SOPHIE CHMURA, Le Secteur Sauvegardé de la ville de Rennes : l’habitat urbain du Moyen-Âge à la Révolution

EXTRAIT du mémoire de D.E.A soutenu à l'Université de Rennes 2, Laboratoire histoire et critique des arts, 2003, 3 tomes, suite

Pont Bagoul

Le Carrefour Jouaust

Situation

Historiquement, le carrefour fait partie de la paroisse Saint-Etienne et du faubourg septentrional. Au 14ème siècle, ce faubourg est en train de se former « entre Saint-Melaine et l’Ille […] Il est centré autour de la place Saint-Anne que bordent pour le moment une église paroissiale dédiée à Saint-Aubin, un cimetière et l’hôpital que viennent de fonder, en 1340, les dix confréries les plus puissantes de la cité. Des terres sont encore disponibles et […] vers 1368, est posée la première pierre du couvent des Dominicains de Bonne-Nouvelle. L’habitat a tendance, pour le moment, à se concentrer autour de cette place, près des portes Mordelaises et Saint-Michel, le long de la rue aux Foulons que prolonge la route d’Antrain et de Normandie, de chaque côté du chemin qui aboutit au pont Saint-Martin et à la route de Saint-Malo » [1]. Selon le mémoire sur la conservation des baraques construites après l’incendie de 1720, presque toutes « les maisons en dehors de la ville ont été basties depuis 1600, excepté les faubourgs de la Magdeleine, du Bourglevêque, de la Reverdiay, et les rues Saint-Melaine, Saint-Michel, Haute, Hue et Saint-Hélier qui ont considérablement augmenté » [2]. Malgré le projet du Duc François II [3], en 1485, qui prévoyait d’accroître la ville de Rennes, le carrefour ne fut pas aggloméré à la ville intra-muros. Au 15ème siècle, le secteur est décrit dans le chapitre sur le « Forsbours de Rennes devers Saint-Melaine La riviere d’Isle et le bourglevesque ainsy que en suit » [4]. Il dispose d’une situation privilégiée, à proximité de la vieille ville et des routes de Saint-Brieuc et de Dinan. Les propriétaires de la plupart des terres devaient alors une rente « au Duc à Pasques et Saint-Melaine » ou à la Seigneurie du Régaire de l’Evêché [5]. En 1539, les propriétaires faisaient leur aveu au Régaire de l’Evêché [6]. Les premiers textes parlent de la « rüe du four à l’Evesque », plus communément appelée le « Bourglevesque » [7]. Puis au 17ème siècle, apparaît le nom de « Carrouel Jouauls » [8]. Au 18ème siècle le « Carrefour Joüault » est parfois appelé « Isle de la Harpe » [9] ou « Isle de la Tour d’Argent » [10] en référence aux noms des maisons de l’îlot. L’orthographe du nom du carrefour est fluctuante. Aujourd’hui, il s’écrit JOUAUST, mais l’on trouve indifféremment les orthographes de JOUAULT, JOUAULS, JOÜAÜLT, JOÜAÜST, JOUAUS. Selon les sources, le mot carrefour peut être remplacé par « carrouel » ou «caroil».

[1] LEGUAY (J-P.), Un réseau urbain au Moyen Age, les villes du Duché de Bretagne aux XIVème et XVème siècles, Paris, Editeur Maloine, 1981, p.56

[2] Archives Départementales 35 : C288 Ville de Rennes. Réédification après l’incendie de 1720.

[3] AD 35 : C288 Extrait de l’histoire de Bretagne sous le Duc François Second, l’An 1485, folio 43.

[4] Archives départementales 44 : B2188 1454-1461rôle rentier du Domaine de Rennes divisé par termes et par rues. AD 35 2A68 Rôle rentier de la ville et faubourgs de Rennes 1455-1461.

[5] AD 44 : B2188 1454-1461rôle rentier du Domaine de Rennes divisé par termes et par rues. AD 35 : 2A68 Rôle rentier de la ville et faubourgs de Rennes 1455-1461.

[6] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, p.193 et s.

[7] AD 35 : G41Evêché, Titre du Chapitre.

