duché, continué jusqu’au temps de Madame Anne derniere Duchesse, & depuis Reyne de France, par le mariage de laquelle passa le Duché en la Maison de France »[6] en 1583[7], mais son texte est censuré jusqu’en 1588[8], date à laquelle une version revue et corrigée, voire profondément remaniée et en partie réécrite, est publiée par le libraire Jacques Du Puys (15..-1589 ?). L’ouvrage, qui est le premier en Bretagne à porter le nom d’« histoire » afin de rompre avec le travail des chroniqueurs, « marque une date importante dans l’histoire de l’historiographie bretonne et celle de l’écriture historique en général »[9]. En 1618, Charles d’Argentré (Rennes, 4 juin 1560- 17 septembre 1625), huitième enfant de Bertrand d’Argentré, Sieur de la Boissière, Conseiller puis Président au Parlement de Bretagne, revoie et fait imprimer à Paris chez Nicolas Buon la troisième édition de l’Histoire de Bretagne[10]. Entre les pages 38 et 39, le lecteur découvre une vue cavalière de Rennes datée de 1616 signée « G. Closche fecit ».

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Dessin d'après un plan conservé au Musée de Bretagne à Rennes, Numéro d'inventaire : 2016.0000.3293. Lien vers le portail documentaire du musée de Bretagne et de l'écomusée du pays de Rennes.

Cette vue connue sous le nom de « Plan d’Argentré », est d’une exactitude approximative. Elle montre comme le plan chorographique de 1543, une ville close encore médiévale. La cathédrale, les églises et la Tour de l’horloge se remarquent toujours par leur élévation. Les faubourgs hors les murs sont quasi absents, le cartographe réduisant la ville à son espace enclos de murailles. Entre 1421 et 1448, l’enceinte de la vieille Cité de Rennes avait été agrandie pour ceinturer la Ville Neuve, quartier du faubourg Est jusqu’à la maison abbatiale Saint-Georges. Autour de la cathédrale, située dans la Vieille Cité, dans un lacis de rues étroites, s’identifient des résidences aristocratiques et des hôtels particuliers de marchands. Les édifices économiques et attachés au pouvoir, comme la Garde-robe, la Monnaie, la cohue, sont tous situés dans cette partie de la ville. La muraille Est de la première enceinte a disparu, à l’exception de la Tour Jacquet qui supporte la Tour de l’horloge. Le quartier de la Ville Neuve est occupé par des demeures d’artisans aisés et des communautés religieuses. Le dessin oppose clairement la Ville Haute située au Nord de la Vilaine à la Ville Basse située au sud. La Ville Basse est reliée à la Ville Haute par deux ponts. Entre 1449 et 1476, le quartier sud de la ville a été protégé par une enceinte et va prendre le nom de Ville Nouvelle. Alors qu’au nord, les places ont une taille exagérée, la Ville Nouvelle n’en présente pas et n’a aucune fontaine. Une grande partie de ce territoire est marécageux et renferme l’habitat lâche d’artisans pauvres. À l’Est de ce quartier, les congrégations religieuses ont une emprise foncière importante.

Le plan d’Argentré s’inscrit dans la tradition chorographique tout en amenant des éléments des plans géométraux qui vont se développer au 18ème siècle. Encore empreint de subjectivité, cette vue cavalière de la ville montre moins la cité dans sa dimension symbolique que la ville physique.

En 1894, le publiciste Léon Vignols (Cambrai, 18 février 1859 – Paramé, 8 février 1937), membre de la Société archéologique d’Ille-et-Vilaine, signale dans son inventaire des cartes et plans anciens pour les époques antérieures à 1790 conservés aux archives d’Ille-et-Vilaine, au Musée archéologique et dans la bibliothèque de M. de Palys, qu’il existe un exemplaire colorié à la main (conservé aujourd’hui au Musée de Bretagne à Rennes) de cette vue cavalière de Rennes et que « les exemplaires non coloriés sont peu communs et très coûteux, [les] libraires contemporains les ayant toujours, dans un but de spéculation aisé à comprendre, enlevé de l’"Histoire de Bretagne" de d’Argentré »[11].

En 1594, Maurice Bouguereau, libraire tourangeau, et Gabriel Tavernier, graveur, topographe et architecte flamand (Anvers, 1520?-Paris, 1619), publient un atlas des cartes de provinces de France sous le titre de Théâtre françois où sont comprises les chartes générales et particulières de la France, à chacune desquelles avons adjousté l'origine de la province de leur antiquité et choses remarquables enrichi et orné sur chacune charte d'excellents vers héroïques. En 1576, Tavernier, qui avait fui Anvers pour Paris, trouve un logement à l’enseigne de la Samaritaine rue Saint-Jacques chez Jacques Du Puys, libraire qui avait édité l’Histoire de Bretagne d’Argentré en 1583 et 1588.Pour le Théâtre françois, Bouguereau fait faire des copies par Tavernier de plusieurs cartes dont la carte de Bretagne d'Argentré publiée par Jacques Du Puys. Quand en 1618, Nicolas Buon publie une troisième édition de l'Histoire de Bretaigne,il utilise la carte de Tavernier et Bouguereau. En 1619, Jean Le Clerc réutilise également la plaque gravée par Tavernier dans son Théâtre géographique du royaume de France contenant les cartes et dispositions particulières des Provinces d'iceluy. Entre 1632 et 1641, le maître enlumineur Jean Boisseau rachète les plaques de Tavernier et Bouguereau à la veuve de Le Clerc et les utilisent pour son Théâtre géographique du royaume de France et son Théâtre des Gaules. Il édite la carte de Bretagne sous le titre de Païs armorique ou description de la haute et basse Bretagne.

En 1644, Boisseau fait gravé une vue cavalière de Rennes titrée Rennes Ville Episcopalle Siège du Parlement et Capitalle du Duché de Bretagne. Couramment conservée à l’état isolé, cette vue appartient en vérité à un atlas très rare, publié vers 1648, connu sous le nom de Théatre des Citez, ou Recueil de plusieurs villes, dont les noms suivent par ordre alphabetique Selon qu'ils sont contenuës en ce present volume, titre suivi de la table des villes sur cinq colonnes, à savoir : « Aix, Amiens, Amsterdam, Anvers, Barcelone, Basle, Bourdeaux, Bourges, Bruxelles, Callais, Casal, Cambray, Chaalons, Chartres, Chambery, Constantinople, Coulongne, Cracovie, Dijon, Dunkerque, Florence, Genes, Genesve, Grenoble, Hafnie ou Coppenhagen, Hambourg, Ierusalem, Lyon, Lisbonne, Londres, Marseille, Metz, Malte ou Valette, Nancy, Nantes, Naples, Nevers, Orleans, Paris, Perpignan, Portolongone, Prague, Reims, Renes, Rome, Rouen, Sens, Seville, Strasbourg, Stocolme, Toulouse, Tours, Venise, Vienne en Austriche, Vienne en Dauphiné »[12]. La plupart des planches de cet atlas aurait été gravée par Hugues Picart (1587-1664). La vue de Rennes rappelle le plan d’Argentré, montrant la ville dans son enceinte avec ses rues principales, ses places et ses édifices dont les proportions sont assez mal respectées. L’observateur a le sentiment d’être placé en hauteur, au sud de la ville, de façon à embrasser la totalité de la ville. L’auteur a eu la volonté de faire une représentation générale de la ville et de ses qualités, mettant également en valeur les richesses agricoles de ses alentours, même s’ils ne sont pas humanisés car il n’y a aucun personnage et la densité de l’habitat des faubourgs n’est pas montrée.

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Dessins d'après une vue cavalière de Boisseau obtenue avec deux plaques, collection particulière.  

Après 1655, une copie, avec les armoiries de la ville et du roi Louis XIV, ainsi qu’une petite carte du gouvernement de Rennes, est exécutée par Gérard Jollain ou par son fils François, membre d’une famille de graveurs, libraires marchands d’estampes et de cartes[13]. La scène est animée de six personnages et accompagnée d'une description géographique et historique de neuf lignes en français et en latin.

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Dessin à partir de la vue cavalière de Jollain photographiée par Auguste Lecouturier et publiée dans le Vieux Rennes de Paul Banéat. Le cliché original est conservé au Musée de Bretagne à Rennes.

La perspective cavalière va progressivement être abandonnée étant de plus en plus réservée aux vues pittoresques, c’est-à-dire aux vues qui magnifient la ville.

Loïc Jollain

Carte postale de la vue cavalière de Jollain éditée par Pierre Mesny vers 1950, à partir d'un cliché d'Auguste Lecouturier déjà utilisé par Henri Laurent dans sa série sur le Vieux Rennes (collection de cartes postales Laurent-Nel). Collection particulière.

En 1845, Landais et Oberthür impriment en fac-similé le plan d’Argentré et le « Plan de la vieille ville ou cité, ville neuve et nouvelle ville de Rennes, capitale de Bretagne », daté de 1685, connu comme le « plan Hévin » du nom de l’avocat et jurisconsulte Pierre Hévin (Rennes, 30 novembre 1623 – 15 novembre 1692), pour l’Histoire de Rennes de Dominique Maillet[14] (Poitiers, 28 novembre 1776 – Rennes, 6 avril 1848), professeur, bibliothécaire de Rennes, correspondant du Ministre de l’instruction publique pour les travaux historiques et Émile René Marie Ducrest de Villeneuve (Janzé, 20 juin 1795 – Rennes, 5 septembre 1867), garde magasin du timbre, membre correspondant de la société royale académique de Nantes[15]. D’après la légende d’une reproduction de 1786 du plan Hévin conservée au département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France[16], le « Plan de la vieille ville ou cité, ville neuve et nouvelle ville de Rennes, capitale de Bretagne » était considéré et connu comme le plus ancien de la ville de Rennes au 18ème siècle.


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Plan et profil d’une des principales villes de France

Or il existe un autre plan de Rennes antérieur au plan Hévin, attribué à Christophe Tassin (Dijon, 16 ?? -1660), géographe ordinaire du roi et publié dans un atlas contenant Les plans et profils de toutes les principales villes et lieux considérables de France[17], œuvre de vulgarisation à l’usage des voyageurs et des militaires. Cet atlas est composé de 17 chapitres répartis en deux parties qui correspondent au nord et au sud du pays. Son découpage est le suivant : Première partie : 1. Picardie, 2. Bretagne, 3. Champagne, 4. Normandie, 5. Ile-de-France, 6. Lorraine, 7. Brie. Seconde partie : 1. Bourgogne, 2. Dauphiné, 3. Provence, 4. Principauté d'Orange et Comtat Venaissin, 5. Languedoc, 6. Foix et Béarn, 7. Guyenne, 8. Poitou, 9. Pays de Loire, 10. Beauce. L’atlas comprend des cartes de provinces et de gouvernements ainsi que des plans et des vues de villes, mais Tassin n'a certainement pas dressé lui-même l'ensemble des planches, il a utilisé ses compétences à rassembler les documents existants, les a améliorés et les a complétés. Les plans et les profils de Tassin tirent leur substance de documents datant du siècle précédent comme les cartes de l’atlas de Bouguereau[18], mais également des cartes manuscrites élaborées pendant le règne d’Henri IV par les ingénieurs de fortifications ou les maîtres des logis[19], ainsi que des travaux effectués au début du 17ème siècle par les ingénieurs du Roi[20] : c’est pourquoi les villes y sont montrées du point de vue de leur défense et que les planches s'attachent, dans les plans, à montrer les fortifications.

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Dessin d'après l'ouvrage conservé à la Bibliothèque nationale de France, département Arsenal, 4-H-2358.