[8] AD 35 : G41Evêché, Contrat de vente du 13 mars 1566.

[9] AD 35 : G41Evêché, Titre du Chapitre.

[10] AD 35 : 4B482124 novembre 1781, scellés après décès de Le Ray débitant.

La rue du carrefour Jouaust forme un coude orienté du sud-ouest vers le nord-est. D’après le rentier de 1455, le site allait « d’un costé a Lamotte Chauvin […] d’autre au pavé de la dite rue comme lon vient de lad. Porte mordelaize au dit bourlevesque » [11].En 1568, « La Grand Maison ou pend pour enseigne les Quatreboeufs […joignait…] par le derrière la douve vers le pré raoul » [12]. Au 15ème siècle, la motte Chauvin était entre la Porte-Mordelaise et le Pré-Raoul. Les siècles suivants, les textes n’y font plus référence. Au 16ème siècle, les premières constructions et les premiers jardins construits « devers midy » joignaient « les fossés du Boullevard de la porte Mordelaise» [13]. En 1611, elles aboutissaient « aux buttes qui font vers la porte Mordelaise » [14]. C’est au 17ème siècle que les premiers renseignements sur les buttes sont accessibles : elles se situaient entre la rue Saint-Louis et les « sablonnières » [15] de la Porte-Mordelaise. C’est pour cette raison que le Bas-des-Lices était nommé « le placis de la carrière » [16]. Parfois, les auteurs le nommaient «place de la harpe» [17], en référence à l’hôtel de la Harpe qui se trouvait au numéro 9 rue de Juillet. La rue de Juillet qui relie toujours la place du Bas-des-Lices à la rue Saint-Louis, date de la deuxième moitié du 17ème siècle [18] et s’appelait alors rue des Minimes, à cause du voisinage du Couvent des Minimes rue Saint-Louis. « Le tronçon sud de la rue date du commencement du XIXème siècle, il coupe l’ancien mur de la première enceinte » [19]. Grâce à de nombreuses donations faites à leur ordre, les Augustins devinrent possesseurs d’une partie des terrains du carrefour Jouaust. Ils s’y installèrent en 1676 et continuèrent à être acquéreurs de biens immobiliers et de terres [20]. Ils construisirent une chapelle provisoire, puis l’église actuelle, mais ils ne firent jamais les bâtiments claustraux qu’ils comptaient édifier au nord de la chapelle, et se logèrent sur l’emplacement des numéros 10 et suivants du carrefour, « dans de vieux bâtiments dépendants de plusieurs acquisitions qu’ils ont faites de plusieurs personnes séculières […] dans lesquelles ils ont fait construire et pratiquer de petites cellules fort incommodes et peu solides » [21]. Leurs jardins s’étendaient à l’ouest de l’église jusqu’à l’Ille [22].En 1791, le culte paroissial de Saint-Etienne fut transporté dans la chapelle des Augustins, qui reçut le nom de Saint-Etienne et Saint-Augustin [23]. Au nord du carrefour s’étendait la rue Basse, actuelle rue de Dinan, jusque vers l’ancienne église Saint-Etienne. «Avant la Révolution, on la divisait en deux tronçons : le premier […] s’appelait au XVIIème siècle rue de la Garoulais, du nom d’une maison […] et à la fin du XVIIIème siècle rue Basse Saint-Etienne » [24].Avant le percement du canal d’Ille-et-Rance en 1832 [25], la rue du Bourg-l’Evêque commençait à la rencontre du carrefour Jouaust avec la rue Salle-Verte, actuellement rue Nantaise. Désormais, le carrefour se situe à l’est du canal, à l’intersection du boulevard de Chézy et du Quai Saint-Cast. L’îlot actuel du carrefour Jouaust est bordé à l’ouest par le boulevard de Chézy, au nord par la rue du Louis d’Or, à l’est par la rue de Juillet et la rue Saint-Louis, au sud par le carrefour Jouaust et la place du Bas-des-Lices. Dans les années 1970, l’îlot sud de la rue du carrefour Jouaust était délimité au sud par la place du Bas des Lices, à l’est par la rue de Juillet et la rue Saint-Louis, au nord et à l’ouest par le carrefour Jouaust. L’îlot nord et nord-ouest était délimité à l’ouest par le boulevard de Chézy, à l’est par la rue de Dinan, au nord par la rue du Louis d’Or et au sud par la rue du carrefour Jouaust. Avant le percement de la rue du Louis d’Or, cet îlot avait pour limite la rue d’Echange au nord.

[11] AD 44 : B2188 1454-1461. Rôle rentier du Domaine de Rennes divisé par termes et par rues.

[12] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, p.193 et s. Aveu du 20 août 1568.

[13] AD 35 : G41Aveu du 1er 7bre 1565.

[14] AD 35 : G41Aveu du 24 août 1611.

[15] AD 35 : 27H11Carmélites, 1629.

[16] AD 35 : G41Evêché ; BANEAT (P.), Le vieux Rennes, Rennes, 1911, réimp. Lorisse/Le livre d’histoire, Paris, 1999, p.54.

[17] BANEAT (P.), Le vieux Rennes, Rennes, 1911, réimp. Lorisse/Le livre d’histoire, Paris, 1999, p.54.

[18] AMR : DD108 Titres concernant des terrains sis aux Portes Mordelaises, Bas des Lices et environs 1473-1740.

[19] BANEAT (P.), Le vieux Rennes, Rennes, 1911, réimp. Lorisse/Le livre d’histoire, Paris, 1999, p.260-261.

[20] OGEE (J.), MARTEVILLE (A.), Rennes ancien, Rennes moderne ou histoire complète de ses origines, de ses institutions et de ses monuments, Rennes, Deniel librairie Verolie, 1850, p.601.

[21]AMR : GG299Communautés religieuses des Augustins: établissements, constructions, relations avec la ville. XVème- XVIIIème siècle.

[22] AD 35 : 1H4Augustins, titres de propriétés.

[23] BANEAT (P.), Le vieux Rennes, Rennes, 1911, réimp. Lorisse/Le livre d’histoire, Paris, 1999, p.258.

[24] BANEAT (P.), Le vieux Rennes, Rennes, 1911, réimp. Lorisse/Le livre d’histoire, Paris, 1999, p.146 d’après DECOMBE (L.), Les rues de Rennes, notices historiques et archéologiques, Rennes, impr. Le Roy, 1892, rue Basse.

[25] BANEAT (P.), Le vieux Rennes, Rennes, 1911, réimp. Lorisse/Le livre d’histoire, Paris, 1999, p.67.

Cadastre du carrefour Jouaust 1976

Cadastre du Carrefour Jouaust en 1976.

Identification du bâti du carrefour Jouaust sous l'Ancien Régime

La Réformation du Domaine Royal, de 1673-1676, facilite l’appréciationdu corpus qui nous intéresse. La description du secteur qui nous concerne commence à « La treiziesme Isle. Boulevart de la porte mordelaise Bas des Lisses et Caroil Jouault vers midy » [1]. Chaque maison est brièvement décrite. L’auteur donne les noms des propriétaires de 1461 et de 1673. Donc, à partir de ce document, nous pouvons connaître l’évolution de la rue et de l’îlot sud du carrefour jouaust, du 15ème au 17ème siècle.

« Et depuis le pont et côté septentrional de la herse a dessendre Jusques a la premiere maison cy apres est une distance de terre contenant de longueur cent trente pieds par laquelle on Va delaporte au bourg Levesque.

La premiere maison ou pend pour enseigne La petite harpe appartenant a Jean Jouault contient de face avis la maison du Sieur Hevin Soixante quatre pieds et delaize par profondeur quarante sept pieds Laditte maison bastie dans un jardin possédé en 1461 par Robin quartier et Jehan Fevant. Article 264 […]

La deuxiesme maison appartenanta Jacques Malescot orfevre contient deface sur le dit pavé Jusques a la porte delescallier a Vallee qui sont d’entree a laditte maison vingt pieds et de profondeur quarante cinq pieds bastie sur une place gaste appartenant en 1461 a Robin quartier et Jehan Fevant. Article 268 […]