La première parution de l'ouvrage de Tassin s’est faite en édition partagée entre les marchands libraires Melchior Tavernier (Anvers, 1594 – Paris, 1665), Martin Gobert (15 ?-164 ?), Sébastien Cramoisy (avant 1585 – Paris, 1669) et Michael van Lochom (Anvers 1601-1647) en 1634. Il existe des exemplaires sans nom d'éditeur, qui auraient été vendus par Tassin lui-même. L'atlas fait l’objet de rééditions en 1636 par Tavernier, Jean Messager (1580 - Paris, décembre 1680), Cramoisy et van Lochom, puis en 1638 par van Lochom, Tavernier et Cramoisy. En 1644, les cuivres gravées sont utilisés par Antoine de Fer (16 ? -1673) et Nicolas Berey (1640 - Paris, 1667). La comparaison des différents exemplaires connus de l’atlas permet de déceler des variantes pour certaines planches, en particulier les vues de profil des villes, dont les cuivres ont certainement été refaits. Dans la vue de profil de Rennes, la ville n'occupe qu'un faible espace comme si la représentation de son environnement était un élément indispensable à sa mise en scène. La campagne environnant la ville est traitée de façon plus réaliste que sur les vues cavalières connues, mais le dessinateur, ou le graveur, a certainement embelli son modèle en l'enchâssant dans un véritable écrin d’arbres.

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Comme le plan de 1616, le plan de Tassin donne une image unifiée de la ville close. La vision de la ville est centrée sur l’intra-muros, l’auteur négligeant les faubourgs et les alentours. Malgré leur démantèlement progressif à partir de 1609, les remparts définissent toujours par leur présence la ville, même si l’enceinte fortifiée apparaît comme une contrainte au développement urbain. Remarquons que la légende du plan Hévin précise qu’un certain nombre des terrains afféagés hors les murs n’ont pas encore trouvé d’acquéreurs à la fin du siècle[21]. D’autre part, le plan de Tassin montre que la vieille cité est toujours le cœur de Rennes, mais le dessin du Palais du Parlement, dont l’édification a commencé en 1615, érige la Ville Neuve comme centre politique. Les édifices religieux, comme au siècle précédent sont des éléments forts de la cohésion de l’espace. Que ce soit dans la vue d’Argentré, le plan Tassin ou le plan Hévin, les édifices religieux et les pôles d’échanges économiques et sociaux sont des éléments de cohésion de l’espace. Au nord de la ville, églises, couvents, hôpitaux, places-carrefours, places de marchés sont l’armature stable qui structure les faubourgs, alors qu’au sud, leur absence fragilise les environs. Le plan Hévin est le premier à offrir des détails précis de l’entrée des faubourgs comme si la cité était plus ouverte sur ses alentours.

Discours sur la ville de Rennes tiré de Tassin (C.), Plans et profilz des principales villes et lieux considérables de France, ensemble les cartes générales de chascune province et les particulières de chasque gouvernement d'icelles, mis au jour par le Sr Tassin, Paris, chez Vanlochon, 1638, p. 25-26 :

« La ville de Rennes capitale de la Bretagne, est située sur le fleuve de Villaine, & nommée par Cesar Rhedones : l’autheur de sa fondation nous estant incognu, nous remarquerons seulement osn antiquité, qu’elle a demeuré long temps en la domination des Empereurs, & jusques à Maxime, sous lequel Conan (son lieutenant) ayant osté cette contrée Armorique aux Romains, s’en fit Roy, & establit le siege de son Royaume en ceste ville, laquelle depuis fut saccagée & pillée par les Bretons d’outre-mer, qui estoient venus en Gaule sous le regne de Childeric ; Et apres estant restaurée, & ce Royaume reduit en Duché, elle fut la demeure des Ducs, & le lieu de leur creation, puis ce Pays reüny à la Couronne, y fut estably un Parlement l’an 1511. C’est un ancien Eveché dependant de l’Archeveché de Tours. Il est difficile de dire veritablement qui a esté son premier Evesque : mais l’an 300, de nostre salut y avoit un Mederanus Eveque, & l’an 440 Artemus. Sa situation au regard du Ciel est en longitude 20d. 49m. Sa latitude 48d. 13m. »

La vue de profil de Tassin, même si elle sert de modèle à celle de Caspar Merian (1627-1686)[22] pour l’ouvrage Topographia Galliae, oder Beschreibung und Contrafaitung der vornehmsten, unnd bekantisten Oerter, in dem mächtigen und grossen Kônigreich Franckreich[23], n’est pas aussi réaliste que celle d’Ange-Étienne Martel, plus connu sous le nom d’Étienne Martellange (Lyon, 22 décembre 1568 – Paris, 3 octobre 1641), coadjuteur temporel et architecte de la compagnie des Jésuites qui a signé Aspet de la Ville de Renes de bretaigne : Veüe de la Ville de Rennes en Bretagne, le 24 d'Août 1624. Le comte de Caylus (1692-1765)[24] dans le tome 3 de son Recueil d’antiquités égyptiennes, étrusques, grecques, romaines et gauloises publié en sept volumes entre 1752 et 1767 explique que « M. le duc de Chaulnes a bien voulu me confier deux grands volumes in-folio, qu’il conserve dans son cabinet, & qui sont remplis des desseins que le père Martel-Ange a faits d’après nature, dans les différents endroits de la France, où ses affaires l’ont conduit. Ce frère Jésuite, célèbre par le bâtiment du noviciat de Paris, est fidèle dans ses desseins ; ils ne sont pas de mauvais goût ; mais ce qu’ils ont de plus intéressant, c’est qu’ils ont été faits dans le commencement du dernier siècle (le XVIIe). L’accroissement et la différence que l’on remarque, dans quelques-unes des grandes villes dont il a dessiné les vues, présente un objet d’étonnement et de curiosité »[25].

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Dessin d'après le dessin à la mine de plomb et à la plume de Martellange, conservé à la Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE UB-9-BOITE FT 4.

La Bibliothèque Nationale de France possède un ensemble de 175 dessins de Martellange représentant des plans, des vues d'architecture et de villes. Ces croquis et ces dessins donnent une bonne idée de ce à quoi ressemblaient les villes et les monuments français au début du 17ème siècle. Etienne Martellange a voyagé à travers toute la France et suivit environ vingt-cinq chantiers de construction ou de reconstruction menés par la Compagnie de Jésus, chantiers qui concernaient le réaménagement des collèges jésuites et l’édification de nouveaux ensembles. À Rennes, Martellange a supervisé l’édification de la chapelle du collège Saint-Thomas, actuelle église de Toussaints. D’après l’historien de l’art Henri Bouchot (Beure, 26 septembre 1849 – Paris, 10 octobre 1906), « le collège de Rennes faisait partie de la province de Paris. Martellange y vint en 1624, car le 24 août il esquisse la ville à la hâte. « Aspect de la Ville de Rennes en Bretagne, 24 augusti 1624 » (Ub 9, fol. 19). Il fait au même moment un plan : Ichnographia collegii Redonensis societatis Jesu 1624 (Hd 4 b, fol. 181). Occupé comme il l’était à cette époque, Martellange n’allait point à Rennes, comme il n’allait point à la Flèche, pour une promenade. Nous ne croyons pas toutefois qu’il ait bâti l’église du collège. Il y a dans le recueil Hd 4 b, fol. 180, deux plans de cet édifice d’une autre main. Mais il dut y venir pour régler certaines difficultés et jeter un coup d’œil sur les travaux en cours. Il y retourne d’ailleurs, car durant l’année 1626, on le trouve à Ploermel, dont il dessine une vue dans son album de voyage (Ub 9, fol. 20). »[26]


Souci d'exactitude d'un itinéraire de voyage et d'une satire galante

Le 17ème siècle est marqué par l’essor des voyages. Dès les années 1650, écrire son itinéraire de voyage ou récit de voyage, est en vogue. Certains libraires, comme Claude Barbin (vers 1628 – 24 décembre 1698) à Paris, s’en font d’ailleurs une spécialité[27]. Mais tous les manuscrits ne sont pas imprimés et il faut attendre le tournant du 20ème siècle, pour que Léon Maître (1840-1926) et Paul de Berthou (1859-1933), archivistes, publient, avec le soutien de la Société des bibliophiles bretons[28], la retranscription de l’Itinéraire de Bretagne de Dubuisson Aubenay, en 1636[29].

C’est durant les dernières années de sa vie que François Nicolas Baudot seigneur Du Buisson et d’Ambenay, dit Dubuisson-Aubenay (Ambenay, vers 1590 – Paris, 1er octobre 1652), met en ordre et recopie les notes qu’il avait prises lors d’un voyage en Bretagne. Dubuisson-Aubenay était « un normand lettré qui a passé à courir le monde, tantôt dans les fonctions de diplomate, tantôt comme officier attaché aux armées des maréchaux de Schomberg et de Thoiras. Lorsqu’il fit son principal voyage de Bretagne, il était gentilhomme d’escorte de Jean d’Etampes-Valençay, commissaire du Roi aux États de Bretagne qui devaient se réunir à Nantes en 1636 ; il entra dans la province par Candé, visita Rennes et les principales villes, comme Saint-Brieuc, Vannes et Quimper, s’arrêta assez longtemps à Port-Louis pour examiner les travaux du fort en construction et termina sa tournée par Nantes où il demeura au moins six semaines »[30]. Son compte-rendu est rempli de notes variées sur « les moindres particularités dont se glorifiait autrefois chaque cité »[31] et les traditions locales.

Dubuisson-Aubenay aurait séjourné à Rennes du 22 août au 14 septembre 1636[32]. Outre la description de la physionomie de la ville, il commente les origines des établissements religieux, fait des biographies et dépeint les mœurs des habitants. Il cite le texte d’Argentré sur les fortifications, description qu’il semble trouver trop flatteuse ou ne correspondant déjà plus à la réalité de son temps puisqu’il écrit : « Belle, belle, o bone vir, sed nunc non est vere » / TRADUCTION « Très bien, très bien, Monsieur, mais ce n’est pas vrai maintenant », concluant sur la médiocrité du parcours. Dès l’édition du manuscrit par la Société des bibliophiles bretons, les commentateurs ne retiennent que les lignes les plus critiques sur la ville et ses habitants. Ainsi, l’imaginaire rattaché à la ville du 17ème siècle et à ses habitants dans les études historiques est négatif, à savoir que : « la plus menue populace sont les artisans de toutes sortes, épars par toute la ville, mais principalement abondants et presque tous en la basse ville, au-delà de la rivière et du côté de sa rive gauche. On appelle ces sortes de gens les gars de Rhennes et sont la plupart ivrognes et séditieux […] La ville est peu belle. Le pavé est comme celui de Vienne, en Autriche, fort petit et pointu, les rues étroites, les maisons s’élargissant par la haut, en sorte qu’en beaucoup de lieux, elles se touchent presque l’une l’autre et à peine le jour entre-t-il dans les rues, car les seconds étages s’avancent en dehors sur les premiers, les troisièmes sur les deuxièmes et ainsi toujours se vont estrécissant. Par dedans, elles sont mal ordonnées, les chambres et quartiers mal disposés. En la plupart des logis, il faut passer par la salle ou la cuisine pour aller à l’écurie ou estable. C’est comme au reste de la Bretagne, les bestiaux passent par même passage que les hommes et peu s’en faut qu’ils ne logent ensemble. Et comme les logis sont partie de pierre ardoisine et principalement de bois, les rats et les souris y sont en plus grand nombre que j’aie jamais vu en aucun autre lieu. Leur meuble est à l’avenant ; leurs lits sont fort courts et fort aults de terre, leurs tables aultes et les sièges d’autour fort bas. Les puces et les punaises n’y manquent pas »[33]. Seul les hôtels particuliers construits en pierres trouvent grâce aux yeux de Dubuisson-Aubenay qui précise qu’ « il y a néanmoins quelques belles maisons en la ville par cy par là, qui sont basties de neuf, comme celle du Président de Brye Lousel, non loin derrière St-Pierre ; une autre devant St Pierre et au coin de la porte Mordelaise, vers la maison de Ville »[34]. Le commentaire de Dubuisson-Aubenay sur l’architecture et la physionomie urbaine de Rennes est en phase avec les attentes de son temps en matière de tracé et d’aspect esthétique des rues : depuis le 16ème siècle, le plan d’aménagement des rues se définit non seulement en fonction de critères fonctionnels, mais aussi en fonction de l’aspect esthétique qui se manifeste dans la recherche de perspectives mettant en valeur les édifices monumentaux. D’autre part, la pierre est le seul matériau noble des projets d’embellissement. Or, Rennes est toujours médiévale, le tracé de ses rues est encore déterminé par deux facteurs clés qui sont les fortifications et les marchés situés à proximité des voies de communications pour des raisons essentiellement dictées par un souci d’efficacité et d’accessibilité économique. L’habitat rennais est essentiellement à pans-de-bois, les hôtels particuliers en pierre, insérés dans le tissu urbain moyenâgeux sont peu nombreux. Depuis plus d’un siècle, des prescriptions royales (1508, 1554, 1560, 1564, 1587) sont émises pour ordonner la destruction de saillies des encorbellements pour la décoration des villes, la salubrité des habitants, mais surtout pour tenir les rues nettes, claires et aisées. Mais ces déclarations sont restées lettre morte. Les délais accordés à Paris et dans maintes autres villes du pays obligent Henri IV à renouveler ces prescriptions en 1595 et 1600, puis le 18 août 1607 dans une ordonnance connue sous le nom d’ordonnance Sully, qui invite à aligner les rues et interdit non seulement les encorbellements mais surtout la construction des rez-de-chaussée des maisons en bois. L’ordonnance, qui donnent également quelques règles de propreté publique, précise : « Voulons aussi et nous plaist que lorsque les rues et chemins seront encombrez ou incombrez, nostre dit grand-voyer ou ses commis enjoignent aux particuliers de faire oster lesdits empeschements […] Défendons à nostre dit grand-voyer ou ses commis de permettre qu'il soit fait aucunes saillies, avances et pands de bois, aux bâtiments neufs, et même à ceux où il y en a à présent de contraindre les réédifier, n'y faire ouvrage qui les puisse conforter, conserver et soutenir, n'y faire aucun encorbellement en avance, pour porter aucun mur, pands de bois ou autre chose en saillie et porter à faux sur les dites rues : ainsi faire le tout continuer à plomb, depuis le rez-de-chaussée tout contremont et pourvueoir à ce que les rues s'embellissent et élargissent au mieux que faire se pourra et en baillant par luy les alignements redressera les murs où il y aura ply ou coude […] Comme aussi nous deffondons à tous nos dits sujets de la dite ville, fauxbourgs, prévosté et vicomté de Paris, et autres villes de ce royaume, faire aucun édifice, pan de mur, jambes estriers, encoigneures, caves ni caval, forme ronde en saillie, sièges, barrières, contre-fenestres, huis de caves, bornes, pas , marches, sièges, montoirs à cheval, auvents, enseignes establies, cages de menuiserie, châssis à verre et autres avances sur ladite voyrie, sans le congé et allignement de nostre dit grand voyer ou des dits commis […] pareillement avons deffendu et deffendons à tous nosdits sujets de jeter dans les rues eaues ny ordures par les fenestres, de jour ny de nuit, faire préaux ni aucuns jardins en saillies, aux hautes fenestres, ny pareillement tenir siens, terreaux, boix, nu autres choses dans les rues et voyes publiques plus de vingt-quatre heures, et encore sans incommoder les passants »[35]. Quand Dubuisson-Aubenay séjourne à Rennes, le bois n’est pas abandonné comme matériau de construction, même si les encorbellements disparaissent des nouvelles élévations, et les mauvaises habitudes rennaises en matière de propreté sont encore plus fortes que toutes les directives de voiries.