Au bout delaquelle maison en mesme alignement et hauteur est une closture de muraille faisant le bout et coing de la ditte maison appartenant audit Malescot contenant de face sur la rue Saint-louis treize pieds et sur le pavé du Caroil Jouault quinze pieds dix pouces […]

La troisiesme maison qui fait le coing dela ditte rue et La premiere du caroil Jouault et de la rue Saint-louis appelée les Trois Pigeons appartenant a Jean delaunay Sergent et a demoiselle nicolle Monnerais veuve du Sieur du Londel contient de face sur la ditte rue Saint-louis et sur ledit caroil Jouault vingt huit pieds la face de l’un faisant la profondeur de l’autre laditte maison possedee en 1461 par Janne Picoul […]

Caroil Jouault vers midy

La seconde maison dudit caroil jouaust ou pend pour enseigne Les quatre bœufs appartenant a Mathurin Savin et janne Drouer sa femme contient deface sur la rue vingt huit pieds et demy et deprofondeur a travers la cour logement et escurie au derriere cent deux pieds et demybastie sur partie de deux maisons appartenants en 1461 a Robin quartier et Jehan Fevant et leurs femmes […]

La troisiesme maison appartenant a Jullien demouvan contient de face sur la rue douze pieds et sept pouces et de profondeura travers ledit logis cour et emplacement au derriere cent huit pieds possédé en 1646 par Pierre Morin et basty sur partie de trois maisons appartenant en 1461a Robin quartier et Jehan fevant […]

La quatriesme maison apartenant a Michelle paville contient de face treize pieds et deprofondeur cent huit pieds possédée en 1646 par Jean Ceuvau et bastie sur le restant des trois maisons possédee en 1461 par les dits quartier et fevant […]

La cinquiesme maison appartenant a maistre francois Lepartas procureur au siege contenant de face treize pieds et de profondeur cent treize pieds tenue du Seigneur evesque de rennes […]

La sixiesme maison appartenant a maistre pierre rozier et a Jacquette noyallet contient de face sur le pavé du Caroil Jouault quatorze pieds et de profondeur cent traize pieds […]

La septiesme maison appartenant a Jan Louaisel perruquier Contient de face quatorze pieds et de profondeur Jusques a lamaison cyapres trente pieds […]

La huitiesme maison appellee la Tour dargent appartenant a Jacques Michau Sieur de Montavant contient depuis la precedente Jusques au coing avis l’entree du faubourg levesque deface cent treize pieds et de face vers midy avis le pré Raoul et le boullevard des portes mordelaises cent quatre vingt traize pieds laditte maison possedee en 1646 par demoiselle francoise busnel dame de Cavan et basty sur les maisons de pierre fanchoux, guillaume grangier, guillaume morice pour soixante dix huit pieds seullement de la ditte huitiesme maison tenu du sieur Evesque de rennes et lecoing sud de la ditte maison qui est la partye de l’entree du bourg levesque contenant Jusques au coing trente trois pieds Et demy tenue du roy comme estant bastye en 1461 sur partie de la maison dudit morice qui sur la place gaste aluy appartenant, la Moitié delaquelle maison et place fait apresant partie partie de la rue a aller du faubourg levesque a La porte mordelaise entre les maisons du Caroil jouault et les fossées de la ville […]

Quatorziesmz Isle

Faubourg levesque vers midy L’autre costé dudit faubourg Levesque vers septentrion Le caroil Jouault vers occidant […]

Le caroil Jouault vers occidant depuis le coing dufaubourg Levesque Jusques a la maison des trois mores faisant le Coing et entree dela rue Saint Estienne

La premiere maison nommée Saint Louis qui est la derniere des precedentes qui font face sur la rue du faubourg Levesque et La premiere du coing du costé vers septentrion deladitte rue levesque et caroil jouault allant vers occidant advisagé a midy apartient aux enfants heritiers de deffunte michelle thomas contient de face sur le caroil Jouault cinquante cinq pieds et deprofondeur cent cinquante huit pieds tenu du fief levesque […]

Les deux, trois et quatriesme maisons et derniere de laditte rue apartenantes aux religieux Saint augustins contient de face quatre vingt un pieds trois pouces et de profondeur soixante un pied tenue dufief levesque […]