Dubuisson-Aubenay (F.), Itinéraire de Bretagne en 1636, d'après le manuscrit original, Tome 1, avec notes et éclaircissements par Léon Maître et Paul de Berthou, Nantes, Société des bibliophiles bretons, 1898-1902, p. 9-22 :

« Rhennes

En Bas-breton Rhedon


Ville capitale de toute la Bretagne, à 24 lieues d'Angers qui est Juliomagus ; à cause de quoy on peut estimer que Rhennes soit Condate Rhedonum de Ptolémée, ou Condate simplement de la table de Peutinger, le surnom de Rhedones estant passé et à elle appliqué pour nom propre, au lieu de celuy de Condate, ainsy qu'il est arrivé presque à toutes les autres villes capitales des provinces des Gaules. « Rhedonum Civitas, metropolis Britannia », Rodulpho Glabro, qui vivoit l’an 1030, ce dit Argentré, adjoustant faussement que Antonun l’appelle « Rhedonum ». En la vie de St Melaine, à la fin du nouveau Missel de Vannes, parlant de luy « Recepit sein ecclisiant quam in loco cui nomen Placio contruxerat… Corpus ejus nivigio impositum ; inde adverso flumine Rhedonas deducunt ». Et que le nom premier et ancien de Condate ou Condatum luy convienne ou ait convenu, il est assez apparent, parce qu'elle est située un peu au dessus du confluent de deux rivières, d'Ile et Villaine, comme Candey au dessus du confluent de Mandie en Ardre, et un peu plus éloignement, à scavoir de la portée du canon.

La taille douce de la ville de Rhennes et sa description est dans la 3e édition d'Argentré, de l'an 1618, au chapitre de la ville de Rhennes, L. I. 10. Viglaine Argentrao, qui dicit nasci au pays de Mayne, passer prez les murailles de Vitré et de là à Rhennes par deux bras, l'un traversant la basse ville, et l'autre ès douves ou fossés, mouillant la muraille. C'est du costé austral ; mais il faut donc qu'elle s'arreste dans ledit fossé. De là, par Rhedon, Roche Bernard et Vieille Roche, s'embouche en mer et fait le port dit de Ptolémée Vidiana ou Vindana. Villaine, qui vient donc de devers Vitrey et que l'on passe à Chasteaubourg, puis à Noyal, en venant de là à Rhennes, passe tout à travers la ville, y entrant du costé d'Orient, par dessous la muraille, par trois arches dites les arches de St Georges, fournies de leurs grillees ou pales. Et ayant passé sous le pont St Germain, garni de deux vieilles tours de pierre, et suivi le trait des autres tours et murailles de l'ancienne ville, dont il y a force restes, passe sous le Pont Neuf de pierre de grain, à 4 arches ; et de là va passer sous deux autres ponts : le plus petit et à gauche, pont de Gabie, et le plus grand, sur le canal droit, dit le pont de la Poissonnerie, et arroser la tour dite d'Appigné et faire moudre des moulins. Jusques icy ladite rivière fait le circuit antique de la ville planté sur sa rive droite et finissant vis à vis et à l'endroit de l’hospital St Yves, et aussy tost sort de la ville, par dessous la muraille, par trois arches dites les arches de St Yves; puis à une canonnade au dessous, coulant dans la prairie, vient à recevoir une autre rivière, dite la rivière d'Ile ou d'Isle, qui sourdant ès estang d'Oué et de l'abbaye S' Sulpice, et à 4 lieues au dessus de Rhcnnes, passe à travers le chemin de Dinan, au dessous du fauxbourg et paroice et par dessous le pont S' Martin. Puis arrivant le long de la muraille et de St Estienne, au bout du fauxbourg dit le Bourg l'Evesque, pour relever de la jurisdiction de l'Evesque et chapitre de Rhennes, se sépare en deux bras, et passe ainsy sous deux ponts, chacun de 4 ou 5 piles de pierre couvertes d'ais, et embrasse encore une isle verte (à cause de quoy on pourroit l'avoir appellée rivière d'Isle); puis se rejoint et, au bout d'une mousquetade, conflue et se perd dans la Villaine à une pointe de prairie - comme est la Pointe ainsy appellée, à deux lieues au dessous d'Angers, et qui est une langue ou pointe de prairie entre les rivières de Mayne et de Loire et sur leur confluent dite la Cotte du Bois Bourbon, droit au-dessous du prieuré de S' Cyr et de la perrière qui a donné le nom au fauxbourg dit de la Perrière, qui commence à l'autre bout desdits ponts de la rivière d'Isle, vers ledit prieuré de S' Cyr. De la perrière de Rhennes on monte par eau la pierre pour bastir. C'est pierre froide et mauvaise, tirant à l'ardoisine. Ils ont de la pierre de grain ou grais, luisant de petites papillotes diamantées, et au reste blanc tacheté de gris obscur, qui est comme le granito ou pierre syénitide dont l'obélisque de St-Jean-de-Latran et celuy de la place del populo sont. En ce confluent la rivière de Villaine est fort profonde et de plus d'une pique. Elle porte bateaus de 40 pipes (quand c'est saison qu'il y ait de l'eau) jusque là, voire jusque dans la ville de Rhennes et maisme par de là, une canonnade au dessus, jusques aus moulins de St Hélier. L'ancien circuit de la ville de Rhennes estoit par où passe à présent la rivière, et sont les vieux restes de muraille encor paroissants, comme j'ay dit ailleurs. On accrut la ville comme elle est à présent, 1421, et furent achevées les murailles de la ville, comme elles sont à présent, par Messire Henry de Villeblanche, capitaine de la ville, l’an 1444. - Argentré. - Voilà quant à la rivière de Rhennes et à son circuit ancien ou plus tost de temps mitoyen, c'est à dire du temps des ducs et comtes de Bretagne ; car il y en a encor un plus ancien et d'ouvrage romain, reticulata forma qui prend depuis l’hospital S' Yves, assez loin de la rive de Villaine, et entre le cœmetiere dudit hospital et la chapelle S' Denys, au coing de devant laquelle cest ouvrage
se joint à la muraille nouvelle, à une tenaille ou encoigneure, - ou jadis étoit la porte S' Denys et où de présent est encor une poterne murée vis à vis de la chapelle S' Denys - où ledit ouvrage romain paroist en briques très larges et tenues, et en une toise environ de murailles à très grandes et énormes pierres de taille sans cyment. Puis un peu plus aut, entre ce coin et la porte Mordelaise, entre les tours qui sont d'ouvrage de deux à trois cens ans seulement, il se trouve dans les courtines plusieurs toises et pans de cette muraille reticulato opere, et mesme par delà ceste porte, il y a, comme on veut, quelque vestige et apparence de restes romains. Puis A la porte Mordelaise, contre la pile ou jambage soutenant le bout de la voûte, en dedans la ville, il y a une pierre mise de travers et portant ceste inscription romaine

IMP CAES

M ANTONIO

GORDIANO PIO

FEL AVG P M TR

P COS O R


Ceste inscription est dans Argentré, édit. de l'an 1618, mais fort mal, la finissant comme cela:


COS P Q R D


ce qu'il interprète : consuli populoque romano dedit. Mais il est faux qu’elle soit comme cela ni autrement que comme nous l'avons icy. Au fauxbourg septentrional, comme on va à Dinan, il y a, le long de la rivière d’Isle, une rüe assez basse de situation, qu'on appelle la Rüe Aulte. Cela semble dire qu'elle ait été aulsée par artifice, comme la Aulte Rüe d'Estampes, par où passoit le chemin romain de Paris par la Salioclita, Genabum, ect… jusqu’à Austun. Tous lesquels vestiges tesmoignent que si Rhennes n'est pas le Condate Rhedonum, au moins elle est une place romaine, comme les susdits vestiges vérifient. Les Bas Bretons l'appellent Rhedon, et pour la ville de Rhedon, ils l'appellent Roton. J'adjouste à ce que dessus que Rhennes a esté cy-devant appellée civitas rubra (rhuz, en bas breton, signifie rouge), à cause des murailles qu'elle avoit de brique comme Vennes (guen signifie blanc), civitas alba, selon de vieux vers qui sont en un livre qu'a le Sr du Brouta Quellen lieutenant au gouvernement de la ville ; desquels vers, de la cité rouge et des murailles de brique de l'ancienne cite, Argentré fait mention au chapitre de Rhennes, où il adjouste que le circuit de Rhennes, parsus ses murs aujourd'huy, est de 3.45o marches ou pas communs, et que c'est la ville de la plus grande estendüe de Bretagne, en très bonne assiette, et jugée forte de tous les hommes de guerre, en sorte qu'il y a peu de villes en France qui la secondent. - Belle, belle, o bone vir, sed
nunc non est vere. –Les murailles de Rhennes, quant à présent, sont de pierre ardoisine et quelque peu de brique par cy par là. Il y a des rocs de ceste pierre mesme dans les fossés. Lesdites murailles sont à créneaus, machecoulis et tours fort proches l'une de l'autre. Le circuit est médiocre et comme d'une demi-heure ou fort petite heure de chemin. Il y a six portes séparées par larivière, à scavoir du costé du Septentrion la porte St Georges, du Foulon, de S' Michel, Mordelaise (de Mordelles); de l'autre costé de la rivière, du costé du Midy, la porte de Toussaint et la porte Blanche. Il y a bons fauxbourgs, dans lesquels et dans la ville sont 9 paroices, dont les pasteurs s'appellent recteurs et leurs vicaires s'appellent curés - et plusieurs monastères : de S' Georges, filles de l'Ordre de Fontevrault, dans la ville, joignant la porte 8' Metaine, dont la première abbesse fut Adèle fille du duc Geoffroy qui vivoit l'an 1000; dont l'abbesse est riche et a droit de chevauchée dans la ville, ce que l'on tire en raillerie. Les Carmes, les premiers de la réformation dite mitigée. Les Jésuites tout joignant, qui ont beau collège, dit de St Thomas (qui est le collège ancien), belle cour quarree, très belles classes, toutes hormis la théologie, et deux mil cinq cents escholiers ; beau jardin aboutissant à la rivière, à la rive droite, une Eglise nouvelle encommencée d'ordre dorique, de pierre blanche et à grain, 12 mil livres de rente en prieurés et pension de la ville. En leur jardin il y a de la vigne virginée, qui monte toujours et s'attache maisme aus pierres polies, comme et plus agilement que le lierre, mais sans faire mal ; pour grappes, du raisin menu comme testes d'épingle, qui sert a médecine, et noir. Ses feuilles, qu'elle ne perd jamais, deviennent rouges quand les feuilles tombent aus autres vignes, en automne. Et un peu plus bas sont les Ursutines, grand bastiment et de grande monstre. St François ou les Cordeliers, maison des anciennes de leur Ordre. Les Jacobins hors la ville, dits Bonnes Nouvelles à cause de la chapelle Nostre Dame de Bonnes Nouvelles, où est un vitrail de Mr de la Hunaudaye baron de Molac, représente priant, la longue robe, le colier d'Ordre, la coronne comtale en teste, sa femme de l'autre costé. Ses armes sont là,
palées d'argent et d’azur de six pièces, avec toutes les alliances, entre lesquelles est celle de la Hunaudaye Tournemine, équartelée d’or et d’azur, ce me semble. Es Cordeliers est la chapelle d'Assigné, issus de Vitré, cadets des Comtes de Nantes, ce dit Argentre au chapitre de Rhennes ; les sépultures de ceste maison ci de plusieurs de celle de Laval, et autres, que vous verrez dans nos Kalendriers des Eglises de Rhennes. Il y a, à ceste heure, de plus, St Melaine, de la fondation du Roy Salomon, ce dit Argentré ; abbaye belle de Bénédictins partie reformés, avec beaus jardins et promenoirs, apartenant au cardinal de la Valette, avec raport de douze mil livres de rente ; et devant la porte est plantée la quintaine, à laquelle venoient tous les ans, au Carnaval, frapper les mariés de l’année, avec peine de mésestime et punition ridicule et honteuse à celuy qui faisoit mal a rompre ou à frapper dedans. La course de la quintaine de St Melaine a esté deffendüe et abolie depuis que la réforme a esté introduite en l'abbaye. Il y en avoit à Nantes, - Voyez nostre ms. de Blanchart, p. 8. -. Aprez eux, les Filles de la Visitation qui sont mitigées comme à Vannes puis les Carmelines, les Capucins, les Minimes, tous nouveaux bastis.

Le prieuré de St Cyr, au bout du fauxbourg de ta Perrière, a un prieur commendataire qui y a mis religieuses Bénédictines du Calvaire. La chapelle ou prieuré de St Anne, qui est comme un hospital. La chapelle St Michel du chasteau. La chapelle S' Denys dans la ville, et joignant icelle, l'hospital S' Yves fort beau et rente, dans ville, pour les pauvres vieillards et infirmes. Et dehors, à la portée du canon, au midy de la ville, est la Sanita ou lazaret et maison de santé pour les pestiférés, dont il y avoit quelque centaine au mois de septembre 1636. Et le hameau où cela est s'appelle Luné, dans lequel maisme, à une canonnade de la Santé, est le temple des huguenots, avec une petite lanteme et une doche que, par défense de la police, ils ne sonnent point. Ils ne sont pas plus de deux cents en laville, et n'y a point de gens de aulte qualité parmi eux. Evesché - Parmi les églises des catholiques est celle de St Pierre, cathédrale, non achevée, et où sont 16 chanoines prébendés de 6 à 7 cens livres de rente, et qui sont la pluspart recteurs ailleurs de fort bonnes cures ou rectoreries dépendantes de leur chapitre. La première dignité est la Thésaurerie . Mr Huart fort honneste homme, curieux de plantes, fleurs et armoiries, la possède, jointe
au canonicat et valant deux mil livres de rente. Il y a 203 paroices en ce diocèse; et abbayes S' Mélaine cy devant, St Pierre de Rillé. de l'ordre de St Augustin, aus fauxbourgs de fougères, St Georges, abbaye de filles, dans la ville, prez la porte St Melaine, et autre maison de religieuses Bénédictines dite St Sulpice, à 3 lieues de la ville. A la cathédrale vous verrez un portail et devant, dont !e bas est à colonnages et ornemens d'ordre toscan, de pierre de grain, et sur la grande entrée se lit, en deux cartouches distincts, cecy :

En l’un :

Jacta fuerunt molis hujus fundamenta

XV Septemb. Anno Christi MDXLI.


Et en l’autre :

Paulo IIIe Pont. Max. Francisco Ie Gall. Rege

Henrico Brit. Duce Yvone præsule


Cest Yves est l'évesque Yves de Mayeuch, de l'Ordre St Dominique, qu'ils appellent le bon Yves, et le vénèrent comme saint. Il a sa sépulture au bout austral de la croisée, en un petit portique à colonnage et ornemens de pierre blanche, d'ordre composite, avec son pourtrait en huyle, priant en évesque, dans le tympan ou plat-fonds de l'intercolonne, et ses armes là partout, dans les vitres de l'église et de l'évesché et ès ornemens de l'office de l'église : d’argent à trois hermines de sable, au chef d’or chargé de trois coronnes d’espines d’or aussy, de sinople et de sable en quelques endroits. Ces armes, qui sont fausses, furent sans doute inventées de luy qui estoit de basse extraction et Jacobin de profession, comme le furent aussy celles de l'évesque d'Ossat depuis cardinal, qui fut évesque de Rhennes en l'an… et puis translaté à l’évesché de Bayeux ; - Voyez
les Evesques de Rhennes - car ses armes sont tirées de l'histoire du déluge, à scavoir : à une colombe d'argent tenant au bec un rameau de sinople ou d'olive. Le premier de tous les évesques qui se trouve s'appelle Anthemius ou Arthemius ; et quelque peu aprez luy fort signalé et principal entre tous les évesques des Gaules. Ils n'ont eu de grands personnages que ce seul évesque, avec un autre plus voisin de ce siècle, Anselme, ou, comme ils l'appellent, Anseau de Chantemelle, qui fut honoré du pallium par le Pape Martin V, ainsy qu'il se lit sur la lame de son tombeau do marbre, transféré du milieu du choeur, où il estoit et nuisoit, au bout boréal de la croisée, en la chapelle sous les orgues. Ce que les évesques de Rhennes scavent bien alléguer pour leur préséance ès Estats de Bretagne, contre tes evesques de Dol qui, pour avoir esté honorés du pallium, prennent qualité d’archipræsules, comme nous dirons ailleurs. Il vivoit sous Charles VI roy, et mourut l'an 1427. Il y a eu aussy à Rhennes des Marillac et Hennequin évesques, et à présent c'est Pierre Le Cornulier qui tout premièrement fut conseiller au Parlement, puis évesque de Tréguier, et aprez la mort de François Lachiver en l'an 1619, fut fait évesque de Rhennes. L'Evesché, qu'ils appellent vulgairement le Manoir, est joignant l’église St Pierre, au costé boréal d'où il entre en l'église. La cour duquel est d'un costé bornée par le bout boréal de la croisée de l'église cathédrale ; au haut de la muraille duquel bout de croisée, tout proche le toit, est creu un yf grand comme un grand savinier ou genévrier, planté et enraciné dans ladite muraille et poussant a travers les pierres. On croit que quelque chouette avoit porté de la graine d'yf en quelque trou de ceste muraille, qui a produit cest arbre. Le bastiment est fort médiocre et néanmoins r'accommodé et rendu fort logeable par cest Evesque cy. Un fort petit jardin mal équarri et pressé des maisons voisines. Le revenu de l'évesché est d'environ 12 mille livres par an, outre lesquelles cest évesque possède l'abbaye de St Mein, - Sancti Mevenii qui fut cognatus et comes St Samsonis archiepiscopi, anno 610, comme il y a dans le propium Sanctorum diocesis Venetensis -à demi journée de Rhennes, par delà Montfort la Cane, qui est de 8 mille livres de rente, de Bénédictins réformés ; et celle de Blanche Coronne, au pays Nantois, qui est de 4 ou 5 mille livres ; en sorte qu'avec son patrimoine il peut avoir 3o mille livres de rente. Ses armes sont d’azur au chef de cerf sommé d’or, accompagné d'une hermine d'argent entreposée. Il a, au bout du fauxbourg de la rue Aulte, une maison de plaisir dite les Trois Croix, à cause de trois croix de pierre qui sont là, sur le chemin de Dinan et de Dol, plantées ensemble. Il y a belle et abondante librairie. Gouvernement de Rhennes. - Aprez l'ordre de l'église qui est le premier en Bretagne, comme au reste de la France, entre les trois estats, vient le second qui est la noblesse, dans lequel nous
comprendrons les officiers du gouvernement, qui sont : le gouverneur Sr d'Avaugour, comte de Vertus, son lieutenant Sr du Broutay, du surnom de Quellen, - peut estre Kouetken, qui est de forest ; mais non, car quelen signifie du houx, en breton – qui a pour arme d’argent à trois feuilles de houx de sinople, et est estably par le gouverneur, sans avoir lettres du roy. Il n'a garde ni dénier. Aprez luy commandent les deux connestables, dont l'un s'appelle La Chalotaye, déjà vieillard ; l'autre, fort gros homme, La Hurlaye successeur d'un bon vieillard, La Tardaye, jadis gouverneur de M. le duc de Brissac. Puis est le procureur de ville ou des bourgeois, et les eschevins. La maison de ville est située sur le rempart, tout proche la porte Mordelaise, vers la porte clause de St Denys et les arches St Yves ; au devant de laquelle est une belle place que l'on appelle La Monnoye, parce que autrefois la Monnoye estoit là. Ceste maison de ville fut faite du temps de M. de Vendôme, gouverneur de Bretagne. Les armes de la ville sont palées d'argent et de sable de six pièces, au chef d'argent chargé de
4 hermines de suite (En aucunes je n'ay veu que 3 hermines). Le premier syndic est le premier de la maison de ville, Aprez luy est le miseur qui fait les mises de la recepte qu'il a faite des deniers de la communauté. Il y a aussy, pour la noblesse, le
vicomte de Rhennes, qui est M. de la Trimouille, dont les armes sont au fauxbourg de la Magdelaine et sur le chemin de Vitrey, jusques où (ou presque) on va tousjours sur luy. Aprez les gouverneurs de la ville, vient le séneschal, le Sr du Lys ou de l’If, Sr de Beaucé, dont l'office, joint à celuy de président au Présidial, est de 60 mille escus. Sa femme, Madame. Il est premier juge et le deuxiesme, et appellé alloué, allocatus. Il n’y a point d’autre président au Présidial que le séneschal, dont le siège tient où est la prison. Le 3e juge est le lieutenant du senescbal. Il y a de plus un juge criminel, un prévost de robe longue, un procureur et deux advocats du roy, onze conseillers. Le prévost de robbe longue, à Rhennes, est premier juge de sa justice qui est distincte des autres. L'office vaut 20 mil escus. La Prévosté fut érigée par le duc Pierre II, le 1er mars 1456. - Vieille
Chronique, L. IV.– Le Parlement de Rhennes, érigé l'an 1551 tient dans les Cordeliers, en attendant que le bastiment qu'ils ont commencé tout joignant et qui est fort avancé, soit parachevé. Ils sont de conseillers, en j'an 1636, en tout 86 ; 4 présidents nus Enquestes et 2 aus Requestes du Palais. Puis ils sont 8 présidens au mortier, un procureur général et 2 advocats généraux ; qui sont en tout 103, départis en deux semestres ou séances : l’une de février, en laquelle il y a 41 conseillers, 4 présidens au mortier, 2 aus Enquestes, 1 aus Requestes, 1 advocat général ; et l'autre d'aoust, c'est à dire qui commence en aoust, en laquelle il y a 45 conseillers et autant de présidens qu'en l'autre, et un advocat général aussy. Le procureur général est unique et commun à toutes les deux séances. Des 4 présidens au mortier en chaque séance, il y en a deux qui sont de la Tournelle ; deux demeurent en la Grand Chambre, où il y a 14 conseiller ; en la Tournelle 12 ; aus Enquestes 14 en la séance d'aoust, et 12 en celle de février; ès Requestes du Palais, 1 en chaque séance. Il n'y a point de Chambre d'Edict. Il n'y a point aussy de conseillers ecclésiastiques. Mais des conseillers, la moitié doibt ostre de Bretons, et la moitié des présidens aussy. L'autre moitié est de François, qu'ils appellent, c'est à dire qui ne sont pas Bretons. D'ordinaire ce sont Manceaus et Angevins. Les offices bretons de conseiller n'ont que 750 livres de gages ; lesFrançois en ont 1000. Et
néanmoins les offices bretons, comme plus requis et à la bienséance des provinciaux, valent 20 mille livres d'achat plus que les autres qui d'ordinaire se donnent pour 80 mille livres. Dans le Palais, au bout de la grande sale des procureurs, il y a la jurisdiction de la Table de Marbre et des Eaus et Forests. Et le Seau ou Petite Chancellerie dont le garde seau est le Sr de
Bienassis Péchart tient en une chambre en l'autre bout du palais ou convent. Pour ce qui est du tiers estat (car je mets la justice parmi la noblesse, quoy que d'ordinaire on la raallee au tiers estat), il y a peu de bonne bourgeoisie, le trafic y estant triste, comme en une ville de terre et de peu d'abord. Ce qu'ils débitent le plus, ce sont ces grosses toiles faites ès environs de Rhennes, qu'ils appellent toiles d'Olonne, ou parce qu'ils les y envoyent, ou parce que c'est d'elles que l'on fait les grandes voiles que l'on appelle olonnes. A Rhennes, un procureur de Vennes et M. de Lisle Doudart aussy font grand trafic des toiles d'Olonne. Ils en trafiquent par toute la coste de France, en Espagne aussy, mais principalement en Hollande. Il y aussy quelques banquiers et remetteurs d'argent, comme de Lisle Doudart, Thietdrik (alleman de nation et très riche huguenot), Gardin. etc. Le reste du plus gros bourgeois sont sergens, huissiers, procureurs, et en Parlement, qui sont 120, et au Présidial, et advocats en l'un et l'autre. Aucuns vivent de la taverne, cabaret, et du louage des logis et pensions des conseillers de la Cour, qui viennent sans femme, à petit équippage, servir leur séance ; comme La Fontaine Belhomme en la Fénerie, La Touche Le Comte joignant le Pont Neuf, Laviseu au dessous de S' Germain, prez l'Escu, et autres en la rue Foulon et de
St Georges, où est un nommé Chauvel qui traite bien. La plus menue populace sont les artisans de toutes sortes, épars par toute la ville, mais principalement abundants et presque tous en la basse ville, au delà de la rivière et du costé de sa rive
gauche. On appelle ces sortes de gens les gars de Rhennes, et sont la plupart yvrongnes et séditieux. La ville de Rhennes est située un peu en pente, et pour ce divisée en aulte et basse ville, que la rivière de Villaine sépare par les ponts de bois de St Germain et de la Poissonnerie, et celuy qui est de pierre, entre ces deux, dit le Pont Neuf. Elle est commandée du costé de St Melaine, et assiégeable de ce costé là facilement. Elle est peu défensable et point flanquée ni remparée que d'un seul ravelin ou demie lune à la porte St Georges, entre la porte et l'abbaye St Melaine, qui est terrassé. Elle est peu belle. Le pavé est comme celuy de Vienne en Austriche, fort petit et pointu ; les rues estroites, les maisons s'élargissant par le haut, en sorte qu'en beaucoup de lieux elles se touchent presque l'une l'autre, et à peine le jour entre-t-il dans les rues car les seconds estages s'avancent en dehors sur les premiers, les troisièmes sur les deuxièmes, et ainsy tousjours se vont estrécissant. Par dedans elles sont mal ordonnées, les chambres et quartiers mat disposés. En la pluspart des logis il faut passer à travers la sale ou cuisine pour aller à l'escurie ou estable. C'est comme au reste de ta Bretagne les bestiaus passent par mesme passage que les hommes, et peu s'en faut qu'ils ne logent ensemble. Et comme les logis sont partie de pierre ardoisine et principalement de bois, les rats et les souris y sont en plus grand nombre que j'aye jamais veu en aucun autre lieu. Leur meuble est à l'avenant leurs licts sont fort courts et fort aults de terre, leurs tables aultes et les sièges d'autour fort bas. Les puces et les punaises n'y manquent pas.

Il y a néanmoins quelques belles maisons en la ville par cy par là, qui sont basties de neuf, comme celle du président de Brye Loisel non loin derrière St Pierre; une autre devant St Pierre et au coin de la porte Mordelaise, vers la Maison de Ville, apartenant à… ; celle du président de Verguigny vis à vis de l’hostelerie de la Harpe ; celle de la Fontaine Belhomme en la Fénerie. Celle de Mr de Brissac, qui est du gouverneur, située au-dessus de la Fénerie, vis à vis du Pot d'Estain, est bien grande et spacieuse, mais vieille et mal en ordre. Horloge de Rennes. - Un des bastiments et choses curieuses que l'on voye à Rennes, c'est la tour de l'Horloge, où pend une cloche qui est très grosse et estimée plus que celle de Rouen. - En la légende de la sépulture de l'evesque de Tréhal, il est porté qu'il feit faire la grande cloche ; mais il n'y est point dit si c'est celle cy ou une autre de son église.– Elle est siée par un costé expressément, afin de luy diminuer de la force du son qui pourroit estre trop confus pour distinguer les heures, et ébranleroit le clocher qui est fort délicat. Ils disent que le son faisoit avorter les femmes grosses, tant il étoit épouvantable. J'en ay les mesures ailleurs. La Teste Bieu, c'est-à-dire Dieu, et non pas bleue, comme aucuns pensent. - L'autre chose curieuse est un bust de bois, de forme gigantale, qui estoit cy devant posé, au dessus des premières fenestres, au dessus de la boutique de l'apothicaire Fourreau, au petit coin de cohüe sur la moulure des pièces de bois duquel coin il y a escrit :

Ædes oculorum Dei antiquissimœ,

Reædificatœ anno 1581.

Cette statue est d'énorme aspect, et, comme elle est creuse, par dedans on luy fait mouvoir la mâchoire d'en bas et les deux yeux, gros comme boulets de pièce de campagne ce que l'on faisoit jadis tandis que la procession de la Feste Dieu passoit par là et s'arrestoit à y encenser. On l'appeloit la Teste Bleu. Elle a esté ostée de là, de peur de scandale, tes uns estimans que c'estoit la teste d'un saint, et les autres disans que c'estoit un idole resté des payens, Cela est à présent gardé chez le Sr de la Marpaudaye, advocat au Présidial, au-dessus dudit apothicaire. Il n'y a rien de bien fait ni d'ouvrage antique, ains peut estre de 60 ou 80 ans seulement. Une autre curiosité dans Rhennes, que le prince de Condé y trouvoit, estoit la présidente de Marbeuf, du surnom de Le Fèvre, qui a eu 32 enfans, son mary fort jeune et vert, et elle se portant assez bien, sinon qu'elle avoit une fièvre quarte en automne 1636 ».

Dubuisson-Aubenay, n’est pas le seul à écrire des propos négatifs sur Rennes. Un de ses contemporains, décrit péjorativement le Cour de Rennes, promenade créée suite au démantèlement des remparts sur un terrain marécageux situé le long des fortifications sud de la ville, entre la Porte de Toussaints et la Porte de Villeblanche, description qui lui permet de dresser un portrait moral de l’élite urbaine rennaise. Le Cours de Rennes, est éditée pour la première fois à Paris chez Théodore Girard en 1662 dans un recueil titré Poésies nouvelles, et autres œuvres galantes de Mr de C. L’avis au lecteur de l’ouvrage explique que ces textes ont été publiés à l’insu de l’auteur par un « ami ». En 1665, cet « ami » renouvelle la publication et explique au lecteur : « La premiere Edition des Œuvre de et Autheur a esté si bien receuë, que I’ai crû, que ie ne pouvoid, ny ne devois differer plus long-temps, à t’en donner une seconde, sans te faire tort, & sans luy faire injustice : Ie ladevois aux priere de plusieurs honnestes gens qui l’ont desirée, à quiie ne pouvois la refuser sans inciuilité, & ie la devois sur tout à ta satisfaction, qui m’est plus chere que toutes choses ; le desir de satisfaire à leur impatience, & de contribuer à ton divertissement, m’a esté une autre puissant motif pour te la donner : Ie te la donne dautant plus volontiers, que tu y touveras des pieces, que tu n’as point encore veües, & quelques unes de celles que tu as déjà veuës, qui y font sous une autre forme, & avec de nouvelles beautez ; C’est pour cette consideration que ie t’ay voulu mettre icy cét aduis. dernier aurait »[36]. « Mr de C. » a été identifié comme Jean Benech de Cantenac[37] (vers 1630 - 30 août 1715). L’homme est issu d’une famille protestante liée à la maison noble de La Salle de Cantenac, en Médoc. Après avoir embrassé une carrière militaire comme officier capitaine au régiment de la Couronne[38], il se convertit au catholicisme et devient religieux profès de l'ordre de la Merci. Après avoir été relevé de ses vœux monastiques par le Pape en 1660, il obtient le titre de chanoine de la cathédrale Saint-André de Bordeaux[39]. À sa mort, il est connu comme licencié en droit civil et canon, docteur en théologie. Malgré ces quelques renseignements, il est difficile de connaître parfaitement la biographie de Cantenac, plus particulièrement concernant sa jeunesse. Il est impossible de dire s’il a vraiment séjourné à Rennes. Par contre ses propos sur Rennes semblent bien faire référence à la période de la Fronde, c’est-à-dire aux révoltes qui se propagent dans le royaume entre 1648 et 1653.