Rue Saint Estienne Vers occidant depuis le caroil Jouault acommencer a la maison des trois mores Jusques aupont Saint Martin

La premiere maison de la rue Saint Estienne nommee les trois mores appartenant audit sieur Estienne Dondel duteil contient de face quarante deux pieds trois pouces et de face par le recoing vers midy du costé du Carrefour Jouault traize pieds et deprofondeur quatre cent Vingt pieds Jusques a la riviere tenus du fieff de levesque […]

Seiziesme Isle

Rue Saint Aubin autrement rue neuve Saint Louis […] conduit au bas des Lisses et carrefour Jouault

La vingtiesme est le four delevesque faisant le coing deladitte rue Saint Louis , du carroil Jouault et de la rue Saint Estienne oriant appartenant alevesque de rennes contient de face sur la rue Saint-Louis quarante deux pieds et demy compris la moittié de la ruelle d’entre ledit four et la precedente maison et de face sur la rue Saint Estienne Soixante dix pieds et demy en 1461 pareillement la maison du four levesque tenu du roy en fieff amorty. » [2].

Le 30 avril 1626 a eu lieu le partage de succession de Guillaume Ogis et de Perrinne Rouxel sa femme. Le premier lot, la maison des « Trois Pigeons », revient à Pierre, Robert, Jan et Françoise Peilletan [3]. Ce même lot est subdivisé le 22 mai 1626 [4].

Suite au décès de Pierre Peilletan, une des chambres des Trois Pigeons est cédée par «vente judicielle » à Etienne Loudel [5] et «un emplacement de maison, Cour, Ecurie et jardin quidepuis ont été incendiés et apresent tout à fait ruinés » [6] est vendu le 12 mai 1644 à Tugal Caris. Ce dernier était architecte. Le 7 juillet 1648, il fait un aveu et déclare avoir « fait Bâtir une maison » [7] sur la place « gâte ». Le 15 mai 1668, sa veuve, Jeanne Barain, vend « la maison et dependance de la harpe » [8].

Nous pouvons dater la construction de la «Harpe » entre 1644 et 1648. D’après les Minutes des Assises de l’Intendance et Etats de Bretagne tenues à Rennes le 15 novembre 1613, un incendie ravagea les hôtels des «Quatre-Bœufs », des « Trois-Pigeons » et du « Lion d’Or » [9].

La maison des « Quatre-Bœufs » fut reconstruite entre 1613 et 1622 [10], celles des « Trois-Pigeons » et du « Lion d’Or » entre 1613 et 1626 [11].

La reconstitution de la maison des « Trois Pigeons » [12] est extrêmement délicate pour le 17ème siècle, car elle était partagée entre quatre propriétaires différents [13]. D’après la documentation de l’Evêché, la maison de Jacques Malescot s’appelait aussi les « Trois Pigeons» [14].

Nous disposons de nombreux aveux et de contrats d’acquêt datés du 17ème siècle pour les maisons situées entre le « Lion d’Or » et la « Tour d’Argent » [15]. Elles furent détruites avant 1892 [16]. Parmi elles se trouvait le logis de l’ « Image Saint-Martin » [17], au joignant de la «Tour d’Argent». La première phase de construction de cette dernière maison date d’entre 1635 et 1643, grâce au regroupement de plusieurs parcelles bâties ou non bâties. L’acte d’afféagement d’une de ces parcelles date du 16 janvier 1609 [18]. Il fut fait au nom de Monseigneur l’Evêque de Rennes au profit de Maître Jan Delaunay, Notaire Royal. D’après un contrat de vente en date du 25 mars 1699, le propriétaire avait fait « reedifier et rebatir » [19] la « Tour d’Argent ». Elle n’existait plus en 1965 [20].