Le Cours de Rennes, indiqué comme une poésie galante en stances, est en fait une satire. Le registre satirique est caractéristique de certaines œuvres narratives et poétiques du 17ème siècle qui cherchent à s’ancrer dans le réel pour créer la mise en cause, présenter le tableau des désordres et de la corruption qui règnent. Le but didactique est mis en avant : comme le signale l’avis au lecteur de 1662 des Poésies nouvelles, et autres œuvres galantes, « les vers y trouveront de la Prose, tu y trouveras du serieux & de l’enjoué ; il ya dequoy s instruire ; dequoy polir l’esprit, & dequoy former les moeurs. Ceux qui ont l’esprit tourné à la galanterie, y trouveront des douceurs ; le sage y trouvera des preceptes, & le devot des consolations »[40]. Alors qu’au 16ème siècle, les auteurs s’attaquent directement aux mœurs publiques, au 17ème siècle, ils tournent en dérision les défauts et les vices d’une personne, d’une société ou d’une institution. Mais il ne faut pas voir dans les poèmes satiriques du 17ème siècle une quelconque apparentée avec les écrits polémiques où la dimension de dénonciation et de discussion dominent. La satire, qui privilégie l’élément narratif, voire anecdotique, est légère et sa violence verbale est bien moindre que celle de la polémique. Elle est avant tout descriptive et moraliste. Cantenac se positionne clairement comme n’ayant rien à voir avec le monde qu’il décrit. Il considère la nature imparfaite et faillible de l’homme d’où découlent les passions, les erreurs et les travers. Il fait le procès de la société qui développe ces passions, mais également au temps et à l’environnement qui les favorise. Ici Rennes est l’espace corruptif « Où l’on goûte mille plaisirs », et son Cour, promenade à la mode de l’élite locale, lieu étroit bordé de vieilles maisons, coin qui exhale puanteur et poison, « merite le plus noir trait /De la plus picquante satyre ». Les stances sur les «Dames de la cité rennaise, « succubes d’asyle », commentent peut-être les débuts de la Fronde Parlementaire (1648-1650) où des femmes de la Cour, comme Madame de Longueville (Anne-Geneviève de Bourbon Condé 1619-1679) et Madame de Chevreuse (Marie Aimé de Rohan 1600-1679), ont joué un rôle important. Dans son histoire de la Fronde, le comte de Saint-Aulaire (1778-1854) [41], explique que Mazarin n’ignorait pas combien l’influence de quelques femmes lui avait été funeste et cite des propos tenu par le cardinal à Luis Menéndez de Haro y Sotomayor (1598-1661), ministre du Roi d’Espagne Philippe IV, texte qui se trouve dans les mémoires d’un « Conseiller d’Etat, dont le père & l’aïeul ont rempli des charges de Présidens dans un celebre Parlement du Roïaume »[42]: « Vous êtes bien heureux. vous avez, comme on a partout ailleurs, deux sortes de femmes ; des coquettes en abondance, e& fort peu de femmes de bien. Celles-là ne songent qu’à plaire à leurs galants. & celles-ci à leurs maris. Les unes ni les autres n’ont d’ambition que pour le luxe & la vanité. Elles ne sçavent écrire les unes quepour des poulets, les autres que pour leur confession ; les unes ni les autres ne savent comment vient le bled, & la tête leur tourne quand elles entendent parler d’affaires. Les nôtres, au contraire, soit prudes, soit galantes, soit vieilles, sottes ou habiles, veulent se mêler de toutes choses. Une femme de bien ne coucheroit pas avec son mari, ni une coquette avec son galant, s’ils ne leur avaient parlé ce jour-là d’affaire d’etat. Elles veulent tout voir, tout connoître, tout sçavoir ; & qui pis est tout faire & tout broüiller. Nous en avons trois entr’autres (en nommant celles dont je viens de parler,) qui nous mettent tous les jours en plus de confusion qu’il n’y en eut jamais dans Babylone »[43].

La deuxième édition de la satire est, selon l’avis au lecteur, une « de celles que tu as déjà veuës, qui y font sous une autre forme, & avec de nouvelles beautez ». Elle comporte une stance en plus et quelques vers sont différents. Difficile de savoir si la version de 1662 est incomplète à cause d’une censure et si la version de 1665 est le texte d’origine. Les deux dernières stances glosent sur des parlementaires rennais, sans que Cantenac ne nomme clairement les individus visés, car au 17ème siècle, le nom se confond avec la personne et son honneur : tourner un nom en dérision équivaut à une défiguration. Pour la plupart des gens de lettres la satire en vers reste légitime à la condition de rester anonyme et général. La description de ces « grands iuges & grands beuveurs », semble bien correspondre à la réalité de la vie des élites bretonnes lors des États, qui à chaque session, animent Rennes. D’ailleurs, cette authenticité est confirmée par une lettre de Madame la Marquise de Sévigné (Paris, 5 février 1626- Grignan, 17 avril 1696) datée du 5 août 1671, quatre ans avant l’exil du Parlement de Bretagne à Vannes[44] : « Vous aurez maintenant des nouvelles de nos Etats pour votre peine d’être Bretonne […] la bonne chere est excessive, on remporte les plats de rôti tout entiers ; & pour les pyramides de fruits, il faut faire hausser les portes. Nos peres ne prevoyaient pas ces sortes de machines, puisque même ils ne comprenoient pas qu’il fallût qu’une porte fût plus haute qu’eux. Une pyramide veut entrer, une de ces pyramides, qui font qu’on est obligé de s’écrire d’un bout de la table à l’autre ; mais bien loin que cela blesse ici, on est souvent fort aise, au contraire, de ne plus voir ce qu’elles cachent ; cette pyramide donc avec vingt ou trente porcelaines, fut si parfaitement renversée à la porte, que le bruit en fit taire les violons, les hautbois, & les trompettes. Après le dîner, Messieurs de Lomaria & Coëtlogon danserent avec deux Bretonnes des passepieds merveilleux, & des menuets d’un air que les courtisans n’ont pas à beaucoup près ; ils y font de spas de Bohémiens & de Bas-Bretons avec une délicatesse & une justesse qui charme […] les passe-pieds de la Cour, font mal au cœur au prix de ceux-là ; c’est quelque chose d’extraordinaire que cette quantité de pas différens, & cette cadence courte & juste ; je n’ai point vu d’homme danser, comme Lomaria, cette sorte de danse. Après ce petit bal, on vit entrer tous ceux qui arrivoient en foule pour ouvrir les Etats. […] Je n’avois jamais vue les Etats, c’est une assez belle chose. Je ne crois pas qu’il y ait une province rassemblée, qui ait un aussi grand air que celle-ci ; elle doit être bien pleine du moins ; car il n’y en a pas un seul à la Guerre, ni à la Cour ; il n’y a que le petit Guidon, qui peut-être y reviendra un jour, comme les autres. J’irai tantôt voir Madame de Rohan ; il viendroit bien du monde ici, si je n’allois à Vitré ; c’étoit une grande joie de me voir aux Etats, où je ne fus de ma vie ; je n’ai pas voulu en voir l’ouverture, c’étoit trop matin. Les Etats ne doivent pas être longs ; il n’y a qu’à demander ce que veut le Roi, on ne dit pas un mot ; voilà qui est fait. Pour le Gouverneur, il y trouve, je ne sçais pas comment, plus de qurante mille écus qui lui reviennent. Une infinité de présens ; des pensions, des réparations de chemins & de villes ; quinze ou vingt grandes tables, un jeu continuel, des bals éternels, des comédies trois fois la semaine, une grande braverie ; voilà les Etats. J’oublie quelques trois ou quatre cent pipes de vin qu’on y boit : mais si je ne comptois pas ce petit article, les autres ne l’oublient pas, & c’est le premier. Voilà ce qui s’appelle des contes à dormir debout ; mais cela vient au bout de la plume, quand on est en Bretagne, & qu’on n’a pas autre chose à dire »[45].

PREMIÈRE VERSION

Poésies nouvelles et autres oeuvres galantes du Sieur de C…, Paris, Chez Theodore Girard, dans la grand’Salle du Palais, du costé de la Cour des Aydes, 1662, p. 36-42 :

Dans la saison que la verdure

Vient nous annoncer le beau temps,

Et que l’enfance du Printemps

A changé toute la Nature,

Dans l’un de ces aimables jours

Que les plaisirs & les amours

Sollicitent la terre & l’onde ;

Et que les oiseaux revenus

Chantent la jeunesse du monde,

Sur les arbres à Demy-nuds.


Accablé de toute la peine

Que souffre un mal-heureux Amant,

Un soir j’errois languissammant

Sur les rives de la Vilaine,

Dans les détours peu frequentez,

Où mille rochers écartez

Font une affreuse solitude :

Ie disois au Dieu de l’Amour,

Ou qu’il ne me fust pas si rude,

Ou qu’il daigast m’oster le jour.


Dans les sombres creux d’une roche,

Echo redisoit mes soucis,

Lors que mon illustre Tyrcis

Me poursuit, m’appelle, & m’approche ;

Ha ! dit-il, quittez ce sejour,

Pourquoy parlez-vous à l’Amour,

Dans des lieux qui sont hors du monde :

Et quand vous contez vostre ennuy,

Que voulez-vous qu’il vous réponde,

Si vous estes si loin de luy ?


L’Amour est le Dieu des delices,

La solitude luy déplaît,

Et c’est un jeune enfant qui hait

Les rochers & les precipices ;

Pourquoy venez-vous dans ce lieu,

Où les ennemis de ce Dieu

Trouvent un asyle à ses armes :

C’est icy qu’en toutes saisons

Diane surmonte ses charmes

Dans la rudesse de ces monts.


Nous ne sommes pas loin de Rennes

Où l’on goûte mille plaisirs,

Il n’est point là de vains desirs,

Il ne s’y parle point de peines ;

Voicy dans peu l’heure du Cours,

Où parmy cent sortes d’amours

Vous n’en verrez pas un farouche :

C’est là que des yeux languissans

Confirment tout ce que la bouche

A dit en secret à nos sens.


Tyrcis, je suis prest à cous suivre,

Luy dis-je alors fort tristement ;

Pleust à Dieu qu’au mesme moment

Ie fusse prest à ne plus vivre,

Mais ne pensez pas me guerir,

L’Amour me destine à mourir,

Par une rigueur sans seconde,

Depuis que je suis sous sa loy,

Il seroit doux pour tout le monde,

Qu’il ne le seroit pas pour moy.


Lors sans raisonner davantage

Sur l’amour, & sur mes soucis,

Ayant joint le Char de Tyrcis,

Ie laissay ce triste rivage,

Ce ne fut pas sans murmurer

Du Dieu qui me fait soûpirer,

Et dont les chaisnes sont si fortes :

Enfin Rennes fit voir ses tours,

Nous approchasmes de ses portes,

Et Tyrcis me montra le Cours.


Désja le grand flambeau du monde

N’avoit que des traits languissans,

Et ses feux moins resplendissans

Commençoient à pallir sur l’onde,

Le jour fuyoit devant la nuit,

La silence chassoit le bruit,

Le ciel amenoit ses Estoilles,

La terre attendoit le sommeil,

La Nature apprestoit des voiles

Pour prendre le deüil du Soleil.


Quand dans le Cours où nous entrasmes,

Où l’on venoit de s’assembler,

Tour à tour nous vismes rouler

Quelques Chars, que nous cotoyames,

Helas ! dis-je, fort estonné,

Tyrcis où m’avez-vous mené ?

C’est donc icy le Cours de Rennes ?

Certes vous disiez sans raison,

Que l’on y souffroit point de peines,

Car j’y repsire du poison.


Iuste Dieu que ce cours est sale,

Il ne s’en vit jamais de tel,

L’on ne sent rien de si mortel,

Que les puanteurs qu’il exhale,

Qu’il est mal pris, qu’il me déplaist,

Il merite le plus noir trait

De la plus picquante satyre ;

Et lors pour me venger de luy,

Ie fis dessein de le décrire

Tel que je le peins aujourd’huy.


Le long des murs de cette Ville,

Vers où le Soleil disparoit,

On découvre un lieu fort estroit

Qui sert aux Succubes d’asyle ;

Ce lieu sale en toutes saisons,

Est bordé de vieilles maisons,

Qui le bornent par leurs mazures :

Et l’on n’y voit rien de plus beau

Qu’un canal tout remply d’ordures,

Où coule la bourbe avec l’eau.


Là pour tout poisson la Grenoüille

Sort de la fange & du limon,

Puis avec un horrible ton

Se jette dans l’eau qui la soüille,

là tous les égouts d’alentour

Viennent apporter chaque jour

Un tribut d’ordure & de peste :

Là le flambeau de l’Univers

Puise cette vapeur funeste,

Dont on voit infecter les airs.


Dans une place si charmante

Les Dames de cette cité

Viennent estaller leur beauté

Au premier galant qui les tente ;

Icy Philis aux yeux mourans

Parles à deux Chevaliers errans,

Qui jurent de mourir pour elle :

Ils sont également heureux,

Et le monde tient que la belle

S’accommodera de tous deux.


Là Lysis en conte à Casandre,

Alidor cajole Miris,

Et ce n’est pas pour leurs maris

Que ces belles ont plus de tendre ;

Florine qu’on va marier

Commence à ne plus s’écrier,

Lors qu’on la touche & qu’on la presse,

Aimant mieux pour se réjoüir,

Faire les chose en maitresse,

Qu’en femme qui doit obeïr.


I’entrevoy deux vieilles donzelles,

Qui ne se monstrent qy’à demy,

Un galant sous le nom d’amy,

Est seul dans un Char avec elles ;

Ces Dames par tout ont soüillé,

Pour le public ont travaillé,

Et mis des choses sous la presse :

A présent par leurs doux propos,

Mal-gré la fertile vieillesse,

Elles enfantent quelques mots.


Icy la vieille Dorimeine,

Avec trois dents & trois cheveux,

Par son or arrache des vœux

D’un Chevalier qui la promeine,

Cette vieille au teint bazné,

De son Amant fait un damné,

Que la diable tient dés ce monde :

Mais chacun trouve qu’il fait bien

D’assouvir cette vagabonde,

Il peche pour avoir du bien.


Ie vois la fameuse Dorise

Qui va toûjours de mal en pis,

Elle enrage contre son fils,

Et va chaque jour à l’Eglise :

Ce fils estant persecuté

Du vieux mary qu’elle a gasté,

Respecte une mere si dure ;

Et souffre sans emportement

Qu’elle renonce à la nature,

Pour l’amour de luy seulement.


Que je vois de douces œillades,

Que je vois de seins découverts,

Et que ces mouchoirs à l’envers

Font d’amoureux & de malades,

Qui ne mourroit de tant d’appas ?

Mais ces galans n’en mourront pas,

Leurs libertez sont impunies :

Et dans leurs desirs enflammez

Ils ne souffrent de tyrannies

Que celles d’estre trop aimez.


Mais la nuit de ses voiles sombres

Enveloppe cet univers,

Tous les objets en sont couverts,

Mes yeux se perdent dans les ombres,

Chacun se retire & s’enfuït,

Et moy plus sombre que la nuit,

Ie redevins chagrin & triste :

Tyrcis m’en persecuta bien,

Mais je luy dis, I’aime Themiste,

Et lors il ne me dist plus rien.

DEUXIÈME VERSION

Poésies nouvelles et autres oeuvres galantes du Sieur de C… Paris, Chez Theodore Girard, dans la grand’Salle du Palais, du costé de la Cour des Aydes, 1665, p. 35-41 :

En la saison où la verdure

Montre ses plus vives couleurs,

Lors que mille sortes de fleurs

Couvrent le Sein de la Nature,

En l’un de ses aimables iours

Que les plaisirs & les amours

Sollicitent la terre & l’onde,

Et que les oyseaux revenus

Chantent la ieunesse du monde,

Sur les arbres à demy nuds.


Avec l’inquietude,

Qui trouble un malheureux amant :

Un soir i’errois languissamment

Dans une affreuse solitude,

Songeant aux plaisirs innocens

Qui flattoient autrefois mes sens,

Aux pieds de la ieune Climene,

L’accusois le cruel amour

Des longues suites d’une peine,

Qui devoit me ravir le jour.


Lors que Tyrcis dont la tendresse

Pleine d’un soin ingenieux,

Cherche vainement en tous lieux

Quelque remede à ma tristesse,

Me trouvant au pied d’un rocher,

Me dit que venez vous chercher

En des lieux qui sont hors du monde :

Et quand vous contez votre ennuy,

Que voulez-vous qu’amour responde

Si vous estes si loin de luy ?


L’amour est le Dieu des delices,

A qui la solitude nuit,

Et c’est un ieune enfant qui suit

Les rochers & les precipices :

Pourquoy venez vous en ce lieu,

Où les ennemis de ce Dieu

Bravent ses douceurs & ses armes ;

C’est icy qu’en toutes saisons

Diane surmonte leurs charmes,

Dans la rudesse de ces Monts.


Nous ne sommes pas loin de Rennes

Où l’on goûte mille plaisirs ;

Il n’est point là de vains desirs,

Il ne s’y parle point de peines ;

Voicy bien-tost l’heure du Cours,

Où vous verrez que les Amours

Vivent sans scrupule & sans crainte,

Et que les amans trop heureux

Mesprisent l’injuste contrainte

D’un respect toujours rigoureux.


Tyrcis, ie suis prest à vous suivre

Luy dis-je alors fort tristement ;

Pleust au Ciel qu’au mesme moment

Je fusse prest à ne plus vivre :

Mais ne pensez pas me guerir,

L’amour me destine à mourir,

Par une rigueur sans secondes ;

Depuis que ie suis sous sa loy,

Il seroit doux pour tout le monde,

Qu’il ne le seroit pas pour moy.


Alors sans parler davantage

De L’amour, & de mes soucis,

Ayant ioint le Char de Tyrcis,

Je laissay ce triste rivage,

Ce ne fut pas sans murmurer

Du Dieu qui me fait soûpirer,

Et dont les chaisnes sont si fortes ;

Enfin Rennes fit voir ses tours,

Nous approchasmes de ses portes,

Et Tyrcis me montra le cours.


Désja le grand flambeau du monde

N’avoit que des traits languissans,

Et ses feux moins resplendissans,

Commençoient à pallir sur l’onde,

Le iour fuyoit devant la nuit,

Le silence chassoit le bruit,

Le Ciel amenoit ses Estoilles,

La terre attendoit le sommeil,

La Nature apprestoit des voiles

Pour prendre le deuil du Soleil.


Quand dans le Cour où nous entrasmes,

Où l’on venoit de s’assembler,

Tour à tour nous vismes rouler

Quelques Chars, que nous côtoyasmes ;

Helas ! dis-je, fort estonné,

Tyrcis où m’avez-vous mené ?

C’est donc icy le Cours de Rennes ?

Certes vous disiez sans raison,

Que l’on n’y souffroit point de peines,

Car j’y respire du poison ?


Juste Dieu, que ce Cours est sale,

Il ne s’en vit iamais de tel,

L’on ne sent rien de si mortel,

Que les puanteurs qu’il exhale ;

Qu’il est mal pris, qu’il me déplaist,

Il mérite le plus noir trait

De la plus picquante satyre ;

Et lors pour me venger de luy,

Je fis dessein de la décrire

Tel que ie le peins aujourd’huy.


Le long des murs de cette Ville,

Vers où le Soleil disparoit,

On découvre un lieu fort estroit

Dont les hibous font leur asile :

Ce lieu sale en toutes saisons,

Est bordé de vieilles maisons,

Qui le bornent par leurs mazures :

Et l’on n’y voit rien de plus beau

Qu’un canal tout remply d’ordures,

Où coule la bourbe avec l’eau.


Là pour tout poisson la Grenoüille

Sort de la fange & du limon,

Puis avec un horrible ton

Se iette dans l’eau qui la soüille,

Là tous les égousts d’alentour

Viennent apporter chaque iour

Un tribut d’ordure & de peste :

Là le flambeau de l’Univers

Puise cette vapeur funeste,

Dont on voit infecter les airs.


Dans une place si charmante

Les Dames de cette cité

Viennent estaller leur beauté

Au premier galant qui les tente ;

Icy Philis aux yeux mourans

Parle à deux Chevaliers errans,

Qui iurent de mourir pour elle :

Ils sont également heureux,

Et le monde tient que la belle

S’accommodera de tous deux.


Là Lysis en conte à Cassandre,

Alidor cajole Miris,

Et ce l’est pas pour leurs maris

Que ces belles ont plus de tendre ;

Florine qu’on va marier

Commence à ne plus s’écrier,

Lors qu’on la touche & qu’on la presse,

Aymant mieux pour se réjouïr,

Faire les choses en maitresse,

Qu’en femme qui doit obeïr.


I’entrevoy deux vieilles donzelles,

Qui ne se montrent qu’à demy,

Un galant sous le nom d’amy,

Est seul dans un Char avec elles ;

Ces Dames par tout ont soüillé,

Pour le public ont travaillé,

Et mis des choses sous la presse :

A present par leurs doux propos,

Mal-gré la sterile vieillesse,

Elles enfantent quelques mots.


Icy la vieille Dorimeine,

Avec trois dents & trois cheveux,

Par son or arrache des vœux

D’un Chevalier qui la promeine ;

Cette vieille au teint bazané,

De Son Amant fait un damné,

Que la diable tient dés ce monde :

Mais chacun trouve qu’il fait bien

D’assouvir cette vagabonde,

Il peche pour avoir du bien.


Ie vois la fameuse Dorise

Qui va tousiours de mal en pis,

Elle enrage contre son fils,

Et va chaque iour à l’Eglise :

Ce fils estant persecuté

Du vieux mary qu’elle a gasté,

Respecte une mere si dure ;

Et souffre sans emportement

Qu’elle renonce à la nature,

Pour l’amour de luy seulement.


Que ie vois de douces œillades,

Que ie vois de seins decouverts,

Et que ces mouchoirs de travers

Font d’amoureux & de malades,

Qui ne mouroit de tant d’appas ?

Mais ces galans n’en mourront pas,

Leurs libertez sont impunies :

Et dans leurs desirs enflammez

Ils ne souffrent de tyrannies

Que celles d’estre trop aimez.


Ie vois dans un Char magnifique,

Deux ou trois graves Senateurs,

Qui grands iuges & grands beuveurs

Ont une une prestance bachique ;

Ma muse laissez-les passer,

Gardez vous de les offenser,

Ils sont fiers & passent pour braves :

Mais sur tout ne dites iamais

Qu’ils aiment mieux le vin de Graves,

Que la chicane du Palais.


Il est dangereux de tout dire,

Ce sont de petits Souverains,

Et si vous tombiez en leurs mains

Ils vous apprendroient bien à rire :

Il vaut mieux finir ce discours,

Leurs espouses sont dans le Cours,

Et vous feriez tort à leur gloire ;

Mais pour bien faire vostre Cour,

Dites leur que vous Sçaver boire,

Et vous enyurer chaque iour.


[1] Nuti (L.), « Cultures, manières de voir et de représenter l’espace urbain », in Bousquet-Bressolier (C.), dir., Le Paysage des cartes, genèse d’une codification, actes de la 3e journée d’étude du musée des Plans-reliefs, Paris, musée des Plans-reliefs, 1999, p. 65-80.

[2] Le plan d’Argentré a été exécuté à la manière des plans de la Cosmographie universelle de François de Belleforest, 1574.

[3] Argentré (B. d’), L’histoire de Bretagne des Roys, Ducs, Comtes, et Princes d’icelle, Rennes, Jean Vatar Imprimeur & Marchand Libraire, 1668, p.27-28.

[4]Jean Vatar, libraire-imprimeur à Rennes et Julien Ferré, libraire à Rennes publient la quatrième édition qui copie les 97 premières pages de l’édition de 1618. Exemple de la quatrième édition CRBC G-00076-00.

[5] Argentré (B.), L’histoire de Bretagne des Roys, Ducs, Comtes, et Princes d’icelle, Rennes, Jean Vatar Imprimeur & Marchand Libraire, 1668, page de titre.

[6] Ibid.

[7] Exemple d’un ouvrage de la première édition : bibliothèque municipale de Brest RES F.B. A29.

[8] Cadiou (P.), Bertrand d'Argentré, pamphlétaire de l'Histoire de Bretagne et doctrinaire des statuts, thèse de doctorat en droit, dactyl., 2 vol., Rennes, 1974, t. 1, p. 225-241. Exemple d’un ouvrage de deuxième édition bibliothèque municipale de Brest RES F.B. A88-f.

[9] Kerhervé (J.), « Écriture et récriture de l'histoire dans l'Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré. L'exemple du Livre XII », in Tonnerre (N.-Y.) (Dir.), Chroniqueurs et historiens de la Bretagne, Rennes, PUR, p.77.

[10] Exemple d’un ouvrage de la troisième édition CRBC G-00026-00

[11] Vignols (L.), « Inventaire cartographique des archives d’Ille-et-Vilaine, du Musée archéologique de Rennes et de la bibliothèque de M. de Palys pour les époques antérieures à 1790 », in Bulletin de géographie historique et descriptive, Comité des travaux historiques et scientifiques. Section des sciences géographiques et de l’environnement, Paris, Ernest Leroux, 1894, p. 364.

[12] Exemplaire d’une collection privée, cité par Pastoureau (M.), Les Atlas français (XVIe-XVIIe siècles) : Répertoire bibliographique et étude, Paris, 1984.