Du côté nord du carrefour Jouaust, le four banal existait déjà en 1455 [21]. Il fut rasé au début des années 1980. Le procès-verbal de vente des Biens Nationaux décrit brièvement le bâtiment : « le Four Banal consistant dans un grand Batiment sittué au nord du carrefour Jouault sous le n°611 dependant cidevant de l’évêché de Rennes ayant de face sur le dit carrefour trente sept pieds à l’extrémité duquel vers nord est un Grand four ; lequel bâtiment est construit en pierre de moëlon et les dedans En cloisons de Bois et terrasses avec Couverture en ardoises, letout joignant vers midy les carrefour Jouault d’occident La rüe Basse du nord et Autres propriétés Consistant dans un grand Embas a l’Extrémité duquel vers nord est un grand four servent actuellement a cuire le pain de munition Et dans lequel Embas il a été fait des distributions Pour servir de magazin et de greniers Letout a lexeption du four En assez mauvais état Construit de pierre de Moëlon Et les dedans En cloison de Bois et terrasse avec couverture En ardoises» [22].

Entre l’Eglise Saint-Augustin et l’hôtel des « Trois Maures », l’agencement des maisons est assez complexe. Il est identique du 16ème siècle à la Révolution, sauf à l’arrière du « Plat d’Etain » où sera construit « un logis neuf » [23] un peu avant 1626.

L’ « Image Saint-Barthélémy » dépendait d’un bâtiment situé au sud des « Trois-Maures ». Au 16ème siècle,le jardin de cette dernière hôtellerie était au derrière « la maison hostellery franche par don du roy ou pend pour enseigne le heaume dargent» [24]. Dès la fin du même siècle, elle fut appelée simplement le « Heaume » et en 1679, elle fut ravagée par un incendie [25].

En 1581, les deux maisons« au devant desquelles pend pour Enseigne le plat d’Etain » [26], étaient auprès du « jardin ou terre gaste du Heaulme » [27]. En 1647, Louis Greffier Sieur de Salleverte déclare posséder un des deux bâtiments, alors que le deuxième appartient à Guillaume Ogis [28]. Apparemment la maison de Guillaume Ogis était la plus proche du « Heaume », alors que celle de Louis Greffier était attenante à l’ « Image Saint-Louis» [29]. «Deux baraques attenantes a l’Eglise» [30], sous le numéro 12, furent vendues le 24 prairial de l’An IV.

[1] ADIV : 2A83 Réformation du Domaine de Rennes, rentier 1673-1676.

[2] AD 35 : 2A83 Réformation du Domaine de Rennes, rentier 1673-1676.

[3] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, boîte 4 liasse 4.

[4] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, Ibid.

[5] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, vente judicielle du 12 avril 1638.

[6] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, contrat de vente du 12 may 1644.

[7] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, aveu en date du 7 juillet 1648.

[8] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, contrat de vente du 15 may 1668.

[9] AD 35 : C2751 Intendance et Etats de Bretagne, Minutes des Assises tenues à Rennes, 1613.

[10] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, p.193 et s. Contrat de vente du 30 juillet 1622.

[11] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, boîte 4 liasse 4 et boîte 4liasse 5.

[12] Aussi dite la maison des « Trois Pigeons Blancs ».

[13] AD 35 : G 1/B Évêché de Rennes Aveux au Roi.

[14] AD 35 : G 1/B Évêché de Rennes Aveux au Roi.

[15] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, boîte 4 liasses 8 à 12.

[16] AMR : 1O422Voirie Carrefour Jouaust. Rapport de l’inspecteur de la voirie 1889, plan et Conseil Municipal du 5 octobre 1892.

[17] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, Boite 4 liasse 11.

[18] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, Afféagement 16 janvier 1609.

[19] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, contrat de vente du 25 mars 1699.

[20] AMR :1O422Voirie Carrefour Jouaust. Plan du 7 novembre 1892 et 31W189Etude de Rennes centre II : suite de l’étude centre I.

[21] AD 44 : B2188 1454-1461. Rôle rentier du Domaine de Rennes divisé par termes et par rues.

[22] AD 35 : 1Q394 Rennes, chapellenies, abbayes d’hommes. Tome III, 5ère partie, p.152 à 155.

[23] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, partagedu 30 avril 1626.

[24] AD 35 : 1H6 Augustins, titres de propriétés. Bien de Pierre Quatreboeufs, XVIème siècle.

[25] AD 35 : 1H6 Augustins, titres de propriétés. Procès-verbal d’Incendie de la maison du heaulme, le 28 mars 1679.

[26] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, boîte 3 liasse 19.

[27] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, boîte 4 liasse 4.

[28] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, boîte 3 liasse 19, aveu du 3 juillet 1647.

[29] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque, boîte 3 liasse 19 comparée àla boîte 4 liasse 4.

[30] AD 35 : 1Q397 Rennes, chapellenies, abbayes d’hommes.

Destination du Bâti du carrefour Jouaust sous l'Ancien Régime

Maisons d’habitation, hôtelleries et baraques voisinaient carrefour Jouaust. La situation géographique de la rue en faisait un lieu de passage privilégié. La proximité de la Cité et des grands axes routiers ont donc facilité l’installation d’activités auxiliaires de la route comme les hôtelleries, les auberges et les débits de boissons. Ces lieux rythmaient l’histoire du quartier de leur présence et ont laissé leur nom dans les procédures criminelles dès le 18ème siècle, comme en 1755, où Perrine Calvez, veuve du Sieur Beauvais, hôtesse à la « Tour d’Argent », intervient contre Georgine Durand, sa domestique qui avait menacé de l’étriper [1] ou encore Pierre Dondel contre Pierre Perrigault pour une rixe à la sortie de l’auberge du Lion d’Or [2]. Les faubourgs de Rennes ont toujours eu une mauvaise réputation [3] et ont souvent été décrits comme une ceinture de criminalité autour de la ville intra-muros. La Juridiction des Régaires de l’Evêché fut chargée de vaquer à de nombreuses instructions criminelles concernant le Bourg l’Evêque et le carrefour Jouaust [4]. Nous dénombrons plus de dix hôtelleries, auberges et débits de boisson, contemporains les uns des autres, carrefour Jouaust. Parmi les acquisitions des Augustins, nous comptons « les Trois Maures », « le Heaume d’Argent », «le Cheval Blanc », « maison de la Barrière » [5]. L’hôtel des « Quatre-Bœufs » voisinait avec les « Trois-Pigeons », le « Lion d’Or », le « Lion d’Argent », la « Harpe », le « Plat d’Argent »,

«l’Image Saint-Louis», « l’Image Saint-Barthélémy » [6]. A part « la Harpe » et «la Tour d’Argent», la plupart de ces immeubles sont à peine plus vastes que la moyenne des autres maisons de la rue. « La Tour d’Argent » n’était pas une hôtellerie à l’origine, elle ne le devint que vers le troisième quart du 17ème siècle [7]. Le seul procès-verbal de raison et de droit de bouteillage que nous avons trouvé date du 30 juin 1779, et fut mené chez Michel Thouault, aubergiste de la « Tour d’Argent ».

Un édit de mars 1577, enregistré en 1581 [8], obligeait les « hostes » à s’enquérir des noms et qualités des personnes arrivées dans la ville et à conserver la description de leurs armes et de leurs chevaux. Ce même édit [9], rendait obligatoire l’inscription en lettres apparentes du mot «hôtellerie» [10] sur l’enseigne de la maison, tout en laissant libre le choix du nom des lieux. Ce même édit stipulait que l’hôtelier devait être pourvu de lettres patentes et que la formule « avec l’autorisation du Roi » [11] devait être visible à l’extérieur du bâtiment. L’arrêt de la Police Générale du Parlement, du 17 août 1772, ordonna « d’enlever les enseignes placées en potence sur la rue et de les appliquer aux murs » [12]. D’après les enregistrements du Parlement de Bretagne de 1577 [13], il existait à Rennes vingt-quatre hôtelleries franches. Jehan Primault, « hoste » des « Quatre-Bœufs» et Jehan Leduc, « hoste » du « Heaulme », étaient les seuls à bénéficier de la franchise au carrefour Jouaust. Cette franchise permettait aux « hostes » d’être exemptés de taxes sur les vins et breuvages vendus et distribués en leur intérieur. Ils avaient fait valoir la lourde charge qu’occasionnait l’achat de nourriture pour les clients, des rations pour les chevaux et des vins qu’il fallait importer de pays étrangers. L’exemption avait été obtenue à la suite d’une supplique de certains hôteliers qui avaient argué de l’utilité et de la commodité de leurs établissements tant pour les gentilshommes que pour les marchands et autres entrants dans la ville de Rennes pour leurs affaires, trafics et négociations [14].La plupart des inventaires après-décès, effectués carrefour Jouaust et qui sont arrivés jusqu’à nous, sont ceux d’ « hostes » ou de débitants. Les « hostes », appelés par la suite aubergistes, étaient parmi les habitants les plus aisés du quartier au début du 18ème siècle, mais leur profession connut un déclin net au cours du siècle. La relative aisance dont ils jouissaient pouvait venir d’autres sources. Certains pratiquaient, officiellement, pourrait-on dire, un autre métier. Ces cumuls professionnels étaient possibles car les hôteliers ne formaient pas un corps de métier organisé, pourvu de statuts qui interdisaient l’appartenance à un autre corps [15]. D’autre part, ils pouvaient être assistés par leurs femmes pour la tenue de l’hôtellerie [16].