[13] Gérard Jollain, graveur, bourgeois de Paris, marié àMarie Collin ( ? – Paris, 1686), est mentionné pour la première fois en 1650 comme graveur en taille douce à la Montagne Sainte-Geneviève à Paris. Il est enterré le 28 mai 1683. Vers 1655, il succède à Jacques Honervogt (Cologne, vers 1583 –Paris, vers 1666?), graveur en taille douce, natif de Cologne en Allemagne, marié à Jacqueline Pinson le 24 juin 1608 à Paris. Jollain occupe dès lors le commerce portant l’enseigne de « la Ville de Cologne » rue Saint-Jacques à Paris. Il en devient définitivement propriétaire en 1667. En 1664, il est associé pour au moins un an à Balthazar Moncornet. À sa mort, son commerce est divisé entre deux de ses fils, François et François-Gérard. François est celui qui garde l’enseigne paternelle. François-Gérard créé l’enseigne de « l’Enfant-Jésus ». Jacques Jollain, autre fils de Gérard Jollain était docteur en théologie, curé de Saint-Hilaire. François Jollain (vers 1641 – Paris, 18 avril 1704), époux d’Angélique Boudin, est défini comme un marchand graveur de taille-douce. Il est parfois appelé François Jollain l'ainé. Il est cité en 1684 et 1688 à l’enseigne de la Ville de Cologne ; en février 1697 il est défini comme marchand graveur juré, mouleur de bois ; en mars 1704, il est décrit comme marchand libraire et graveur, commissaire contrôleur, juré mouleur de bois, bourgeois de Paris et ancien marguillier. À sa mort en 1704, il est signalé qu’il était l’un des Messieurs les porteurs de la châsse de Ste Geneviève. François-Gérard Jollain (baptisé à Paris le 20 février 1660 – enterré le 19 juillet 1735), graveur et marchand d’estampes est mentionné en 1684 et 1719 comme marchand graveur et ancien ayde au jurez mouleur de bois ; en 1683 comme bourgeois de Paris, commissaire-juré, mouleur de bois. Sa veuve lui succède avec son gendre Antoine Humblot (16 ?-Paris, juin 1758). En 1736, ils travaillent sous la raison sociale de « Vve Jollain et Humblot, rue Saint-Jacques à l’Enfant-Jésus ». En 1737, Humblot travaille seul, il est connu comme dessinateur du roi, graveur, éditeur et marchand d'estampes. Sur la famille Jollain : L'Intermédiaire des chercheurs et curieux : Notes and queries français : questions et réponses, communications diverses à l'usage de tous, littérateurs et gens du monde, artistes, bibliophiles, archéologues, généalogistes, etc., Paris, B. Duprat, juillet 1907, c. 913 ; Herluison (H.), Actes d’état-civil d’artistes français, peintres, graveurs, architectes, etc., extraits des registres de l'Hôtel-de-Ville de Paris, détruits dans l'incendie du 24 mai 1871, Paris, J. Baur, 1873, p. 192-194.

[14] Archives Nationales, dossier LH/1694/17.

[15] Ducrest de Villeneuve (E.), Maillet (D.), Histoire de Rennes avec deux anciens plans de la ville, Rennes, Édouard Morault, 1845, 547 p.

[16] Bibliothèque Nationale de France Notice n° FRBNF40715331

[17] Tassin (C.), Plans et profilz des principales villes et lieux considérables de France, ensemble les cartes générales de chascune province et les particulières de chasque gouvernement d'icelles, mis au jour par le Sr Tassin, Paris, chez Melchior Tavernier, en l'Isle du Palais, au coin de la ruë Harlay, à la Roze rouge, 1634, np.

[18] Bouguereau (M.), Le Théâtre français, où sont comprises les chartes générales et particulières de la France, à chacune desquelles avons adjousté l'origine de la province de leur antiquité et choses remarquables enrichi et orné sur chacune charte d'excellents vers héroïques, Tours, M. Bougereau, 1594, n.p.

[19]Les ingénieurs d’Henri IV ont laissé une production cartographique de qualité, généralement manuscrite, qui est en grande partie conservée dans les collections de la British Library.

[20] Pelletier (M.), « La cartographie de la France et ses acteurs avant les Cassini », in Revue Carte et Géomatique du Comité Français de Cartographie, n°172, 2002, p.17-26.

[21]Exemples en « 12. Places sur la contrescarpe de la courtine et de la tour le Brat proposées vénales en 1657, qui ne trouvèrent point d’enchérisseurs » et en « 14. Fer à cheval qui demeura sans enchérisseurs quoique proposé venal ».

[22] Caspar Merian, connu sous le nom de Gaspar ou Gaspard Merian, né à Frankfurt am Main – Francfort-sur-le-Main (Allemagne), le 13 février 1627, mort à Wieuwerd (Pays-Bas) le 12 avril 1686 ; fils de Matthaüs Marian, connu sous le nom de Matthias Marian, (Basel, 22 septembre 1593 – Bad Schwalbach, 19 juin 1650), dit der Ältere – L’Ainé,graveur de la Topographia Germaniæ et de Margaretha Falkner (Basel, 30 mai 1557 - 18 août 1629). À la mort de Matthaüs Marian, son fils Caspar prend sa succession à la tête du projet de la Topographia Germaniæ dont le texte est dû à Martin Zeiller (Ranten, 17 avril 1589 – 6 octobre 1661) et dont les premiers volumes avaient été publiés en 1642. Caspar Merian poursuit la publication en l’enrichissant des topographies de la France, de l’Italie, des Pays-Bas et de la Suisse. Topographia Galliae, oder Beschreibung und Contrafaitung der vornehmsten, unnd bekantisten Oerter, in dem mächtigen und grossen Kônigreich Franckreich peut se traduire par Topographie de la France ou description et portrait des lieux les plus connus du grand et puissant royaume de France. Caspar Merian s’inspire des gravures de Christophe Tassin, Israël Sylvestre, Jan Peeters ou Jean Marot.

[23] Zeiller (M.), Merian (G.), Topographiae Galliae Pars IX. Oder Der Oerter Beschreibung in dem hochlöblichen Königreich Franckreich der Neundte Theil Darinn Von dem Hertzogthumb Bretaigne, oder dem Kleinern Britannien, in Franckreich gelegen, gehandelt wird, Franckfurt am Mayn, 1661, section 75. (exemplaire conservé à la Bavarian State Library)

[24] Anne-Claude-Philippe de Tubières de Grimoard de Pestels de Lévis de Caylus, marquis d'Esternay, baron de Branzac, dit Anne-Claude de Pestels, ou le comte de Caylus, (Paris, 31 octobre 1692 - 5 septembre 1765).

[25] Caylus (A.-C.-P. de Pestels de Lévis de Tubières-Grimoard), Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines. Tome III, Paris, Desaint et Saillant, 1754, p.356.

[26] Bouchot (H.), « Notice sur la vie et les travaux d'Étienne Martellange, architecte des jésuites (1569-1641), d'après des documents inédits conservés au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale », in Bibliothèque de l’école des chartes, 1886, vol. 47, n°1, p. 43.

[27] Eyer Reed (G.), Claude Barbin, libraire de Paris sous le règne de Louis XIV, Genève ; Paris, Droz, 1974, 131 p.

[28] « La Société des Bibliophiles bretons et de l’Histoire de Bretagne est instituée pour entretenir et propager le goût des livres, sauver de la destruction, réunir, publier, traduire, réimprimer les volumes, pièces, manuscrits et documents quelconques, inédits ou rares, pouvant intéresser l’histoire et la littérature de l’ancienne province de Bretagne », in La ville de Nantes et la Loire-Inférieure. Tome 1, Nantes, Imp. E. Grimaud et fils, 1898-1900, p. 276.

[29] Dubuisson-Aubenay (F.), Itinéraire de Bretagne en 1636, d'après le manuscrit original, Tome 1, avec notes et éclaircissements par Léon Maître et Paul de Berthou, Nantes, Société des bibliophiles bretons, 1898-1902, 186p.

[30] « Compte-rendu : Itinéraire de Bretagne de Dubuisson Aubenay, en 1636, d'après le manuscrit original avec notes et éclaircissements par Léon Maître et Paul de Berthou, archivistes, 2 vol. in-4°, 1898-1902, publié par la Société des Bibliophiles bretons, dans sa collection des Archives de Bretagne, tome IX et X », in Annales de Bretagne, vol. 18, n°1, 1902, p. 149.

[31] « Compte-rendu : Itinéraire de Bretagne de Dubuisson Aubenay, en 1636, d'après le manuscrit original avec notes et éclaircissements par Léon Maître et Paul de Berthou, archivistes, 2 vol. in-4°, 1898-1902, publié par la Société des Bibliophiles bretons, dans sa collection des Archives de Bretagne, tome IX et X », in Annales de Bretagne, vol. 18, n°1, 1902, p. 150.

[32] Bourdeaux (A.), « Journal des États de Bretagne tenu à Nantes en 1636 par Dubuisson-Aubenay », Bulletin de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Nantes, Tome 67, 1937, p. 339-389.

[33] Passage cité in « Compte-rendu : Itinéraire de Bretagne de Dubuisson Aubenay, en 1636, d'après le manuscrit original avec notes et éclaircissements par Léon Maître et Paul de Berthou, archivistes, 2 vol. in-4°, 1898-1902, publié par la Société des Bibliophiles bretons, dans sa collection des Archives de Bretagne, tome IX et X », in Annales de Bretagne, vol. 18, n°1, 1902, p. 151 ; Tiercelin (L.), Bretons de lettres, Paris, H. Champion, 1905, p. 51-52.

[34] Dubuisson-Aubenay (F.), Itinéraire de Bretagne en 1636, d'après le manuscrit original, Tome 1, avec notes et éclaircissements par Léon Maître et Paul de Berthou, Nantes, Société des bibliophiles bretons, 1898-1902, p. 20.

[35] Recueil des lois, ordonnances, décrets et règlements relatifs aux alignements, à l'expropriation pour cause d'utilité publique, spécialement dans les voies de Paris, Paris, Imprimerie nouvelles, 1886, p. 1-6.

[36]Poésies nouvelles et autres oeuvres galantes du Sieur de C… Paris, Chez Theodore Girard, dans la grand’Salle du Palais, du costé de la Cour des Aydes, 1665, n.p.

[37]Catalogue des livres composant la bibliothèque poétique de M. Viollet Le Duc, Volume 1, Paris, L. Hachette, 1843, p. 521-522.

[38] En 1640, le régiment de La Couronne faisait partie d’un corps de troupe commandé par Henri de Sourdis, archevêque de Bordeaux. En 1673, au siège de Maëstricht, le régiment d’Artois fut nommé La Couronne.

[39] Coyne (P.-L.) « Benech », in Cahier de la Société de l’histoire du protestantisme français, n°42, 1993, p. 109.

[40]Poesies nouvelles, et autres œuvres galantes du sieur de C…, à Paris, Chez theodore Girard, dans la grand’Salle du Palais, du costé de la Cour des Aydes, 1662, n.p.

[41] Comte de Sainte-Aulaire (Louis Clair de Beaupoil), Histoire de la Fronde, vol. 1, 1842, Bruxelles, N.-J. Gregoir, V. Voutier et Cie, imprimeurs-libraires, p. 267-268.

[42] « Avertissement », in Memoires de Monsieur L., contenant l’Histoire des Guerres Civiles des annes 1649 et suivants ; principalement celles de Guienne & autres Provinces, tome I, s.n., 1729, p. 3.

[43] Memoires de Monsieur L., contenant l’Histoire des Guerres Civiles des annes 1649 et suivants ; principalement celles de Guienne & autres Provinces, tome I, s.n., 1729, p. 243-244.

[44] L’exil du Parlement de Bretagne à Vannes a lieu par ordre royal suite aux émeutes qui éclatent à Rennes, en avril, juin et juillet 1675, soulevées par l'établissement des impôts du timbre, du tabac et de la vaisselle d'étain, - épisode de la « révolte du papier timbré ».

[45] Sévigné (M. de Rabutin), « Lettre LXXVII, Aux Rochers, Mercredi 5 août 1671 », Recueil des lettres de Mme la marquise de Sévigné à Mme la comtesse de Grignan, sa fille. Tome 1, Paris, Rollin, 1754, p.329-333