Les bâtiments donnants sur la rue, sans exception, avaient une boutique au rez-de-chaussée. Les étals devaient ouvrir directement sur la rue. Un arrêt du 17 mars 1713 fit interdire « à tous les poissonniers, regrattiers, vendeurs de fruits et de légumes, revendeurs et autres de mettre des cuveaux, bacquets, étaux sur les rues pour y exposer les marchandises en vente, ni de faire aucunes avances sur leurs boutiques pour étaller au dehors, ni d’empêcher la liberté de passages tant des habitants que des marchands, chevaux, carrosses et charettes… » [17]. Les différentes activités commerciales se sont adaptées à n’importe quel local. Les débits de boisson du «Lion d’Or» et du nord de la rue se présentaient comme des boutiques. Les maisons et les baraques près de l’Eglise étaient occupées par une regrattière, un charpentier et par des cordonniers [18]. Les scellés après décès donnent des détails quant à la disposition des lieux. Nous disposons, entre autre, des scellés de Sieur Yves Hervé, cartier enlumineur. La maison qu’il occupait comportait au rez-de-chaussée une boutique et « un derrière servant de laboratoire » [19].

[1] AD 35 : 4B4845 Procédures criminelles 1755.

[2] AD 35 : 4B4847 Procédures criminelles 1755-1774.

[3] MEYER (J.) dir., Histoire de Rennes, Toulouse, Editions Privat, 1972, p.255.

[4] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque. Exemple : le 14 avril 1674, un arrêt de la cour fut prononcé pour l’instruction de l’instance criminelle touchant un assassinat commis en la maison de la Harpe.

[5] AD 35 : 1H4 ,1H5 ,1H6 Augustins, titres de propriétés.

[6] AD 35 : G41Evêché, Inventaire des archives de la Seigneurie des Régaires de l’Evêché de Rennes concernant le Baillage du faubourg l’Evêque.

[7] AD 35 : G41 et 4B4780Police, procès-verbaux de descente chez les débitants 1760-1788.

[8] AD 35 : 1Ba T. IX, p.247.

[9] AD 35 : 1Ba T. IX, p.247.

[10] AD 35 : 1Ba T. IX, p.247.

[11] AD 35 : 1Ba T. IX, p.247.

[12] AD 35 : 1Ba T. IX, p.247.: C354Intendance ville de Rennes.

[13] AD 35 : 1Ba T. IX, p.247.: 1Ba T. VII, p.300.

[14] AD 35 : 1Ba T. IX, p.247.: 1Ba T. VII, p.300.

[15] AMR : Registres de capitations. En général, les « hostes » diversifient leur revenu en louant des chevaux. IL serait intéressant de faire une étude poussée des registres pour pouvoir faire une étude socio-économique du quartier.

[16] AD 35 : série 4B Inventaires après décès, partages de fin de communauté, procédures criminelles.

[17] AMR : CC418 arrêt de la cour 1713.

[18] AD 35 : 4B4806/2Scellés apposées chez françoise Hutrel 20 juin 1776.

[19] AD 35 : 4B4806/2 Scellés apposées chez défunt Yves Hervé le 8 may 1769.